Valse de concerts à Salz­bourg

En pro­po­sant 75 pro­grammes en un mois, le fes­ti­val au­tri­chien reste unique. Pe­tite re­vue du meilleur, et pas que des Phil­har­mo­ni­ker.

Le Figaro - - CULTURE - CH­RIS­TIAN MERLIN EN­VOYÉ SPÉ­CIAL À SALZ­BOURG

Le Fes­ti­val de Salz­bourg, ce sont 37 re­pré­sen­ta­tions de 8 opé­ras, 49 re­pré­sen­ta­tions de 6 pièces de théâtre et 75 concerts ré­par­tis entre ré­per­toire sym­pho­nique, oeuvres cho­rales, mu­sique de chambre, ré­ci­tals de pia­no, soi­rées de lie­der. Au­tant dire, en un mois, trois sai­sons com­plètes comme pour­raient en pro­po­ser de sep­tembre à juin une mai­son d’opé­ra in­ter­na­tio­nale, une troupe de théâtre per­ma­nente et une salle de concert phil­har­mo­nique dans une grande mé­tro­pole.

La co­lonne ver­té­brale de la par­tie sym­pho­nique, ce sont les cinq pro­grammes joués cha­cun deux fois par le Phil­har­mo­nique de Vienne, dont Salz­bourg est la ré­si­dence d’été de­puis 1922, même s’ils n’y ont plus le mo­no­pole de­puis 1957. Entre deux spec­tacles ly­riques (les Phil­har­mo­ni­ker sont cette an­née dans la fosse pour Aï­da, Lady Mac­beth de Mzensk, Woz­zeck et Lear), c’est l’oc­ca­sion de mon­trer leur autre cas­quette, sur l’es­trade. La di­rec­tion pleine de sou­plesse et d’ima­gi­na­tion d’An­dris Nel­sons leur convient bien, qu’il s’agisse d’of­frir à l’ex­cep­tion­nel pia­niste Da­niil Tri­fo­nov un ac­com­pa­gne­ment constam­ment ré­ac­tif dans le Deuxième con­cer­to de Pro­ko­fiev ou de pri­vi­lé­gier la cha­leur ex­pres­sive de la Sym­pho­nie « Le­nin­grad » de Chos­ta­ko­vitch en évi­tant d’en faire une pure dé­mons­tra­tion de puis­sance.

Autre épine dor­sale : les Ma­ti­nées Mo­zart. Loin des smo­kings et robes du soir du Fest­spiel­haus, elles ont lieu le di­manche à 11 heures dans le dé­li­cieux écrin du Mo­zar­teum. Sou­cieux de sou­te­nir la com­pa­rai­son avec les pres­ti­gieux in­vi­tés, l’Or­chestre du Mo­zar­teum, qui joue à do­mi­cile, a à coeur de mon­trer qu’une pha­lange de pro­vince est ca­pable du meilleur. C’est en­core ce qui s’est pas­sé sous la di­rec­tion tonique de Gio­van­ni An­to­ni­ni, qui a élec­tri­sé cette for­ma­tion a prio­ri mo­deste en trou­vant un équi­libre rare entre style tra­di­tion­nel et re­lec­ture «his­to­ri­que­ment in­for­mée». Beau­coup d’or­chestres mo­dernes qui ne savent plus jouer Mo­zart de­vraient en prendre de la graine.

La stan­dar­di­sa­tion du son des or­chestres n’est pas pour au­jourd’hui

Troi­sième axe : le concours de jeunes chefs d’or­chestre Nest­lé Award. Des trois fi­na­listes de 2017, au­cun n’avait l’évi­dence d’Aziz Sho­kha­ki­mov l’an der­nier, ou de Lo­ren­zo Viot­ti voi­ci deux ans, mais la vic­toire de l’An­glais Ke­rem Ha­san n’est pas vo­lée. Son ai­sance tech­nique, sa vi­ta­li­té com­mu­ni­ca­tive, sa ver­sa­ti­li­té de styles, ont sé­duit aus­si bien le pu­blic que l’or­chestre, la très dé­vouée Ca­me­ra­ta Salz­burg. Il a bien une lé­gère ten­dance au show, mais ce­la ne fait-il pas aus­si par­tie du mé­tier ?

C’est sans doute ce qui a man­qué à la Fran­çaise Ma­rie Jac­quot, presque trop sé­rieuse et moins va­riée dans la pa­lette so­nore, mais néan­moins do­tée de qua­li­tés réelles, comme le sens de la construc­tion et la ca­pa­ci­té à ne pas sa­cri­fier le phra­sé au rythme. Ce n’est dé­jà pas rien ! En re­vanche, en en­ten­dant la for­ma­tion au­tri­chienne pei­ner à ce point à trou­ver les cou­leurs si fran­çaises du Pré­lude à l’après-mi­di d’un faune, on était confor­té dans l’idée que la stan­dar­di­sa­tion du son des or­chestres n’est pas pour au­jourd’hui. Fes­ti­val de Salz­bourg, jus­qu’au 30 août. www.salz­burg.in­fo

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