AFRIQUE 3.0 : LE RWAN­DA, PAYS PION­NIER DE L’E-GOU­VER­NE­MENT

Le por­tail Irem­bo fa­ci­lite le quo­ti­dien des Rwan­dais et amé­liore l’ef­fi­ca­ci­té de l’ad­mi­nis­tra­tion.

Le Figaro - - ECONOMIE - ANNE CHEYVIALLE @An­neC­hey­vialle RE­TROU­VEZ LUN­DI NOTRE SÉ­RIE: Les mo­biles de l’his­toire

C’est un vé­ri­table chan­ge­ment de vie pour Faith Ke­za, qui vient de quit­ter la Ca­li­for­nie pour s’ins­tal­ler à Ki­ga­li, ca­pi­tale du Rwan­da. La jeune Rwan­daise de 25 ans, pas­sée par un col­lège pri­vé an­glais avant de se for­mer en in­for­ma­tique aux États-Unis dans le pres­ti­gieux MIT (Mas­sa­chu­setts Ins­ti­tute of Tech­no­lo­gy), tra­vaillait il y a en­core un mois pour Google dans la Si­li­con Val­ley. Elle a choi­si de re­joindre Rwan­daOn­line, une PME de 60 per­sonnes qui s’at­telle de­puis deux ans à di­gi­ta­li­ser les ser­vices pu­blics rwan­dais. « Ce fut une dé­ci­sion dif­fi­cile de quit­ter Google, re­con­naît la jeune femme. Je m’étais pro­mis de re­ve­nir dans mon pays pour contri­buer à son dé­ve­lop­pe­ment. » Faith croit au po­ten­tiel de la start-up «de trans­for­ma­tion en pro­fon­deur », à sa ca­pa­ci­té de « ré­vo­lu­tion­ner l’in­ter­ac­tion entre au­to­ri­tés pu­bliques et ci­toyens ».

L’ini­tia­tive en re­vient à Clé­ment Uwa­je­ne­za, jeune chef d’en­tre­prise qui a étu­dié en France, à Po­ly­tech Mont­pel­lier. En avril 2014, il a si­gné un par­te­na­riat avec le gou­ver­ne­ment rwan­dais pour le lan­ce­ment d’un por­tail bap­ti­sé Irem­bo, ce qui si­gni­fie « en­trée » en ki­nyar­wan­da, la langue na­tio­nale du Rwan­da. Ef­fec­tif à l’été 2015, au dé­part avec cinq ser­vices, il en compte au­jourd’hui une soixan­taine. Le gros des uti­li­sa­tions (40% des connexions) concerne l’état ci­vil : carte d’iden­ti­té, cer­ti­fi­cat de ma­riage, dé­cla­ra­tion de nais­sance… Les ap­pli­ca­tions liées au per­mis de conduire, à l’ins­crip­tion aux exa­mens, au paie­ment des amendes sont aus­si très uti­li­sées. Ce­la tient à l’in­ter­face simple et convi­viale. Tout est bien ex­pli­qué : pro­cé­dure, dé­lai, coût, do­cu­ments né­ces­saires… En­re­gis­trer un nou­veau-né ou ob­te­nir un cer­ti­fi­cat de nais­sance prend par exemple 24 heures, le paie­ment de 500 francs rwan­dais, soit 50 cen­times d’eu­ros, se fait en ligne. L’usa­ger peut se connec­ter en di­rect - un tiers des ap­pli­ca­tions sont ac­ces­sibles sur un simple té­lé­phone - ou pas­ser par un agent lo­cal. Rwan­daOn­line compte à ce jour 1690 agents et vise un ré­seau de 3000 pour as­su­rer un bon maillage du ter­ri­toire, soit un rayon maxi­mum de 5 ki­lo­mètres. « Au­jourd’hui, bien qu’il y ait un agent dans chaque centre im­por­tant, cer­taines per­sonnes doivent en­core par­cou­rir 10 ki­lo­mètres, pré­cise le di­ri­geant. Les agents ont des bou­tiques qui dis­posent d’un or­di­na­teur et d’un ac­cès à l’élec­tri­ci­té. Ils ont in­té­rêt à dé­li­vrer un ser­vice de qua­li­té, car ils sont payés à la com­mis­sion. »

Di­gi­ta­li­sa­tion com­plète d’ici à fin 2019

Irem­bo offre un gain de temps consi­dé­rable : fi­nies les heures d’at­tente au gui­chet, où il fal­lait se rendre à plu­sieurs re­prises. Les Rwan­dais sont aver­tis par SMS pour les prises de ren­dez-vous et lorsque les do­cu­ments sont prêts. Et le por­tail ne cesse de s’en­ri­chir de nou­veaux ser­vices, le der­nier en date sur le tou­risme, pour des de­mandes de vi­sa, des vi­sites de mu­sées et parcs na­tio­naux. Même sur le fon­cier, épi­neux su­jet en Afrique, où les ca­dastres et le droit de pro­prié­té font sou­vent dé­faut, il est pos­sible d’ef­fec­tuer de nom­breuses dé­marches en ligne. «Le trans­fert de pro­prié­té est le ser­vice le plus dif­fi­cile à di­gi­ta­li­ser, car il y a plu­sieurs in­ter­ve­nants dans le pro­cess », af­firme Clé­ment Uwa­je­ne­za. Tout en se fé­li­ci­tant des bons ré­sul­tats d’Irem­bo. « Nous avons en moyenne 150 000 de­mandes de do­cu­ment par mois, avec une crois­sance de 10 à 15 % », pré­cise-t-il. Ac­tion­naire à 60 % de la start-up, l’État vise une di­gi­ta­li­sa­tion com­plète d’ici à fin 2019, de l’État cen­tral et des col­lec­ti­vi­tés, l’ob­jec­tif étant de rendre plus ef­fi­cace l’ad­mi­nis­tra­tion. « Il faut al­ler vers une plus grande sim­pli­fi­ca­tion des ser­vices. C’est tech­ni­que­ment pos­sible, mais il faut chan­ger les pro­cé­dures», sou­ligne le PDG. Signe de la prio­ri­té, une en­ti­té a été mise en place au sein du gou­ver­ne­ment qui pi­lote les pro­jets entre les dif­fé­rents mi­nis­tères. À charge pour Rwan­daOn­line, qui a fi­nan­cé la pla­te­forme sur fonds pri­vés, via une joint-ven­ture avec une so­cié­té sin­ga­pou­rienne, d’as­su­rer les dé­ve­lop­pe­ments tech­niques, le mar­ke­ting et la for­ma­tion. Mal­gré la crois­sance à deux chiffres, la PME, qui se ré­mu­nère sur les tran­sac­tions, n’est pas ren­table. Son di­ri­geant mise sur la di­ver­si­fi­ca­tion à d’autres sec­teurs, « par exemple pour les banques qui veulent dé­ma­té­ria­li­ser l’ou­ver­ture de comptes », et sur l’étran­ger, pro­fi­tant de sa no­to­rié­té : «Le Rwan­da est le pays pion­nier, le plus avan­cé, avec une ap­proche très bu­si­ness ba­sée sur une pla­te­forme ou­verte aux autres dé­ve­lop­peurs. » Rwan­daOn­line, en dis­cus­sion avan­cée avec trois autres pays d’Afrique de l’Ouest, es­père fi­na­li­ser d’ici à la fin d’an­née.

JON AR­NOLD IMAGES/ HEMIS.FR

RWAN­DA La plus grande par­tie des uti­li­sa­tions du por­tail Irem­bo (40 % des connexions) concerne l’état ci­vil.

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