Fran­çais, ma­thé­ma­tiques : Blan­quer ré­vise les pro­grammes sco­laires

Fin du pré­di­cat, les quatre opé­ra­tions ma­thé­ma­tiques dès le CP/CE1, da­van­tage de chro­no­lo­gie… Le mi­nistre change de cap.

Le Figaro - - LA UNE - PAGES 12 ET 13

Dans une in­ter­view à L’Ex­press, le mi­nistre de l’Édu­ca­tion, Jean-Mi­chel Blan­quer, af­firme qu’il veut aban­don­ner le « pré­di­cat», ce concept gram­ma­ti­cal in­tro­duit dans les pro­grammes sco­laires de 2015, et évoque, en ma­thé­ma­tiques, la maî­trise des quatre opé­ra­tions dès le CP et le CE1, afin d’« ac­qué­rir ces au­to­ma­tismes cog­ni­tifs très jeunes ».

ÉDU­CA­TION Le « pré­di­cat », ce concept gram­ma­ti­cal in­tro­duit dans les nou­veaux pro­grammes sco­laires de 2015, est de re­tour! Ou plu­tôt, il se­rait sur le dé­part… C’est la vo­lon­té du mi­nistre de l’Édu­ca­tion, qui, dans une in­ter­view le 13 sep­tembre à L’Ex­press, y voit une « no­tion in­uti­le­ment com­plexe », ayant « vo­ca­tion à dis­pa­raître ». Un dé­tail ? Une que­relle de spé­cia­listes? Le pré­di­cat - ce groupe ver­bal qui ap­pelle à mettre de cô­té les no­tions de com­plé­ments d’ob­jet lors des pre­miers ap­pren­tis­sages - avait sus­ci­té une belle po­lé­mique en jan­vier 2017. Il op­pose ceux qui voient la gram­maire comme une base de la langue et ceux qui la consi­dèrent comme un ou­til. Un dé­tail qui n’en est pas un et rap­pelle le dé­bat au­tour des mé­thodes de lec­ture.

Pour as­seoir sa vi­sion, Jean-Mi­chel Blan­quer ne s’in­ter­dit pas de re­voir «à la marge» les pro­grammes ré­di­gés sous Na­jat Val­laud-Bel­ka­cem. Pas ques­tion pour au­tant de les ré­écrire, af­firme-t-il. Un mes­sage ras­su­rant à l’adresse des en­sei­gnants qui, du CP à la troi­sième, se sont tant bien que mal ap­pro­prié ces nou­veaux textes, en­trés en vi­gueur il y a tout juste un an. Pour­tant, le mi­nistre pré­voit plus qu’un simple toi­let­tage. Ce fé­ru de neu­ros­ciences, adepte, en ma­thé­ma­tiques, de la mé­thode de Sin­ga­pour - qui a pour prin­cipe d’al­ler du simple au com­plexe, de la ma­ni­pu­la­tion à l’abs­trac­tion -, évoque la maî­trise des quatre opé­ra­tions dès le CP et le CE1, afin, ex­pli­quet-il, d’«ac­qué­rir ces au­to­ma­tismes cog­ni­tifs très jeunes ».

À ce jour, la mul­ti­pli­ca­tion ap­pa­raît au CE2 et la di­vi­sion, l’an­née sui­vante. «Il faut que l’en­fant soit mûr», op­pose le SNUipp, prin­ci­pal syn­di­cat du pri­maire, qui s’in­quiète des dé­cla­ra­tions du mi­nistre. Trop tôt? La fa­meuse mé­thode de Sin­ga­pour consi­dère que l’ad­di­tion et la sous­trac­tion, opé­ra­tions qui se com­prennent l’une par rap­port à l’autre, doivent être abor­dées si­mul­ta­né­ment. De même pour la mul­ti­pli­ca­tion et la di­vi­sion. Elle les met au pro­gramme du CP et du CE1.

Le mi­nistre en­tend aus­si re­mettre de l’ordre en his­toire et en lit­té­ra­ture, en in­tro­dui­sant da­van­tage de chro­no­lo­gie. «La fa­çon dont on aborde au­jourd’hui notre pa­tri­moine lit­té­raire au collège, par grandes idées un peu concep­tuelles et non plus par cou­rants et époques spé­ci­fiques, doit être re­pen­sée », ex­plique-t-il.

Pré­sident tou­jours en poste du Con­seil su­pé­rieur des pro­grammes (CSP), mis en place sous la pré­cé­dente ma­jo­ri­té, Mi­chel Lussault « (s)’étonne de ne pas avoir été pré­ve­nu de ces chan­ge­ments », es­ti­mant que «les dé­cla­ra­tions du mi­nistre par­ti­cipent d’une re­mise en ques­tion pré­oc­cu­pante des nou­veaux pro­grammes ». C’est dit…

Com­ment Jean-Mi­chel Blan­quer vat-il or­ches­trer le changement? Par des cir­cu­laires? Par des «do­cu­ments d’ac­com­pa­gne­ment» aux pro­grammes? «Je crains qu’il ne mul­ti­plie ces do­cu­ments d’ac­com­pa­gne­ment, qui vien­draient alors se sub­sti­tuer aux pro­grammes, l’air de rien », alerte Sté­phane Cro­chet, à l’Un­sa. Comme le SNUipp, l’or­ga­ni­sa­tion syn­di­cale, las­sée de parler au mi­nistre par mé­dia in­ter­po­sé, en­tend le ren­con­trer « ra­pi­de­ment », pour parler du cap.

Dans l’en­tou­rage du mi­nistre de l’Édu­ca­tion, on se veut pour le mo­ment très pru­dent. Sans doute se sou­vien­ton, rue de Gre­nelle, que la seule pro­po­si­tion d’in­tro­duire la maî­trise de la di­vi­sion en CE1 avait, en 2008, sus­ci­té la bron­ca una­nime des syn­di­cats d’en­sei­gnants, qui la ju­geaient ir­réa­liste. Le mi­nistre Xa­vier Dar­cos, avec qui tra­vaillait Jean-Mi­chel Blan­quer, avait dû re­cu­ler.

«Le mi­nistre en­cou­rage sim­ple­ment les en­sei­gnants à se dé­ta­cher par­fois des pro­grammes, tem­père-t-on dans son en­tou­rage. Ce qu’il veut in­suf­fler, c’est un état d’es­prit, une dé­marche de li­ber­té. »

“Je m’étonne de ne pas avoir été pré­ve­nu de ces chan­ge­ments ” MI­CHEL LUSSAULT, PRÉ­SIDENT DU CON­SEIL SU­PÉ­RIEUR DES PRO­GRAMMES

SYLVAIN LEFÈVRE /ABACA

Le mi­nistre de l’Édu­ca­tion, Jean-Mi­chel Blan­quer, lors d’une vi­site dans une école de Tour­coing (Nord), le 26 juin.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.