Le dé­pis­tage des can­cers du sein re­lan­cé

L’INCa va écrire à 9 mil­lions de femmes pour leur rap­pe­ler l’in­té­rêt d’un contrôle sys­té­ma­tique à par­tir de 50 ans.

Le Figaro - - LA UNE - DA­MIEN MASCRET @dmas­cret

MAMMOGRAPHIE Seule­ment deux femmes sur trois in­vi­tées à se faire dé­pis­ter d’un can­cer du sein, le font ef­fec­ti­ve­ment. Un se­mi-échec pour la san­té pu­blique car l’éva­lua­tion de la ba­lance bé­né­fice/risque est plus com­plexe que cer­tains veulent le faire croire.

« Mieux ex­pli­quer les bé­né­fices et les risques liés au dé­pis­tage des can­cers du sein », c’est donc l’am­bi­tion af­fi­chée par le Pr Nor­bert Ifrah, pré­sident de l’Ins­ti­tut du can­cer (INCa), dans un nou­veau do­cu­ment de 16 pages sous-ti­tré S’in­for­mer et dé­ci­der. Ce do­cu­ment ac­com­pa­gne­ra les in­vi­ta­tions à par­ti­ci­per au dé­pis­tage or­ga­ni­sé que vont re­ce­voir par cour­rier les 9 mil­lions de femmes âgées de 50 à 74 ans qui sont concer­nées.

«Ce nou­veau do­cu­ment ne fait pas va­rier la re­com­man­da­tion de par­ti­ci­per au dé­pis­tage, pré­cise d’em­blée le Pr Ifrah, c’est un ou­til de par­tage entre une femme et son mé­de­cin trai­tant ». «Il est plus com­plet que le dé­pliant pré­cé­dent », ajoute le Dr Jérôme Vi­guier, en charge du pôle san­té pu­blique et soins de l’INCa. « Il contient des in­for­ma­tions sur les en­jeux et les avan­tages, mais aus­si les risques et les li­mites du dé­pis­tage : faux po­si­tifs, can­cers diag­nos­ti­qués dans l’in­ter­valle entre deux exa­mens de dé­pis­tage, sur­diag­nos­tic et sur­trai­te­ment, can­cers ra­dio in­duits … » Abor­der toutes ces ques­tions est d’ailleurs l’un des mé­rites de la bro­chure.

S’agis­sant du risque, l’INCa rap­pelle que : «sur 100 femmes de 50 ans, 3 dé­ve­lop­pe­ront un can­cer du sein dans les dix ans. » Com­plé­tons avec l’autre chiffre qui a son im­por­tance pour en­vi­sa­ger sa par­ti­ci­pa­tion à un pro­gramme de dé­pis­tage, la ré­duc­tion de la mor­ta­li­té. « Les études in­ter­na­tio­nales es­timent que ces pro­grammes per­mettent d’évi­ter entre 15 et 21 % des dé­cès par can­cer du sein », peut-on lire dans la bro­chure. Tra­duit en risque ab­so­lu, ce­la si­gni­fie, comme l’in­dique l’INCa sur son site In­ter­net, qu’«entre 150 et 300 dé­cès par can­cer du sein se­raient évi­tés pour 100 000 femmes par­ti­ci­pant ré­gu­liè­re­ment au dé­pis­tage pen­dant 7 à 10 ans. »

Les faux po­si­tifs, c’est-à-dire les exa­mens faus­se­ment in­quié­tants sont un pre­mier in­con­vé­nient consub­stan­tiel au dé­pis­tage. C’est même, pré­cise la bro­chure de l’INCa, ce qui se passe «dans la plu­part des cas » lors­qu’une ano­ma­lie est dé­pis­tée par la mammographie. Au fi­nal, des exa­mens com­plé­men­taires et de l’an­goisse auront été gé­né­rés in­uti­le­ment.

Autre in­con­vé­nient, cette fois des mam­mo­gra­phies elles-mêmes, le risque de mou­rir d’un can­cer ra­dio in­duit, c’est-à-dire d’un can­cer dont l’ap­pa­ri­tion est due à une ex­po­si­tion ré­pé­tée aux rayons X. Il est, dé­taille la bro­chure, « de l’ordre de 1 à 10 pour 100 000 femmes ayant réa­li­sé une mammographie tous les 2 ans pen­dant 10 ans », écrit l’INCa.

Le risque du sur­diag­nos­tic

Il faut aus­si te­nir compte des can­cers dits «de l’in­ter­valle » (entre deux mam­mo­gra­phies) qui ne se­ront pas dé­pis­tés par les mam­mo­gra­phies sys­té­ma­tiques.

«Pour 1000 femmes qui réa­lisent un dé­pis­tage, moins de deux d’entre elles dé­ve­lop­pe­ront un can­cer de l’in­ter­valle », peut-on en­core lire dans la bro­chure. Ils se­ront dé­tec­tés par le mé­de­cin trai­tant lors d’une pal­pa­tion des seins ou par la femme ayant re­pé­ré un signe in­quié­tant.

Ceux-ci sont dé­taillés dans la bro­chure : ap­pa­ri­tion d’une boule ou d’une gros­seur dans le sein ou sous le bras, mo­di­fi­ca­tion de la peau du sein (rou­geur, ré­trac­tion, etc.), du ma­me­lon (écou­le­ment, ré­trac­tion, changement de co­lo­ra­tion) ou de l’aréole, changement de forme du sein.

Mais le prin­ci­pal in­con­vé­nient du dé­pis­tage, pour ce can­cer comme pour d’autres, reste le sur­diag­nos­tic. Au­tre­ment dit, la dé­tec­tion d’un vrai can­cer du sein chez une femme qui ne se plai­gnait d’au­cun symp­tôme et qui n’en se­rait ja­mais morte. L’INCa rap­pelle que « dans l’état ac­tuel des connais­sances scien­ti­fiques, le diag­nos­tic ne per­met pas de dis­tin­guer les can­cers qui vont évo­luer, et qui sont ma­jo­ri­taires, de ceux qui évo­lue­ront peu ou n’auront pas de consé­quences pour la femme concer­née (de 10 % à 20 % des can­cers dé­tec­tés) » note l’ins­ti­tu­tion.

En dé­pit de toutes ces li­mites, le dé­pis­tage or­ga­ni­sé reste, pour l’heure, le meilleur moyen de dé­tec­ter un can­cer pré­coce et de faire bais­ser la mor­ta­li­té. «Cette nou­velle bro­chure se­ra ame­née à évo­luer et nous tra­vaillons no­tam­ment sur une per­son­na­li­sa­tion par âges ain­si que sur des tra­duc­tions du do­cu­ment », ex­plique la di­rec­trice de l’in­for­ma­tion de l’INCa, Ca­rine Del­rieu. La bro­chure est d’ores et dé­jà ac­ces­sible sur In­ter­net (www.ecan­cer.fr).

PHOVOIR/AUREMAR/ STOCK.ADOBE.COM

Une pa­tiente passe un test de dé­pis­tage du can­cer du sein.

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