Le « made in France » a re­pris des cou­leurs

Les Fran­çais des pro­duits se montrent tou­jours plus sen­sibles à l’ori­gine et à cet en­jeu pour l’éco­no­mie du pays.

Le Figaro - - LA UNE - DOMITILLE ARRIVET @dar­ri­vet

IN­DUS­TRIE Ils n’ont pas lâ­ché le mor­ceau et leur obs­ti­na­tion paye. Trois ans après avoir re­pris le flam­beau du com­bat pour la va­lo­ri­sa­tion de la pro­duc­tion fran­çaise, les chiffres in­diquent que le duo Ar­naud Mon­te­bourg et Yves Jé­go, les deux hommes po­li­tiques in­ves­tis sur la ques­tion, sont payés en re­tour de l’éner­gie qu’ils dé­ploient. « Notre der­nier son­dage montre que la de­mande de l’opi­nion pu­blique pour ache­ter fran­çais est de plus en plus im­por­tante », se ré­jouit Yves Jé­go, fon­da­teur de Pro France et dé­pu­té (Construc­tifs) de Seine-etMarne. Se­lon ce son­dage Ifop, dont Le Fi­ga­ro pu­blie les ré­sul­tats en avant-pre­mière, pour 17 % des per­sonnes in­ter­ro­gées, la pro­ve­nance d’un pro­duit est un élé­ment « dé­ter­mi­nant » au mo­ment de l’achat. Ils n’étaient que 10 % en 2011. Pour 45 %, cet élé­ment, s’il n’est pas dé­ter­mi­nant, est au moins « im­por­tant » ; il y a six ans 36 % évo­quaient cet at­ta­che­ment. Les rai­sons de cette évo­lu­tion? «Tout d’abord le pa­trio­tisme éco­no­mique, dit Yves Jé­go. Les Fran­çais ont conscience qu’ache­ter fran­çais, ce­la aide nos em­plois. Et puis le dé­ve­lop­pe­ment du­rable. Ils ont bien com­pris que le monde était de­ve­nu fou et qu’il n’était pas né­ces­saire d’ache­ter ses pro­duits à l’autre bout de la pla­nète. »

Ce plai­doyer, qu’il dé­ve­lop­pe­ra ce jeu­di aux As­sises du pro­duire en France à Reims, il l’étaye avec des chiffres : plus de 600 en­tre­prises ont au­jourd’hui re­çu le la­bel Ori­gine France Ga­ran­tie, ce qui re­pré­sente 2 000 gammes de pro­duits de tous les sec­teurs. « Pour les en­tre­prises, c’est un vrai ou­til de va­lo­ri­sa­tion. La preuve : 90% d’entre elles de­mandent le re­nou­vel­le­ment de leur la­bel au bout de trois ans, au mo­ment de l’échéance », as­sure son pro­mo­teur.

Pour mo­ti­ver l’opi­nion et les pou­voirs pu­blics sur ces thèmes à la ré­so­nance à la fois po­li­tique et éco­no­mique, les or­ga­ni­sa­teurs des As­sises et Phi­lippe Ri­chert, pré­sident de la ré­gion Grand Est qui hé­berge l’évé­ne­ment, ac­cueillent ce jeu­di Bru­no Le Maire, mi­nistre de l’Éco­no­mie. Les ren­contres et les tables rondes entre ex­perts, po­li­tiques et chefs d’en­tre­prise s’achè­ve­ront ven­dre­di en fin de ma­ti­née, avec les dis­cours conclu­sifs de Pierre Gat­taz, le pré­sident du Me­def, et de Xa­vier Ber­trand, le pré­sident de la ré­gion Hauts-deF­rance.

Jouer ses atouts

Il reste ce­pen­dant beau­coup à faire pour com­bler le re­tard que la France a ac­cu­mu­lé pour sou­te­nir son in­dus­trie. Pour pré­ve­nir son dé­clin, même. As­so­cié du ca­bi­net de con­seil EY, Oli­vier Luan­si vient de pu­blier un livre blanc, Croire en l’in­dus­trie du fu­tur et au fu­tur de l’in­dus­trie. Il a fait le constat de ce dé­fi­cit, no­tam­ment si l’on com­pare la France à l’Al­le­magne. « De­puis les an­nées 1980, l’in­dus­trie en­re­gistre un dé­clin com­pa­rable à ce­lui qu’a connu l’agri­cul­ture après la Deuxième Guerre mon­diale. Sa place dans l’éco­no­mie a été di­vi­sée par deux en vingt ans », rap­pelle-t-il. Pour­tant, l’in­dus­trie est un atout pour le pays : c’est ce sec­teur qui dé­pose les trois quarts des bre­vets fran­çais et qui concentre les quatre cin­quièmes des dé­penses de re­cherche et de dé­ve­lop­pe­ment, sou­ligne le consul­tant. L’en­jeu est de ne pas res­ter can­ton­nés à une in­dus­trie de pointe, très axée sur la re­cherche et pri­sée par les in­ves­tis­seurs étran­gers, mais de pous­ser aus­si les feux sur la fa­bri­ca­tion plus por­teuse d’em­plois. Certes, l’in­ves­tis­se­ment in­dus­triel a re­pris des cou­leurs der­niè­re­ment. Il re­pré­sente au­jourd’hui en­vi­ron 12 % du PIB. « Mais l’écart n’est pas com­blé avec l’Al­le­magne qui consacre l’équi­valent de 25 % de son PIB à l’in­ves­tis­se­ment in­dus­triel », re­lève en­core Oli­vier Lluan­si.

Bru­no le Maire en a conscience, et la crois­sance des en­tre­prises hexa­go­nales est une prio­ri­té du gou­ver­ne­ment. « Je pré­sen­te­rai dès le pre­mier tri­mestre 2018, un pro­jet de loi sur la crois­sance des en­tre­prises, di­ra en sub­stance le mi­nistre aux en­tre­pre­neurs réunis à Reims. Son ob­jec­tif : vous don­ner les moyens de gran­dir et d’in­ves­tir. Fa­vo­ri­ser la créa­tion et la re­prise d’ac­ti­vi­té. Mais aus­si sim­pli­fier l’en­vi­ron­ne­ment ju­ri­dique de vos en­tre­prises pour fa­vo­ri­ser la crois­sance et l’em­ploi. » Le mo­ment est fa­vo­rable car la France est sur une bonne dy­na­mique.

L’ef­fet Ma­cron est sa­lué, le buzz est po­si­tif qui de­vrait ac­cen­tuer la ten­dance. En 2016, il y a eu 1117 dé­ci­sions nou­velles d’im­plan­ta­tions d’en­tre­prises étran­gères (soit + 16 %).

Car la France plus que ja­mais peut jouer ses atouts : Maind’oeuvre qua­li­fiée et si­tua­tion géo­gra­phique qui en fait une terre de ré­ex­por­ta­tion.

BRU­NO AMSELLEM / DI­VER­GENCE DR.

La marque d’arts de la table De­grenne (en haut à gauche) re­lo­ca­lise sa pro­duc­tion thaï­lan­daise en France. En Isère, la so­cié­té fa­mi­liale Pa­ra­boot a in­ves­ti 9 mil­lions d’eu­ros dans une nou­velle usine ca­pable de pro­duire 120 000 chaus­sures par an. La Nis­san Mi­cra ven­due en Eu­rope est cons­truite, non plus en Inde, mais par Re­nault à Flins, site mo­der­ni­sé pour amé­lio­rer sa com­pé­ti­ti­vi­té.

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