Les cinq dan­gers qui menacent les JO

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - J.-J. E.

Les dé­rives bud­gé­taires

L’in­cu­rie et la fo­lie fi­nan­cière ont pré­ci­pi­té les der­niers JO dans une spi­rale in­fer­nale. Des dé­rives avec les­quelles Pa­ris 2024 a fer­me­ment pro­mis de rompre. Ses ar­gu­ments : 95 % des in­fra­struc­tures existent. Le bud­get (6,6 mil­liards d’eu­ros) est an­non­cé rai­son­nable et maî­tri­sé. Une source proche de la mai­rie in­dique : « Cette in­quié­tude sur un dé­ra­page bud­gé­taire a été dès le dé­part au coeur de la ré­flexion de la maire de Pa­ris et des élus lo­caux. Il y a des en­ga­ge­ments qui ont été pris à Pa­ris de ne pas aug­men­ter les im­pôts. On ne peut pas par­tir sur des JO qui se­raient dis­pen­dieux. L’agen­da 2020 du CIO a ré­pon­du à cette at­tente en po­sant, en 2014, le cadre de Jeux d’une nou­velle ère. Par ailleurs, la vo­lon­té de la maire de Pa­ris est de tra­vailler avec le CIO à un mode de gou­ver­nance et de contrôle qui soit in­no­vant et am­bi­tieux sur cette vi­gi­lance bud­gé­taire. » Le CIO n’a pas hé­si­té à contraindre To­kyo à ef­fec­tuer des mo­di­fi­ca­tions de son pro­jet pour 2020 en vue d’adou­cir la facture. Pa­ris sait que son pro­jet se­ra ob­ser­vé, en­ca­dré et qu’en cas d’écart fi­nan­cier, le CIO pour­rait in­ter­ve­nir.

Les re­tards du chan­tier

Athènes en 2000, Sot­chi en 2014, Rio en 2016 ont été dans l’oeil du cy­clone pour leurs dif­fi­cul­tés à li­vrer le chan­tier à l’heure dite. La pein­ture était par en­droits en­core fraîche à l’heure d’al­lu­mer la flamme… Pa­ris me­sure l’am­pleur de la tâche. Étienne Tho­bois, le di­rec­teur gé­né­ral, ré­sume : « Sept ans, c’est long mais court. Il y a un cer­tain nombre de chan­tiers, je pense à ce­lui du Vil­lage olym­pique, qui doivent être en­ga­gés as­sez ra­pi­de­ment. On n’est pas dans le rush mais il ne faut pas perdre trop de temps. Le chan­tier de la gou­ver­nance de­vra éga­le­ment être mis en place ra­pi­de­ment pour pou­voir avan­cer sur dif­fé­rentes pro­blé­ma­tiques. Il ne fau­dra pas s’en­dor­mir. »

La fronde des op­po­sants

Par­ti avec 51,9 % d’opi­nions fa­vo­rables (son­dage Ip­sos, mars 2014), Pa­ris 2024 s’est pré­sen­té à Li­ma es­cor­té par 83 % des Fran­çais es­ti­mant que l’at­tri­bu­tion des JO re­pré­sen­tait une bonne nou­velle (son­dage Ifop, 10 sep­tembre). Le chan­tier de­vra tou­te­fois com­po­ser avec d’ir­ré­duc­tibles op­po­sants. Thier­ry Rey, conseiller spé­cial de la can­di­da­ture, ne s’en of­fusque pas : « Le pro­jet a été bâ­ti de ma­nière dé­mo­cra­tique. On n’est pas Athènes, on est un pro­jet pen­sé du point de vue bud­gé­taire, en­vi­ron­ne­men­tal. On est prêt à dis­cu­ter, échan­ger mais de ma­nière construc­tive. Les par­te­naires so­ciaux se sont en­ga­gés avec nous. On a es­sayé de construire un pro­jet qui a du sens.»

Les in­ter­fé­rences po­li­tiques

Le co­mi­té a, tout au long de la can­di­da­ture, fait preuve d’uni­té, de so­li­di­té. Le cap était tra­cé. Les sphères spor­tives, po­li­tiques et éco­no­miques ont su se com­plé­ter sans jouer des coudes pour po­ser pour la photo. En res­tant dans leur rôle et en pri­vi­lé­giant le rayon­ne­ment de la can­di­da­ture. La di­men­sion nou­velle que va prendre le pro­jet va ai­gui­ser les am­bi­tions. Ac­ti­ver les ré­seaux. Mul­ti­plier les risques d’in­ter­fé­rence. Si Va­lé­rie Pé­cresse a an­non­cé que Jean-Fran­çois La­mour de­vien­drait son conseiller spé­cial en charge des JO, des noms cir­culent pour te­nir des rôles de choix dans le Co­mi­té d’or­ga­ni­sa­tion (Cojo) : Da­vid Douillet, Jean-Claude Blanc… L’ar­chi­tec­ture de la gou­ver­nance dif­fu­se­ra la sé­ré­ni­té ou sè­me­ra la zi­za­nie. Des choix cru­ciaux at­tendent To­ny Es­tan­guet qui hé­ri­te­ra du titre de pré­sident du Cojo. Son art de la concorde se­ra mis à rude épreuve. « Les trac­ta­tions ont com­men­cé et le mou­ve­ment spor­tif va de­voir lut­ter pour conser­ver le lea­der­ship », constate un proche du dos­sier.

L’ex­plo­sion des coûts de sé­cu­ri­té

Mi­chaël Aloï­sio, di­rec­teur gé­né­ral ad­joint de Pa­ris 2024, ré­sume : « Au sein des sites, c’est sur-sé­cu­ri­sé. Qu’il y ait me­naces ou pas, le for­mat olym­pique, c’est ça. Le reste, ce­la va dé­pendre du ni­veau de me­naces. On fe­ra avec les forces exis­tantes et l’ex­per­tise fran­çaise. Il y a un bud­get sé­cu­ri­té dans le cadre du Cojo (186 mil­lions d’eu­ros) qui as­sure la sé­cu­ri­té sur les sites. Et il y a un vo­let pou­voirs pu­blics qui gèrent en de­hors des sites. Ce coût n’est au­jourd’hui pas connu parce qu’on est in­ca­pable d’éva­luer le ni­veau de me­naces dans sept ans. Vu le contexte ac­tuel, on a dé­jà un ni­veau de sé­cu­ri­té ex­trê­me­ment abou­ti. La réa­li­té, c’est que l’État ne va pas re­cru­ter des mi­li­taires et des po­li­ciers pour sé­cu­ri­ser l’évé­ne­ment JO. Il s’agi­ra avant tout de dé­ploie­ment et de prio­ri­té. »

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