La chasse aux spon­sors fran­çais a dé­jà dé­bu­té

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - JEAN-YVES GUÉRIN @jy­gue­rin

« SE­RONS-NOUS un spon­sor ? Nous n’avons pas été sol­li­ci­tés. Nous ver­rons com­ment les choses se pas­se­ront. » Le PDG de Bouygues, Mar­tin Bouygues, ré­sume l’opi­nion des grands groupes fran­çais sur leur po­si­tion­ne­ment par rap­port aux Jeux de 2024. Leur en­ga­ge­ment aux cô­tés du fu­tur Co­mi­té d’or­ga­ni­sa­tion (Cojo) n’est pas en­core un su­jet brû­lant. La ques­tion se po­se­ra avec acui­té l’an­née pro­chaine quand les ap­pels d’offres pour de­ve­nir par­te­naire de cet évé­ne­ment se­ront lan­cés.

Mais, d’ores et dé­jà, des pre­miers contacts ont eu lieu. Se­lon nos in­for­ma­tions, Étienne Tho­bois, qui de­vrait prendre la di­rec­tion gé­né­rale du Cojo après avoir été l’un des ar­ti­sans de la can­di­da­ture, a ren­con­tré les plus grandes banques fran­çaises (BNP Pa­ri­bas, So­cié­té gé­né­rale, Cré­dit agri­cole…) pour les sen­si­bi­li­ser au su­jet. C’est que les or­ga­ni­sa­teurs des JO ont de fortes am­bi­tions en ma­tière de mar­ke­ting. Ils comptent ré­col­ter 1,1 mil­liard d’eu­ros au­près des spon­sors. Un bud­get cible tout fait jouable si on re­garde les der­nières édi­tions : Londres qui avait lan­cé son pro­gramme mar­ke­ting en pleine crise fi­nan­cière en 2008 a le­vé plus de 900 mil­lions d’eu­ros pour les JO 2012. Quant à To­kyo qui or­ga­ni­se­ra les Jeux en 2020, ses pro­mo­teurs ont dé­jà en­gran­gé 2,7 mil­liards au­près de ses par­te­naires. « Pa­ris qui n’a pas ac­cueilli les Jeux de­puis un siècle de­vrait donc at­teindre son ob­jec­tif sans trop de pro­blèmes », af­firme Vir­gile Caillet, dé­lé­gué gé­né­ral de l’Union sport et cycle qui re­groupe les fa­bri­cants et les dis­tri­bu­teurs d’équi­pe­ments spor­tifs.

Ti­ckets d’en­trée consé­quents

Pour au­tant, la chasse aux spon­sors de­man­de­ra pas mal d’ef­forts. D’abord parce que le Cojo de Pa­ris ne pour­ra pas dé­mar­cher des en­tre­prises qui ont la même ac­ti­vi­té que des top par­te­naires du Co­mi­té in­ter­na­tio­nal olym­pique. En clair, Pa­ris n’a pas le droit de « dra­guer » les construc- teurs au­to­mo­biles Re­nault ou PSA car le CIO a dé­jà Toyo­ta comme spon­sor. Même ve­to pour Mi­che­lin puisque le CIO est lié au fa­bri­cant de pneus Brid­ges­tone. En re­vanche, le Cojo a les mains libres pour trou­ver un top par­te­naire dans cha­cune des ca­té­go­ries sui­vantes : banque, as­su­rance, té­lé­coms, éner­gie…

Autre dif­fi­cul­té : les ti­ckets d’en­trée re­la­ti­ve­ment consé­quents. Comme pour chaque grand évé­ne­ment spor­tif, il y au­ra for­cé­ment plu­sieurs ni­veaux de spon­sors pour Pa­ris 2024 : les par­te­naires de pre­mier rang, les four­nis­seurs et les pres­ta­taires. « Ce­la de­vrait al­ler de 10 à 100 mil­lions d’eu­ros, es­time Vir­gile Caillet. Avec des prix com­pris entre 80 et 100 mil­lions, seuls les très grands groupes du CAC 40 et les énormes en­tre­prises pu­bliques fran­çaises qui ont une grosse pré­sence à l’in­ter­na­tio­nal auront in­té­rêt à de­ve­nir par­te­naire de pre­mier rang. » De sa­crées sommes d’au­tant plus qu’à la dif­fé­rence des autres évé­ne­ments spor­tifs de forte au­dience (Coupe du monde de foot­ball, Tour de France…), les spon­sors ne peuvent pas s’af­fi­cher dans les en­ceintes spor­tives lors des JO. Ils de­vront donc pré­voir un bud­get sup­plé­men­taire consé­quent pour faire connaître leur par­te­na­riat au­près des consom­ma­teurs.

Compte te­nu de ces en­jeux, BNP Pa­ri­bas, Axa, Orange, LVMH, Bouygues, La Poste no­tam­ment se­ront for­cé­ment des cibles pour le Cojo. Orange ne ferme pas la porte : « Nous sommes in­té­res­sés par un éven­tuel par­te­na­riat pour les Jeux de Pa­ris car ce genre de grande com­pé­ti­tion spor­tive nous per­met de faire preuve de notre sa­voir-faire tech­no­lo­gique de­vant le monde en­tier », ex­plique-t-on chez l’opé­ra­teur té­lé­coms. En re­vanche, même si la Maif a ac­com­pa­gné la can­di­da­ture de Pa­ris 2024, l’as­su­reur qui est pré­sent seule­ment en France n’en­vi­sage pas de de­ve­nir un par­te­naire de pre­mier ni­veau. Mais n’ex­clut pas un spon­so­ring plus mo­deste. « Par exemple tra­vailler sur le bé­né­vo­lat ou le han­di­sport qui ré­sonnent avec nos va­leurs », af­firme-t-on chez la mu­tuelle nior­taise.

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