Anne Hi­dal­go ou le suc­cès d’une élue convertie

La maire de Pa­ris, qui va re­ve­nir de Li­ma avec les an­neaux olym­piques, est convain­cue des re­tom­bées po­si­tives de l’évé­ne­ment. Ce­la n’a pas tou­jours été le cas.

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - EMMANUEL GALIERO @galiero@le­fi­ga­ro.fr

ANNE HI­DAL­GO ra­mène donc fiè­re­ment la flamme olym­pique à Pa­ris. Après trois dé­faites, la ville où le ba­ron Pierre de Cou­ber­tin avait créé le CIO et avait fait re­naître les Jeux olym­piques en 1894, ac­cueille­ra les Jeux. Ce se­ra la troi­sième fois puis­qu’elle avait dé­jà eu ce pri­vi­lège en 1900 et 1924. Ce mer­cre­di à Li­ma, la maire de Pa­ris a des­si­né avec en­thou­siasme les am­bi­tions et les pro­jets de Pa­ris 2024.

Les temps changent. Car en no­vembre 2014, la maire de Pa­ris avait iro­ni­sé sur les am­bi­tions du pré­sident de la Ré­pu­blique concer­nant l’or­ga­ni­sa­tion des Jeux à Pa­ris en 2024. « Avoir des rêves, c’est ma­gni­fique. Les réa­li­ser, c’est en­core mieux », avait lâ­ché Anne Hi­dal­go, échau­dée par l’échec su­bi en 2005 par Ber­trand De­la­noë pour or­ga­ni­ser les JO de 2012. Elle s’était mon­trée aga­cée par les ini­tia­tives de ceux qui osaient lui im­po­ser un autre agen­da que le sien. Fran­çois Hol­lande avait même ten­té de mi­ni­mi­ser l’éven­tuel obs­tacle que pou­vait consti­tuer la maire de Pa­ris dans le suc­cès de la can­di­da­ture. « Elle ne veut pas prendre de risques. Dans la vie, on veut tou­jours être pru­dent, mais elle sait que c’est une chance pour sa ville. » En guise de ré­ponse plu­tôt cin­glante, Anne Hi­dal­go avait pu­bli­que­ment fait la le­çon à Fran­çois Hol­lande sur les échecs des pré­cé­dentes can­di­da­tures des an­nées 1992, 2008 et 2012, en plai­dant pour une mé­thode « ob­jec­tive », « sé­rieuse » et « ri­gou­reuse ».

En réa­li­té, l’élue, qui n’était pas en­core vice-pré­si­dente de la mé­tro­pole du Grand Pa­ris, en charge des re­la­tions in­ter­na­tio­nales et des grands évé­ne­ments, n’était pas convain­cue de la fai­sa­bi­li­té du pro­jet. Les risques fi­nan­ciers pour une ville confron­tée à un dé­fi­cit de 400 mil­lions d’eu­ros étaient dans tous les es- prits. Anne Hi­dal­go avait d’ailleurs rap­pe­lé le coût d’une can­di­da­ture et les risques d’en­det­te­ment en es­ti­mant que ceux-ci n’étaient « plus ac­cep­tables ». Elle pri­vi­lé­giait alors la can­di­da­ture de Pa­ris pour l’or­ga­ni­sa­tion de l’Ex­po­si­tion universelle de 2025. Quatre ans plus tard, le dis­cours est moins fri­leux. Dans une in­ter­view au site Francs­jeux. com, la maire de Pa­ris s’est mon­trée réel­le­ment en­thou­siaste. « Nous n’al­lons pas bou­der notre plai­sir. C’est quand même énorme de se dire que nous al­lons vivre ça. Nous avons été à la hau­teur. On peut en être fier », a-t-elle dé­cla­ré, en se fé­li­ci­tant d’avoir me­né une cam­pagne « mé­tho­dique et pré­cise ».

Pour elle, trois mo­ments clefs ont comp­té du­rant cette cam­pagne pour la can­di­da­ture de Pa­ris : l’idée d’avoir un grand pro­jet pour les jeunes au len­de­main des at­ten­tats de Pa­ris, la pre­mière ren­contre avec les ac­teurs des JO à Lau­sanne en avril 2015, puis ses échanges avec le maire de Los An­geles, Eric Gar­cet­ti.

Main­te­nant, de nom­breuses voix s’ac­cordent pour cla­mer les bé­né­fices d’un tel évé­ne­ment pour la ca­pi­tale. Anne Hi­dal­go parle même d’une « chance in­ouïe », en sou­li­gnant qu’il n’y au­ra que 5 % d’in­fra­struc­tures à construire. À l’en­tendre, les JO vont non seule­ment dy­na­mi­ser la ville, mais lui per­mettre d’ac­cé­lé­rer son dé­ve­lop­pe­ment, via une loi olym­pique et des ou­tils nou­veaux. Au­jourd’hui, les JO à Pa­ris ap­pa­raissent comme une vic­toire po­li­tique pour Anne Hi­dal­go, no­tam­ment face à Emmanuel Ma­cron qui lui avait un peu pris la lu­mière sur ce dos­sier. La maire de Pa­ris a lais­sé en­tendre, par son at­ti­tude et sa pré­sence vi­gi­lante, qu’elle avait bien l’in­ten­tion de ré­col­ter les fruits de ce suc­cès. Quant à son agen­da po­li­tique personnel, elle sait que son man­dat pren­dra fin deux ans avant l’inau­gu­ra­tion des JO. Elle juge « cruelle » la ques­tion sur ses am­bi­tions en 2024 en avouant qu’elle ai­me­rait beau­coup ap­pa­raître au Stade de France avec son écharpe de maire de Pa­ris. « Ce se­rait un rêve », glisse-t-elle.

“C’est quand même énorme de se dire que nous al­lons vivre ça. Nous avons été à la hau­teur. On peut en être fier ” ANNE HI­DAL­GO

FA­BRICE COFFRINI/AFP

Pour Anne Hi­dal­go (ici, mer­cre­di, à Li­ma), les JO à Pa­ris ap­pa­raissent comme une vic­toire po­li­tique.

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