Pour que la France de­vienne en­fin un vrai pays de sport

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - Mar­tin Cou­tu­rié mcou­tu­rie@le­fi­ga­ro.fr

« ON NE VEUT pas de ces Jeux qui vont faire ex­plo­ser nos im­pôts », « La France n’a pas les moyens de se payer ce genre d’évé­ne­ments, vé­ri­tables ga­be­gies fi­nan­cières », « On est contre ces Jeux qui ne servent qu’à faire mous­ser Hi­dal­go et Ma­cron »… Ar­rê­tons-nous là, car les com­men­taires de cer­tains in­ter­nautes ac­com­pa­gnant sur les sites d’in­fos les ar­ticles qui évoquent les JO n’ont à ce jour plus lieu d’être. Pa­ris or­ga­ni­se­ra les Jeux olym­piques en 2024. La dé­ci­sion est ir­ré­vo­cable. Les an­neaux olym­piques vont briller sur la ca­pi­tale pen­dant sept ans. Que ce­la plaise ou non à leurs op­po­sants, tout à fait mi­no­ri­taires dans notre pays (plus de 80 % de sou­tien aux Jeux dans de ré­cents son­dages).

Les contin­gences bud­gé­taires sont évi­dem­ment ca­pi­tales, Pa­ris et le CIO ne pou­vant se per­mettre de faire ex­plo­ser une nou­velle fois le bud­get d’une ville olym­pique, sous peine de se re­trou­ver dé­fi­ni­ti­ve­ment à court de ci­tés can­di­dates pour le fu­tur. Mais au-de­là de l’as­pect fi­nan­cier, il est es­sen­tiel que ces Jeux pa­ri­siens laissent une trace et, mieux en­core, un vé­ri­table hé­ri­tage pour la so­cié­té fran­çaise. Ne nous leur­rons pas, notre pays n’a ja­mais été un « vrai pays de sport » comme peuvent l’être cer­tains de ses voi­sins, bri­tan­niques no­tam­ment. Si la Coupe du monde 1998 nous avait per­mis de pro­gres­ser dans le do­maine, ces Jeux olym­piques consti­tuent une oc­ca­sion idéale pour dé­ve­lop­per la pra­tique du sport en France et sen­si­bi­li­ser les âmes ré­frac­taires, no­tam­ment de nos castes po­li­tique et cultu­relle, qui re­gardent si sou­vent les spor­tifs avec un mé­pris à peine dis­si­mu­lé. Ces Jeux à Pa­ris sont un ren­dez-vous idéal pour leur faire com­prendre une bonne fois pour toutes qu’au-de­là du foot bu­si­ness, le sport consti­tue un élé­ment clé pour as­su­rer l’édu­ca­tion des jeunes, leur dé­ve­lop­pe­ment phy­sique, mais éga­le­ment men­tal, pour fa­vo­ri­ser le bien-être et la san­té de toute la po­pu­la­tion. Et pour dé­mon­trer qu’il de­meure unique en ma­tière de le­çons de vie et de créa­tion de va­leurs, d’émo­tion, d’adrénaline, d’échange, de par­tage. Avec, pour les spor­tifs des Jeux, des sa­laires glo­ba­le­ment rai­son­nables et à des an­nées-lu­mière de ceux, lo­gi­que­ment stig­ma­ti­sés, des stars du bal­lon rond.

Ces Jeux, et c’est le sou­hait en pre­mier chef, de To­ny Es­tan­guet, le triple cham­pion olym­pique et dé­sor­mais pa­tron du co­mi­té d’or­ga­ni­sa­tion, doivent lais­ser un hé­ri­tage ma­té­riel (pis­cine olym­pique, vil­lages des ath­lètes et des mé­dias trans­for­més en éco­quar­tiers) mais sur­tout im­ma­té­riel. En mo­di­fiant les men­ta­li­tés, en tor­dant le cou aux cli­chés de « spor­tifs en sueur » et « foot­bal­leurs sans cer­velle ». En pous­sant notre jeu­nesse dans les gym­nases, stades, bas­sins, dès au­jourd’hui. En créant des vo­ca­tions d’ath­lètes, de cham­pions, mais aus­si de vo­lon­taires, d’en­ca­drants, de pro­fes­seurs. En per­met­tant fi­na­le­ment au sport de prendre la place qu’il mé­rite, comme d’autres na­tions l’ont bien com­pris de­puis si long­temps. Au coeur de notre so­cié­té, de notre pays, de notre pas­sion.

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