Une force ré­si­duelle ren­due ca­duque par le ma­cro­nisme

Le Figaro - - POLITIQUE - PAR GUILLAUME TABARD £@gta­bard

C’est au mo­ment où le plus jeune par­ti de France, La Ré­pu­blique en marche, s’est ins­tal­lé en po­si­tion cen­trale et do­mi­nante dans la vie po­li­tique que le plus vieux par­ti de France, le cen­te­naire Par­ti ra­di­cal, cherche à faire à nou­veau parler de lui. En re­trou­vant son uni­té, qua­rante-cinq ans après s’être di­vi­sé en deux.

La bi­po­la­ri­sa­tion avait fonc­tion­né comme une sorte de mur de Ber­lin, les uns se re­trou­vant dé­pen­dants de l’al­liance à gauche, avec le PS et le PCF, les autres de l’al­liance à droite, avec les gaul­listes et les li­bé­raux. Mais les grandes re­trou­vailles ra­di­cales sont at­ten­dues avec moins d’ar­deur par les élec­teurs ac­tuels que ne l’était la réuni­fi­ca­tion al­le­mande… Pour tout dire, vic­times de la Ve Ré­pu­blique, les par­tis ra­di­caux, le PRG comme les va­loi­siens, sont de­puis long­temps des en­ti­tés ré­si­duelles. Ils s’en ac­com­mo­daient fort bien d’ailleurs, leurs al­liances res­pec­tives leur ga­ran­tis­sant une re­pré­sen­ta­tion bien su­pé­rieure à leur poids réel. Sous toutes les ma­jo­ri­tés suc­ces­sives de­puis 1974, pré­si­der le Par­ti ra­di­cal - de droite ou de gauche - fut long­temps la ga­ran­tie de dé­cro­cher un ma­ro­quin mi­nis­té­riel. Et si les ra­di­caux va­loi­siens se sont plus ou moins fon­dus dans l’an­cienne UDF , ceux de gauche ont su pré­ser­ver un pré car­ré dans le Sud-Ouest, terre de la gauche « cas­sou­let ».

Pour exis­ter, ces for­te­resses laïques ont sou­vent ten­té de s’en re­mettre à un « sau­veur su­prême » leur ren­dant vi­si­bi­li­té mé­dia­tique ou in­fluence. Ce fut en 1969 la mo­der­ni­té de Jean-Jacques Ser­vanS­chrei­ber, pa­ren­thèse brillante sur le plan in­tel­lec­tuel mais dé­ce­vante sur le plan po­li­tique. Ce fut, pour le PRG, l’ar­ri­vée de Ber­nard Ta­pie en 1993, qui réus­sit un beau coup élec­to­ral aux eu­ro­péennes de l’an­née sui­vante, avant d’être rat­tra­pé par les af­faires. Ce fut, pour les ra­di­caux de droite, l’ap­pel à Jean-Louis Bor­loo. Mais sans qu’au­cun des frères ra­di­caux ne re­trouve ni son au­to­no­mie, ni sa splen­deur d’an­tan.

Pour sub­sis­ter, reste donc la carte de l’uni­fi­ca­tion. Ou plu­tôt le ser­pent de mer de l’uni­fi­ca­tion, tant l’en­tre­prise fut ré­gu­liè­re­ment re­mise sur le mé­tier. À nou­veau, cette fois, une uni­ver­si­té d’été com­mune. À nou­veau, la pro­messe de groupes par­le­men­taires ra­di­caux ho­mo­gènes à l’As­sem­blée et au Sé­nat. Cette ten­ta­tive se­ra-t-elle la bonne ? Ver­dict le 9 dé­cembre, au con­grès op­por­tu­né­ment or­ga­ni­sé à la date an­ni­ver­saire de la loi de sé­pa­ra­tion de l’Église et de l’État de 1905. Car, c’est connu, les ra­di­caux font de la laï­ci­té à la fois leur griffe, si­non leur mo­no­pole, et un gage de mo­der­ni­té dans une so­cié­té où, via l’is­lam, la ques­tion re­li­gieuse est à nou­veau po­sée. Ou­bliant que c’est un non ra­di­cal, Aris­tide Briand, qui fit de la loi de 1905 un texte d’apai­se­ment quand le ra­di­cal Émile Combes prô­nait une laï­ci­té vio­lem­ment an­ti­clé­ri­cale.

Mais le pro­blème ac­tuel des ra­di­caux est que le ma­cro­nisme les rend ca­ducs. Ils ont été puis­sants sous la IIIe Ré­pu­blique quand ils étaient une force cen­trale flan­quée d’op­po­si­tions contraires, donc mar­gi­na­li­sées. Ce qui est exac­te­ment au­jourd’hui la po­si­tion et l’am­bi­tion de La Ré­pu­blique en marche.

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