Après Ir­ma, Saint-Mar­tin re­prend le che­min de l’école

Le Figaro - - SOCIÉTÉ - AMANDINE ASCENSIO @Aas­cen­sio SAINT-MAR­TIN

«À PEINE une se­maine après la ca­tas­trophe, on ne peut pas en­core dire quels se­ront les éta­blis­se­ments sco­laires qui rou­vri­ront en pre­mier, ni même faire un chif­frage du coût des tra­vaux», in­dique Jean-Mi­chel Blan­quer, le mi­nistre de l’Édu­ca­tion na­tio­nale, ar­ri­vé mar­di avec Emmanuel Ma­cron à SaintMar­tin, l’île fran­çaise dé­vas­tée par l’ou­ra­gan Ir­ma.

Se­lon lui, l’ac­ti­vi­té dans les écoles re­pren­dra se­lon les cas de fi­gure, après un diag­nos­tic pous­sé de chaque bâ­ti­ment et des tra­vaux né­ces­saires. En ef­fet, cer­tains éta­blis­se­ments ont été to­ta­le­ment dé­truits, d’autres le sont peu. « On fe­ra du cas par cas, école par école, collège par collège et ly­cée par ly­cée », in­dique le mi­nistre.

Quelques fa­milles ha­bitent en­core à l’école Émile Choi­sy, à Ma­ri­got, qui a été dé­cré­tée « hé­ber­ge­ment d’ur­gence » et « abri sûr» lors du cy­clone Jose. Mais pour peu de temps, pré­cise le gar­dien : « Tout le monde res­sort pour re­cons­truire. » Il est vrai que de­puis le dé­but de la se­maine, Ma­ri­got bouge : les ha­bi­tants sont de­hors et dé- blaient leur mai­son, les com­merces, la rue. Mais pas en­core leur école.

La sco­la­ri­té, pour­tant, re­naî­tra de ses cendres, et ce, dès la se­maine pro­chaine, a an­non­cé le pré­sident de la Ré­pu­blique, lors de son ar­ri­vée à Pointe-à-Pitre. Ce sont des tentes gon­flables qui as­su­re­ront l’in­té­rim des bâ­ti­ments, pour ceux qui auront été le plus éprou­vés par l’ou­ra­gan.

Les cours, eux, se­ront as­su­rés par les en­sei­gnants qui auront choi­si de res­ter sur l’île, ou d’autres, ar­ri­vés de Gua­de­loupe. «Il y a une mo­bi­li­sa­tion gé­né­rale des équipes gua­de­lou­péennes pour fa­ci­li­ter la sco­la­ri­sa­tion », as­sure Ca­mille Gal­lap, le rec­teur d’aca­dé­mie de Gua­de­loupe. Se­lon lui, on prend di­rec­te­ment en charge les en­fants à leur ar­ri­vée à l’aé­ro­port de Pointe-àPitre, avec leur fa­mille, pour or­ga­ni­ser au mieux leur nou­velle vie. « On ren­seigne les fa­milles pour per­mettre la sco­la­ri­sa­tion en Gua­de­loupe », dit-il. Et pour ceux qui sont par­tis en mé­tro­pole et qui sou­hai­te­raient re­ve­nir après la Tous­saint, date à la­quelle les classes auront re­pris to­ta­le­ment, se­lon l’Ély­sée, des me­sures se­ront prises éga­le­ment.

Pour les pro­fes­seurs, ce se­ra éga­le­ment du cas par cas. « Nous sommes bien au fait des si­tua­tions in­di­vi­duelles vé­cues par les en­sei­gnants, nous sommes conscients du trau­ma­tisme et cha­cun au­ra le temps de souf­fler », rap­pelle Jean-Mi­chel Blan­quer. Pour Loïc Lan­cou, pro­fes­seur des écoles à la ma­ter­nelle de Quar­tier d’Or­léans, c’est sûr : il va «prendre du temps pour souf­fler un peu ».

Pour lui comme pour cer­tains de ses col­lègues, les mai­sons ont été dé­truites et le bruit d’Ir­ma ré­sonne en­core dans les têtes. Le sou­tien psy­cho­lo­gique de­vrait être as­su­ré. Au moins pour les en­fants, qui «auront be­soin de parler de leur vé­cu », pré­cise le mi­nistre, qui in­dique qu’à la re­prise des cours les jeunes auront des es­paces d’ex­pres­sion pour ex­té­rio­ri­ser une his­toire dou­lou­reuse : « Il faut prendre en compte l’hu­main. C’est tout aus­si im­por­tant que le prin­cipe de conti­nui­té du ser­vice pu­blic. » Même si «rien ne se­ra nor­mal du­rant un temps ».

«Moi, on m’a pro­po­sé de par­tir, in­dique Ma­nue­la, mère d’un en­fant qui de­vait en­trer en sixième. Mais pour al­ler où ? » Elle a lais­sé le choix à son fils le soir du cy­clone. Écou­ter le bruit, vivre l’évé­ne­ment ou mettre des boules Quies pour évi­ter de se confron­ter à la ca­tas­trophe. «Je pense que si l’on ex­plique bien aux en­fants ce qu’il se passe, ils sont en me­sure de com­prendre. » Son fils a choi­si d’écou­ter le bruit des vents à 360 km/h, ar­ra­chant des tôles. Au­jourd’hui il semble al­ler bien et sou­rit en mâ­chouillant un Mis­ter Freeze. «J’ai hâte de re­tour­ner à l’école », sou­rit-il, avec un clin d’oeil.

À Saint-Mar­tin, ces an­nonces ont ten­dance à ras­su­rer. Pas com­plè­te­ment, parce que les ques­tions res­tent nom­breuses, no­tam­ment sur l’or­ga­ni­sa­tion, su­jet sur le­quel per­sonne n’a en­core vrai­ment de ré­ponses. Mais quand même, il semble que la prise en charge as­sou­plisse les es­prits, qui se ras­sé­rènent.

Ch­ris­tie, une jeune ma­man de deux en­fants, a en­core son ap­par­te­ment, où seuls quelques bris de vitres sont à dé­plo­rer. « Mais je vais de­voir re­prendre le travail un jour, alors je ne sais pas ce que mes en­fants vont faire pen­dant la jour­née. » Une de ses amies pro­po­sait de faire la classe deux heures par jour aux en­fants du quar­tier. Pour elle, c’était une so­lu­tion. «Mais ap­pa­rem­ment on pour­ra les re­mettre à l’école très vite», dit-elle en s’éloi­gnant, sa­tis­faite. Quant à rat­tra­per le temps per­du, Ma­nue­la a une so­lu­tion. « Les en­fants pour­raient avoir des jour­nées plus longues, ou avoir moins de va­cances, à Noël ou à Pâques, par exemple, juste trois jours, la fête, se bai­gner et voilà. »

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