Des dé­bris de plas­tique pié­gés au fond des mers

Des ap­pen­di­cu­laires, une forme de zoo­planc­ton, filtrent l’eau de mer et in­gèrent des mi­cro­plas­tiques qui se dé­posent sur les plan­chers océa­niques.

Le Figaro - - SCIENCES - MARC CHERKI @mcher­ki

EN­VI­RON­NE­MENT Plus lé­gères que l’eau de mer, des mi­cro­par­ti­cules de plas­tique de très pe­tites di­men­sions (entre 10 et 600 mi­crons de dia­mètre, proches de l’épais­seur d’un che­veu) se re­trouvent au fond des océans. «La dis­tri­bu­tion et le sort des plas­tiques dans les éco­sys­tèmes des océans ou­verts sont les plus mal connus », rap­pellent des cher­cheurs de l’Ins­ti­tut de re­cherche de l’Aqua­rium de la baie de Mon­te­rey (Ca­li­for­nie), dans la re­vue Science Ad­vances.

Afin de ten­ter de com­bler cette igno­rance, de nom­breuses ex­pé­riences ont été conduites en la­bo­ra­toires. En France, des scien­ti­fiques ont dé­mon­tré que des pois­sons in­gèrent puis agrègent dans leurs ex­cré­ments des mi­cro­plas­tiques qui tombent au fond de l’aqua­rium. De son cô­té, l’équipe amé­ri­caine avait dé­jà ef­fec­tué cette dé­mons­tra­tion avec des ap­pen­di­cu­laires, des zoo­planc­tons. Ces ani­maux filtrent l’eau de mer dans une sorte de mai­son, com­po­sée de mu­cus, et in­gèrent les par­ti­cules. Mais, pour la pre­mière fois, des ap­pen­di­cu­laires géants ont été ob­ser­vés in si­tu, en août 2016, afin d’étu­dier leur rôle dans l’agré­ga­tion, l’in­ges­tion et le «cou­lage» des mi­cro­plas­tiques dans la baie de Mon­te­rey. Les mi­cro­par­ti­cules des­cendent au rythme de 300 mètres par jour, quand elles sont agré­gées aux ex­cré­ments, notent les scien­ti­fiques dans leur étude.

« Une sorte de neige ma­rine »

Ces tra­vaux per­mettent d’ex­pli­quer, en par­tie, la pré­sence de plas­tiques dans les fonds ma­rins. L’ins­ti­tut de Mon­te­rey dis­pose d’im­por­tants moyens fi­nan­ciers pour conduire ses ob­ser­va­tions, à l’aide d’une sorte de sous-ma­rin qui largue des mi­cro­par­ti­cules de plas­tiques, re­cou­vertes de pein­tures fluo­res­centes, et piège des ap­pen­di­cu­laires pour suivre leur che­min vers le fond.

«Au fond des océans, il y a une sorte de “neige ma­rine”, pré­cise Fran­çois Gal­ga­ni, res­pon­sable de pro­jets sur les mi­cro­plas­tiques à l’Ifre­mer. C’est-à-dire que la ma­tière or­ga­nique qui chute dans les pro­fon­deurs rap­pelle les flo­cons de neige en hi­ver. Mais les par­ti­cules de mi­cro­plas­tique qui se dé­posent ne sont sans doute pas toutes pié­gées au fond.» Elles peuvent être re­lâ­chées après une dé­gra­da­tion bio­lo­gique (par des bac­té­ries) des ma­tières or­ga­niques, chi­miques ou phy­siques. Pour l’ins­tant, les scien­ti­fiques amé­ri­cains font l’im­passe sur ces re­lar­gages de mi­cro­plas­tiques dans l’eau de mer, après qu’ils ont été pié­gés dans les pro­fon­deurs.

De ré­centes études, no­tam­ment sur la mer des Sar­gasses, « montrent qu’il n’y a presque pas de changement sur la quan­ti­té de mi­cro­plas­tiques dans le fond des océans sur une ving­taine d’an­nées. Et des ré­sul­tats com­pa­rables ont été ob­te­nus pour le fond du golfe de Gas­cogne et de la Mé­di­ter­ra­née », ajoute le cher­cheur fran­çais.

Mais, à la sur­face des océans, «il y a 5 000 mil­liards de mi­cro­par­ti­cules qui flottent. Leur den­si­té fluc­tue se­lon les cou­rants et les sources de re­jet de plas­tique», com­plète Fran­çois Gal­ga­ni. De ce fait, les re­cords de concen­tra­tion ont été me­su­rés dans le golfe du Ben­gale et en Mé­di­ter­ra­née, en par­ti­cu­lier au large du bas­sin le­van­tin, avec 64 mil­lions de par­ti­cules par ki­lo­mètre car­ré. En Mé­di­ter­ra­née, les plas­tiques sont pié­gés en sur­face, car les seuls cou­rants sor­tant du dé­troit de Gi­bral­tar sont en pro­fon­deur. À cause du tourisme, du trans­port ma­ri­time et d’une mau­vaise ges­tion des re­jets, no­tam­ment sur la rive sud, en­vi­ron 700 tonnes de plas­tiques ar­rivent chaque jour dans la Mé­di­ter­ra­née.

Un dé­chet de plas­tique au fond de la mer Mé­di­ter­ra­née.

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