Ta­touage : des na­no­par­ti­cules dans les gan­glions

Des ana­lyses réa­li­sées sur des peaux mar­quées en vert montrent que les co­lo­rants peuvent mi­grer dans l’or­ga­nisme.

Le Figaro - - SCIENCES - MA­RIELLE COURT @Ma­riel­leCourt

TOXICOLOGIE En France, le ta­touage ne cesse de ga­gner du ter­rain. Même si les sta­tis­tiques ne sont pas si nom­breuses, on parle d’en­vi­ron 15 % de Fran­çais concer­nés. Et avec le phé­no­mène in­ter­vient un cor­tège de ques­tions, no­tam­ment sur l’in­no­cui­té des pro­duits ins­crits dans la peau.

Les mises en garde sur la né­ces­si­té de s’adres­ser à des vrais pro­fes­sion­nels uti­li­sant du ma­té­riel par­fai­te­ment sté­rile, ou de prendre des pré­cau­tions lors de la ci­ca­tri­sa­tion sont constantes. Mais rares sont ceux qui se sou­cient de la com­po­si­tion des encres uti­li­sées, les encres de cou­leur no­tam­ment. « Notre étude montre qu’ils de­vraient peut-être s’en pré­oc­cu­per », sou­ligne Hi­ram Cas­tillo, cher­cheur à l’ESRF (le syn­chro­tron eu­ro­péen de Gre­noble), l’un des au­teurs de l’étude pu­bliée dans la re­vue Scientific Re­port.

Les scien­ti­fiques ont en ef­fet dé­mon­tré que ces encres, une fois in­jec­tées, pou­vaient être trans­fé­rées dans les gan­glions lym­pha­tiques. Pour ob­te­nir ce ré­sul­tat, les scien­ti­fiques ont pu tra­vailler sur de la peau ta­touée (en vert) et les gan­glions de per­sonnes ayant fait don de leur corps à la science. «Dans les quatre cas que l’on a pu ob­ser­ver, le di­oxyde de ti­tane (TiO2) conte­nu dans l’encre afin de mo­du­ler la cou­leur a été re­trou­vé dans les gan­glions », ra­conte le cher­cheur.

Di­oxyde de ti­tane

« De fa­çon in­tui­tive, nous sa­vions dé­jà de­puis un cer­tain nombre d’an­nées que les encres mi­graient dans les gan­glions, car cer­tains chi­rur­giens étaient confron­tés à des gan­glions noirs », sou­ligne Ni­co­las Klu­ger, der­ma­to­logue, lui-même ta­toué, qui a ou­vert une consul­ta­tion à l’hô­pi­tal Bi­chat liée aux in­fec­tions ou aux al­ler­gies du ta­touage. « En re­vanche, ce que l’on ne sa­vait pas jus­qu’à pré­sent, sou­lignent les cher­cheurs, c’est que le di­oxyde de ti­tane s’y trouve sous forme de na­no­par­ti­cules », sans que, dans ce cas, on connaisse les ef­fets de ce com­po­sé. « Pour le mo­ment, on n’a pas les moyens de dire si c’est toxique ou si ce­la pro­voque des in­flam­ma­tions », pré­cise Hi­ram Cas­tillo.

Le di­oxyde de ti­tane que l’on re­trouve dans cer­tains ali­ments sous formes d’ad­di­tif (E171) mais aus­si dans de nom­breux pro­duits cos­mé­tiques et autres crèmes so­laires a fait l’ob­jet de nom­breuses cri­tiques. Une étude me­née ré­cem­ment sur le rat par des cher­cheurs de l’In­ra a mon­tré des ef­fets né­ga­tifs de l’in­ges­tion d’E171 pour le sys­tème im­mu­ni­taire. De son cô­té, le Centre in­ter­na­tio­nal de re­cherche sur le can­cer l’a clas­sé comme can­cé­ri­gène pos­sible en cas d’in­ha­la­tion. En 2018, l’Anses (l’Agence de sé­cu­ri­té sa­ni­taire) doit me­ner une éva­lua­tion des dan­gers et des risques du TiO2 pour la san­té hu­maine et l’en­vi­ron­ne­ment dans le cadre du rè­gle­ment eu­ro­péen sur les sub­stances chi­miques (REACh).

Mais, pour l’ins­tant, «avec un re­cul d’une cin­quan­taine d’an­nées, il n’y a pas de com­pli­ca­tions », rap­pelle Ni­co­las Klu­ger. «De plus, un ta­touage est un acte unique, ce n’est pas comme le ta­bac », pour­suit-il. Pour au­tant « les femmes en­ceintes ou qui al­laitent ne doivent pas se faire ta­touer », in­siste-t-il. Une pru­dence qui de­vrait aus­si concer­ner ceux ou celles qui se font gri­mer de la tête aux pieds.

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