L’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle en ver­sion tri­co­lore

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - D. A.

En juin, lors­qu’il a re­çu le la­bel Ori­gine France ga­ran­tie pour son ro­bot, Ra­mesh Caus­sy, créa­teur de Part­ne­ring Ro­bo­tics, a ju­bi­lé. Non pas parce que for­tune était faite – l’ob­ten­tion du la­bel ne rap­porte au­cune sub­ven­tion – mais parce qu’il avait réus­si à faire pas­ser un mes­sage qui lui tient à coeur : la France est ca­pable, elle aus­si, de faire naître des fleu­rons de la tech­no­lo­gie cog­ni­tive. N’en dé­plaise aux Amé­ri­cains, stars en la ma­tière, que le chef d’en­tre­prise connaît bien pour avoir col­la­bo­ré des an­nées no­tam­ment avec In­tel. Un dé­fi pa­trio­tique que ce Fran­çais d’ori­gine mau­ri­cienne a pris à bras-le­corps. Ar­ri­vé en France à l’âge de 4 ans et, après avoir gra­vi toutes les étapes de l’école ré­pu­bli­caine jus­qu’à sor­tir di­plô­mé de Po­ly­tech­nique, il se sent « le de­voir de rendre à la France ce qu’elle m’a don­né ». Il n’est qu’un pion dans ce vaste chan­tier de l’in­dus­trie du fu­tur, mais, dit-il, « notre pays a toutes les cartes en main pour de­ve­nir un grand ».

Son idée, dé­ve­lop­pée il y a dix ans pa­ral­lè­le­ment à une ac­ti­vi­té plus lu­cra­tive d’im­pres­sion 3D, est de s’an­crer sur le mar­ché de l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique et de la qua­li­té de l’air. Des pays comme la Chine, l’Inde ou le Mexique, plus ex­po­sés que la France, ont pris une lon­gueur d’avance. Le fruit de sa concep­tion est un ro­bot ca­pable d’in­té­grer des don­nés en dy­na­mique afin d’amé­lio­rer et op­ti­mi­ser la qua­li­té de l’air et éco­no­mi­ser l’éner­gie du lieu dans le­quel il évo­lue. Une sorte d’ani­mal du fu­tur des­ti­né à des pro­fes­sion­nels tels que la So­cié­té gé­né­rale, les Ga­le­ries La­fayette ou la Maif, ses pre­miers clients.

Le pro­duit, com­mer­cia­li­sé de­puis un an, com­mence à sé­duire. Ra- mesh Caus­sy, au­jourd’hui à la tête d’une en­tre­prise de 45 sa­la­riés si­tuée à Cer­gy-Pon­toise (Yve­lines), a dé­jà en­gran­gé près d’une cen­taine de com­mandes. « On a en France toutes les com­pé­tences né­ces­saires pour dé­ve­lop­per ce type de pro­duits liés à l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. On a les in­gé­nieurs spé­cia­li­sés, les ma­thé­ma­ti­ciens et, dans une moindre me­sure, les co­deurs. Ce dont on manque, c’est de fi­nan­ce­ments. »

Re­cherche de pointe

Pour ce quin­qua­gé­naire, les res­pon­sables hexa­go­naux « n’ont pas vu ve­nir l’ère du di­gi­tal et du cog­ni­tif ». Les fi­nan­ce­ments n’y sont par consé­quent pas fléchés. Se­lon lui, on est en France trop loin des « grosses en­ve­loppes » que Ja­po­nais ou Amé­ri­cains consacrent à l’in­ves­tis­se­ment dans les tech­niques cog­ni­tives. Tout au long des an­nées de dé­ve­lop­pe­ment de son ro­bot - il a créé Part­ne­ring Ro­bo­tics il y a dix ans –, il a pu ti­rer par­ti des dis­po­si­tifs de sou­tien fis­caux (cré­dit im­pôt re­cherche, sta­tut de jeune en­tre­prise in­no­vante) et bé­né­fi­cier de prêts à taux zé­ro de Bpi­france. Mais ce­la ne suf­fit pas à fi­nan­cer une re­cherche de pointe.

L’en­tre­pre­neur doit cher­cher au­jourd’hui de l’ar­gent à l’étran­ger pour pour­suivre le dé­ve­lop­pe­ment de l’en­tre­prise. Car pas ques­tion de lâ­cher : « Nous sommes dans une in­dus­trie nais­sante dans la­quelle les règles sont en train de se dé­fi­nir. Nous de­vons nous ré­ap­pro­prier les com­pé­tences pour pro­duire en France. On a à notre por­tée tout le mar­ché eu­ro­péen », plaide-t-il. Son sou­hait ? Que les pou­voirs pu­blics dé­fendent mieux la « French Touch » et que l’on fasse da­van­tage place à de nou­veaux ac­teurs.

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