Brexit : Pa­ris re­part à l’of­fen­sive à la Ci­ty

Après les points mar­qués par Franc­fort, Gri­veaux vante les ré­formes de Ma­cron au­près des fi­nan­ciers.

Le Figaro - - ÉCONOMIE - FLORENTIN COLLOMP @fcol­lomp COR­RES­PON­DANT À LONDRES

EU­ROPE Quand Ben­ja­min Gri­veaux, se­cré­taire d’État à Ber­cy, de pas­sage à Londres, est in­vi­té de la ma­ti­nale de BBC Ra­dio 4 (équi­valent de France In­ter) pour van­ter les atouts de Pa­ris dans le contexte du Brexit, un com­men­ta­teur conser­va­teur très en vue hurle sur Twit­ter à l’an­ti­pa­trio­tisme de la ra­dio pu­blique, ac­cu­sée de faire de la « pro­pa­gande » pro-fran­çaise. Su­jet sen­sible. Alors que les hé­si­ta­tions du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique sur sa stra­té­gie font gran­dir les in­quié­tudes dans la Ci­ty, la ba­taille de la « re­lo­ca­li­sa­tion » bat son plein. Pa­ris est ac­cu­sée d’agres­si­vi­té pour « pi­quer » les em­plois de ban­quiers bri­tan­niques. Re­pré­sen­tant du lob­by de la Ci­ty pour l’Eu­rope, l’an­cien mi­nistre Je­re­my Browne dé­nonce une cam­pagne « de tout un pays » me­née par Emmanuel Ma­cron. Avant d’ajou­ter, per­fide, au mo­ment où la CGT bat­tait le pa­vé pa­ri­sien : « Le pro­blème est qu’il est dif­fi­cile de trou­ver quel­qu’un en Eu­rope, hors de France, qui pense que la place fi­nan­cière de­vrait être Pa­ris. »

Dans un quar­tier d’af­faires de Ca­na­ry Wharf bat­tu par les vents, Ben­ja­min Gri­veaux re­fuse tout dé­fai­tisme. Il s’est ren­du dans la ca­pi­tale bri­tan­nique, mar­di et mer­cre­di, pour ten­ter de ren­ver­ser « l’im­pres­sion » que Pa­ris au­rait dé­jà per­du la guerre face à ses ri­vales, Franc­fort, Luxem­bourg ou Du­blin. « Le vent tourne », iro­nise-t-il, en par­lant de la mé­téo ca­pri­cieuse outre-Manche. Le géant amé­ri­cain de l’as­su­rance Chubb a op­por­tu­né­ment an­non­cé lun­di avoir choi­si Pa­ris pour im­plan­ter son siège eu­ro­péen. Jusque-là, seules les banques fran­çaises et HSBC avaient dé­ci­dé de dé­pla­cer des em­ployés de la Ci­ty vers la France. La grande ma­jo­ri­té des grands noms de la fi­nance, de Mor­gan Stan­ley à Ci­ti­group, en pas­sant par Gold­man Sachs et No­mu­ra, se sont tour­nés vers Franc­fort. L’as­su­reur Lloyds a choi­si Bruxelles. JPMor­gan, le groupe de ges­tions d’ac­tifs M&G, les as­su­reurs AIG ou His­cox pri­vi­lé­gient Luxem­bourg.

Les Bri­tan­niques cherchent à di­vi­ser les Eu­ro­péens pour évi­ter de se voir ra­vir leur cou­ronne. Si Luxem­bourg mise sur 3 000 em­plois dé­lo­ca­li­sés, Franc­fort a évo- qué le chiffre de 80 000. Pa­ris, de son cô­té, se se­rait four­voyé en « se fo­ca­li­sant sur des opé­ra­tions de trans­ferts de banques en­tières de type Dun­kerque », se­lon Ni­co­las Ma­ckel, res­pon­sable de la place concur­rente de Luxem­bourg.

Lors de sa tour­née au­près de grands éta­blis­se­ments bri­tan­niques ou amé­ri­cains de la Ci­ty, de fonds d’in­ves­tis­se­ment et de l’Au­to­ri­té ban­caire eu­ro­péenne, Ben­ja­min Gri­veaux a af­fi­né cette stra­té­gie. « Il n’y a au­cune agres­si­vi­té dans notre dé­marche, c’est mon job de vendre l’at­trac­ti­vi­té de la France », se dé­fend-il. Da­van­tage qu’un ef­fet d’au­baine, il mise sur la per­sua­sion de ses in­ter­lo­cu­teurs de la por­tée des ré­formes d’Emmanuel Ma­cron pour les an­nées à ve­nir. « Le Brexit n’est qu’une par­tie de l’équa­tion. La France est en train de se trans­for­mer pro­fon­dé­ment. C’est là que ça va se pas­ser dans les cinq à dix ans à ve­nir », veut-il croire. Les in­ves­tis­seurs at­tendent des « preuves d’amour », et pas seule­ment des dé­cla­ra­tions.

L’émis­saire du pré­sident Ma­cron, dont il a été le bras droit du­rant la cam­pagne, est ve­nu les leur ap­por­ter, van­tant les or­don­nances sur le mar­ché du travail, la loi de fi­nances en pré­pa­ra­tion et les fu­tures ré­formes de la pro­tec­tion so­ciale. S’il évoque des « dis­cus­sions avan­cées » pour at­ti­rer des éta­blis­se­ments fi­nan­ciers à Pa­ris, il mise da­van­tage sur une re­com­po­si­tion de fond du pay­sage eu­ro­péen à moyen ou long terme.

Cette ba­taille se joue aus­si à tra­vers le dé­mé­na­ge­ment de l’Au­to­ri­té ban­caire eu­ro­péenne, ins­tal­lée à Londres et convoi­tée par huit villes du conti­nent, dont Pa­ris, Bruxelles, Franc­fort, Luxem­bourg ou Du­blin. Pa­ris y joue sa cré­di­bi­li­té face à sa ri­vale al­le­mande. La dé­ci­sion se­ra prise en no­vembre.

“La France est en train de se trans­for­mer pro­fon­dé­ment. C’est là que ça va se pas­ser dans les cinq à dix ans à ve­nir” BEN­JA­MIN GRI­VEAUX À LONDRES

AM­BAS­SADE DE FRANCE AU ROYAUME-UNI

Ben­ja­min Gri­veaux, se­cré­taire d’État au­près du mi­nistre de l’Éco­no­mie et des Fi­nances, et Jean-Pierre Jouyet, am­bas­sa­deur de France à Londres, mer­cre­di.

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