Mai­sons de re­traite : un rap­port dé­nonce les sous-ef­fec­tifs

Les députés pro­posent de pour­voir des postes d’in­fir­mière de nuit.

Le Figaro - - ÉCONOMIE - MA­RIE-CÉ­CILE RE­NAULT @Fi­re­nault

SO­CIAL C’est une in­no­va­tion de cette nou­velle man­da­ture : une mis­sion par­le­men­taire « flash » a re­mis ce mer­cre­di à l’As­sem­blée ses conclu­sions sur la si­tua­tion des éta­blis­se­ments d’hé­ber­ge­ment pour per­sonnes âgées dé­pen­dantes (Eh­pad), et ce après seule­ment quinze jours de travail et d’au­di­tions. La rap­por­teur Mo­nique Ibor­ra, ex-PS pas­sée chez LREM, a dres­sé un diag­nos­tic alar­mant, dé­non­cé « une ta­ri­fi­ca­tion de type kaf­kaïen » et pré­co­ni­sé plu­sieurs ac­tions d’ur­gence. « Les Eh­pad souffrent de sous-ef­fec­tifs et de condi­tions de travail dif­fi­ciles », a-telle en­core dé­plo­ré.

Les éta­blis­se­ments n’ar­rivent plus à re­cru­ter d’aides-soi­gnantes, l’ab­sen­téisme dans le sec­teur dé­passe 10 %, et les ac­ci­dents de travail y sont plus nom­breux que dans le BTP! Ce sous-ef­fec­tif nuit non seule­ment au bien-être des per­sonnes âgées, mais est aus­si une source de coût pour la col­lec­ti­vi­té. Faute de personnel, les Eh­pad en­voient trop sou­vent leurs ré­si­dents aux ur­gences sans jus­ti­fi­ca­tion. Un seul poste d’in­fir­mière pour trois Eh­pad avec une per­ma­nence té­lé­pho­nique de nuit per­met­trait d’évi­ter 4 nuits d’hos­pi­ta­li­sa­tion par pa­tient et par an, a cal­cu­lé l’ARS d’Île-de-France.

Face à ce constat, la mis­sion pré­co­nise plu­sieurs me­sures d’ur­gence : pré­ser­ver les contrats ai­dés dans les Eh­pad, lan­cer un groupe de travail sur la for­ma­tion et la re­va­lo­ri­sa­tion du sta­tut d’ai­de­soi­gnante, pré­voir dans le bud­get des éta­blis­se­ments la pré­sence d’une in­fir­mière de nuit en as­treinte ou en poste, pu­blier en ligne des éva­lua­tions sur la qua­li­té de pres­ta­tions des éta­blis­se­ments…

Ré­forme ta­ri­faire

Autre su­jet de pré­oc­cu­pa­tion : la nou­velle ta­ri­fi­ca­tion en vi­gueur de­puis mai, qui a pro­vo­qué une le­vée de bou­cliers des Eh­pad pu­blics, me­na­cés de perdre 200 mil­lions d’eu­ros et de de­voir sup­pri­mer 300 postes, alerte la Fé­dé­ra­tion hos­pi­ta­lière de France (FHF). En cause ? Un dé­cret da­tant de la fin du quin­quen­nat Hol­lande qui, en ré­for­mant la ta­ri­fi­ca­tion, a mo­di­fié la ré­par­ti­tion de l’en­ve­loppe fi­nan­cière au pro­fit des éta­blis­se­ments pri­vés. «C’est un grave pro­blème. On ne peut s’en te­nir au sta­tu quo. On de­mande une re­mise à plat im­mé­diate », a ré­pé­té hier Fré­dé­ric Val­le­toux, le pré­sident de la FHF. Bien sûr, le Sy­ner­pa, re­pré­sen­tant le sec­teur pri­vé, s’y op­pose. « Nous re­fu­sons une re­mise en cause to­tale de la ré­forme, sous pré­texte que quelques éta­blis­se­ments sont en souf­france, a ré­agi Flo­rence Ar­naizMau­mé, sa dé­lé­guée gé­né­rale. Cette ré­forme est in­con­tour­nable si l’on veut pré­ser­ver l’équi­té.»

La rap­por­teur Ibor­ra a en­treou­vert la porte à des amen­de­ments. Alors que dix dé­par­te­ments re­fusent d’ap­pli­quer le dé­cret, elle sug­gère «d’éva­luer l’im­pact concret de la ré­forme et d’exa­mi­ner les amé­na­ge­ments sus­cep­tibles d’être ap­por­tés ». De son cô­té, le mi­nis­tère fait va­loir que si les Eh­pad pu­blics perdent 200 mil­lions sur le for­fait dé­pen­dance, ils gagnent en re­vanche 140 mil­lions sur le for­fait soins. Reste un « trou » de 60 mil­lions…

La mi­nistre de la San­té, Agnès Bu­zyn, tran­che­ra lors d’un co­mi­té de sui­vi de la ré­forme, le 25 sep­tembre. À plus long terme, il fau­dra sur­tout en­ga­ger une ré­flexion sur l’ac­cueil des plus âgés, alors que la so­cié­té fait face au vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion, l’ex­plo­sion des ma­la­dies dé­gé­né­ra­tives type Alz­hei­mer et l’écla­te­ment des struc­tures fa­mi­liales.

SERVE/PHO­TOP­QR/ LE PA­RI­SIEN/MAXPPP

Un éta­blis­se­ment d’hé­ber­ge­ment pour per­sonnes âgées dé­pen­dantes dans le XXe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris.

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