Exo­né­ra­tion de la taxe d’ha­bi­ta­tion : Ber­cy lâche un peu de lest

Le pla­fond a été re­haus­sé à 30 000 eu­ros de re­ve­nu réel pour un cé­li­ba­taire et 48 000 eu­ros pour un couple.

Le Figaro - - ENTREPRISES - ANNE DE GUIGNÉ @ade­guigne

FIS­CA­LI­TÉ A deux se­maines de la pré­sen­ta­tion du bud­get, pré­vue le 27 sep­tembre, Ber­cy a re­vu sa co­pie sur la me­sure fis­cale la plus po­pu­laire du pro­gramme d’Emmanuel Ma­cron, l’exo­né­ra­tion de la taxe d’ha­bi­ta­tion. Ini­tia­le­ment, la ris­tourne - éta­lée sur trois ans - de­vait concer­ner les mé­nages dé­cla­rant un re­ve­nu in­fé­rieur à 20 000 eu­ros par part fis­cale. Au fi­nal, l’État va se mon­trer bien plus gé­né­reux: le pla­fond se­ra de 27 000 eu­ros de re­ve­nu fis­cal de ré­fé­rence (RFR) pour un cé­li­ba­taire et de 43 000 eu­ros pour un couple, a pré­ci­sé mer­cre­di Gé­rald Dar­ma­nin, le mi­nistre de l’Ac­tion et des Comptes pu­blics, de­vant le « Club de l’éco­no­mie » du Monde.

Le seuil aug­men­te­ra en­suite de 6 000 eu­ros par de­mi-part sup­plé­men­taire. Un couple avec un en­fant se­ra donc exo­né­ré de taxe d’ha­bi­ta­tion dès lors que son RFR se­ra in­fé­rieur à 49 000 eu­ros, à 55 000 eu­ros s’il a deux en­fants… Le gou­ver­ne­ment a ré­flé­chi à un sys­tème de lis­sage pour évi­ter les bas­cules trop vio­lentes. Pour les cé­li­ba­taires, un dé­grè­ve­ment dé­gres­sif a été pré­vu entre 27 000 et 28 000 eu­ros et pour les couples entre 43 000 et 45 000 eu­ros.

« 80 % de ceux qui paient au­jourd’hui la taxe d’ha­bi­ta­tion ne la paie­ront plus dans trois ans », a ap­puyé le mi­nistre, re­pre­nant une an­tienne du pré­sident de la Ré­pu­blique. Éton­nam­ment, cette ré­par­ti­tion, 80 % de mé­nages exo­né­rés contre 20 % de mé­nages taxés, était dé­jà évo­quée quand le gou­ver­ne­ment tra­vaillait sur des hy­po­thèses de pla­fonds dif­fé­rents, preuve que cette clé de ré­par­ti­tion est plus po­li­tique que sta­tis­tique.

10 % des mé­nages paie­ront la taxe

La France compte près de 30 mil­lions de mé­nages. La grande ma­jo­ri­té d’entre eux, lo­ca­taires ou pro­prié­taires, sont as­su­jet­tis à la taxe d’ha­bi­ta­tion. Ce­pen­dant 4 mil­lions pro­fitent dé­jà d’une exo­né­ra­tion, quelque 10 mil­lions de plus de 60 ans, d’un pla­fon­ne­ment, et 3,8 mil­lions d’un abat­te­ment par­ti­cu­lier. Se­lon le gou­ver­ne­ment, en­vi­ron 20 mil­lions de mé­nages paient ef­fec­ti­ve­ment la taxe. Après la ré­forme, ils ne se­ront qu’un peu plus de 3 mil­lions, soit 10 % de l’en­semble des mé­nages.

Les seuils choi­sis ap­pa­raissent dé­ca­lés par rap­port aux re­ve­nus réels des mé­nages et fa­vo­risent les cé­li­ba­taires. Se­lon l’In­see, les 80 % de per­sonnes cé­li­ba­taires les moins ai­sées af­fichent en ef­fet un re­ve­nu dis­po­nible in­fé­rieur à 27 110 eu­ros, quand le seuil pris par le gou­ver­ne­ment cor­res­pond à un re­ve­nu réel de 30 000 eu­ros. À l’in­verse, le pla­fond fixé pour les couples sans en­fant à 48 000 eu­ros de re­ve­nu réel est in­fé­rieur au re­ve­nu dis­po­nible de cette po­pu­la­tion, qui s’étend jus­qu’à 52 450 eu­ros.

Ce geste de gé­né­ro­si­té sur la taxe d’ha­bi­ta­tion est une pre­mière ré­ponse à la grogne des re­trai­tés mo­destes ou des classes moyennes, qui crai­gnaient de se trou­ver en­tiè­re­ment per­dants des ré­formes Ma­cron. Cer­tains su­bis­saient en ef­fet l’aug­men­ta­tion de la CSG, sans pour au­tant bé­né­fi­cier d’une baisse de la taxe d’ha­bi­ta­tion. Conscients de ce risque, les députés de la com­mis­sion des fi­nances de la ma­jo­ri­té cherchent à amen­der les dis­po­si­tifs pré­vus. « La hausse du pla­fond de l’exo­né­ra­tion de la taxe d’ha­bi­ta­tion est un pre­mier pas. Mais le su­jet n’est pas clos », as­sure l’un d’eux.

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