Doux, de nou­veau en dif­fi­cul­té, ap­pelle l’État à la res­cousse

Le vo­lailler veut dé­lo­ca­li­ser une part de sa pro­duc­tion et mon­ter en gamme. Il cherche 100 mil­lions pour in­ves­tir.

Le Figaro - - ENTREPRISES - IVAN LETESSIER @IvanLe­tes­sier

AGROA­LI­MEN­TAIRE Nou­vel ap­pel à mo­bi­li­sa­tion gé­né­rale pour Doux. Fin 2012, le pre­mier vo­lailler fran­çais a été sau­vé de la faillite dans des cir­cons­tances ro­cam­bo­lesques, où l’ac­ti­visme d’Ar­naud Mon­te­bourg, mi­nistre du Re­dres­se­ment pro­duc­tif, pro­vo­quait des re­mous. Le dos­sier re­vient sur le bu­reau de son suc­ces­seur Bru­no Le Maire. Le groupe de 1 500sa­la­riés, dé­te­nu de­puis 2016 par la co­opé­ra­tive Ter­re­na et Avril (65 % à eux deux) et le saou­dien Al­mu­na­jem (35 %), a lan­cé mer­cre­di un ap­pel au se­cours aux pou­voirs pu­blics, après un CCE à son siège de Châ­teau­lin (Fi­nis­tère). « Doux a pré­sen­té un pro­jet de trans­for­ma­tion ac­cé­lé­rée de son mo­dèle éco­no­mique, ex­plique un com­mu­ni­qué. Pour réus­sir sa concré­ti­sa­tion, il né­ces­site de trou­ver des par­te­naires in­dus­triels et fi­nan­ciers ra­pi­de­ment avec le sou­tien de l’État et des col­lec­ti­vi­tés lo­cales. » En fait, la di­rec­tion est en contact de­puis des mois avec les mi­nis­tères de l’Éco­no­mie et de l’Agri­cul­ture et la ré­gion Bre­tagne.

S’il a ga­gné de l’ar­gent en 2015, le groupe a re­plon­gé dans le rouge l’an pas­sé, avec une perte de 35 mil­lions d’eu­ros pour 380 mil­lions de chiffre d’af­faires. Doux, qui réa­lise 80 % de son ac­ti­vi­té en ex­por­tant du pou­let conge­lé (aux deux tiers en Ara­bie saou­dite, où il est lea­der), a été vic­time de la guerre com­mer­ciale lan­cée par ses ri­vaux bré­si­liens JBS et BRF : les prix ont bais­sé de 30 % l’an pas­sé, et Al­mu­na­jem, qui dis­tri­bue les trois groupes, n’a pu être d’au­cun se­cours pour Doux.

« Mo­dèle non pé­renne »

À ce­la s’ajoutent l’évo­lu­tion de la pa­ri­té eu­ro/dol­lar (de­vise en vi­gueur sur ce mar­ché) et la fai­blesse de l’éco­no­mie saou­dienne. « Le mo­dèle his­to­rique de Doux n’est pas pé­renne, se­lon Ch­ris­tophe Cou­rous­sé, pré­sident du di­rec­toire de Doux. Le pou­let conge­lé est de­ve­nu une com­mo­di­té, et nous ne sommes pas as­sez com­pé­ti­tifs. Il faut opé­rer une mo­di­fi­ca­tion struc­tu­relle. » Le pa­tron re­cherche un par­te­naire fi­nan­cier et in­dus­triel pour dé­lo­ca­li­ser la pro­duc­tion de son pro­duit de base en Eu­rope de l’Est et se dit en passe de le trou­ver dans les pro­chaines se­maines.

Pour les huit sites fran­çais, l’ob­jec­tif est de mon­ter en gamme pour « ex­por­ter des pro­duits pre­mium in­no­vants pour va­lo­ri­ser l’ori­gine France au Moyen-Orient et dé­ve­lop­per le mar­ché afri­cain » et « en­trer sur le mar­ché eu­ro­péen du ha­lal frais ». Doux doit pour ce­la in­ves­tir 100 mil­lions d’eu­ros, no­tam­ment dans son abat­toir de Chan­ton­nay et sur son site de Quim­per, mais ses ac­tion­naires ne peuvent sup­por­ter seul cet in­ves­tis­se­ment. Doux, dont dé­pendent 5000 em­plois in­di­rects dans l’Ouest et 300 éle­veurs (10 % de la filière vo­laille), cherche donc des in­ves­tis­seurs. « Si nous réus­sis­sons à mettre en oeuvre notre pro­jet, nous pour­rons conser­ver le maxi­mum d’em­plois per­ma­nents », as­sure le pa­tron. « La si­tua­tion né­ces­site de mettre en oeuvre im­mé­dia­te­ment le pro­jet pré­vu pour 2020, vi­tal pour l’en­tre­prise, es­time Na­dine Hour­mant, dé­lé­guée FO. Il faut mettre le gou­ver­ne­ment face à ses res­pon­sa­bi­li­tés. Si­non, on au­ra per­du le prin­ci­pal opé­ra­teur de vo­lailles en France. » Ber­cy as­sure que ses ser­vices re­gar­de­ront les pro­po­si­tions de Doux quand elles se­ront for­melles et concrètes, ce qui n’est pas en­core le cas.

M. OL­LI­VIER/ PHO­TOP­QR/OUEST FRANCE

L’usine Doux de Châ­teau­lin dans le Fi­nis­tère.

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