VI­SI­TER CARCASSONNE À L’OC­CA­SION DES JOUR­NÉES EU­RO­PÉENNES DU PA­TRI­MOINE

La for­te­resse cé­lèbre ce week-end les Jour­nées eu­ro­péennes du pa­tri­moine. Com­bi­née au ca­nal du Mi­di qui la borde et aux vi­gnobles alen­tour, la des­ti­na­tion de­vient celle de la dou­ceur de vivre.

Le Figaro - - ET VOUS - PHI­LIPPE VIGUIÉ-DESPLACES pvi­guie­des­places@le­fi­ga­ro EN­VOYÉ SPÉ­CIAL À CARCASSONNE

Ala Porte Nar­bon­naise, on ne se lasse pas des lices, ce vaste es­pace si­tué entre les deux rem­parts de la for­te­resse de Carcassonne. Dans ce lieu de pro­me­nade épu­ré des bou­tiques de sou­ve­nirs, l’on marche jour et nuit sur toute l’épais­seur de l’His­toire. Ins­crit au Pa­tri­moine mon­dial de l’hu­ma­ni­té par l’Unes­co de­puis vingt ans, l’en­semble de la ci­té de Carcassonne re­monte au Bas Em­pire, pro­té­gé d’une seule en­ceinte gal­lo-ro­maine avant que Saint-Louis la double, au XIIIe siècle, d’un se­cond rem­part. Sa puis­sance va du­rer jus­qu’à l’an­nexion du Rous­sillon au royaume de France, en 1659. En dé­clin, la ruine me­nace Carcassonne. Mais au XIXe siècle, un éru­dit lo­cal, JeanPierre Cros-May­re­vieille, tire la son­nette d’alarme. Na­po­léon III l’en­tend et Pros­per Mé­ri­mée, ins­pec­teur des Mo­nu­ments his­to­riques, ain­si que l’ar­chi­tecte Viol­let-le-Duc sauvent le mo­nu­ment à coups (coûts) d’une res­tau­ra­tion sin­gu­lière, jus­qu’à lui res­ti­tuer sa beau­té ori­gi­nelle.

32 tours ou rien…

Au­jourd’hui, les trente-deux tours et trois ki­lo­mètres de rem­part plantent le dé­cor d’un grand spec­tacle mé­dié­val, avec des re­cons­ti­tu­tions spec­ta­cu­laires de hourds en bois, que l’on par­court ébloui par la vue qui se dé­gage alen­tour. Les salles ou­vertes à la vi­site, plus d’une di­zaine, dé­meu­blées, semblent un peu désoeu­vrées. Dom­mage. La plus belle reste la Ca­me­ra Ro­tun­da. Ses pein­tures mu­rales du XIIIe siècle, d’une rare beau­té, op­posent dans un com­bat co­lo­ré chré­tiens et sar­ra­sins. Il faut en­core al­ler voir la ba­si­lique, qui com­mence en ro­man et s’achève en go­thique dans une apo­théose de vi­traux digne de la Sainte Cha­pelle. Quelques ruelles étroites échappent à la foule, concen­trée sur deux ou trois rues bor­dées de bou­tiques voyantes (rue Cros-May­re­vieille, rue Ser­nin, etc.). On ne compte plus les ma­ga­sins d’ar­mures en tôle, d’ar­ba­lètes et de poi­gnards en plas­tique. Dans la ky­rielle de res­tau­rants, quelques tables tirent mal­gré tout leur épingle du jeu (voir Car­net de route). Ce bruyant bar­num a fait fuir la po­pu­la­tion de la ci­té mé­dié­vale. Il n’y res­te­rait dé­sor­mais que 35 ha­bi­tants…

Un Los An­geles moyen­âgeux

De La Ci­ta­delle dé­grin­gole, à flanc de co­teau, la rue Tri­valle. Bor­dée de char­mants res­tau­rants, elle ga­gne­rait à de­ve­nir pié­tonne et c’est par ce vé­ri­table cor­don om­bi­li­cal que l’on re­joint, en en­jam­bant l’Aude par le pont Vieux, la Bas­tide Saint-Louis. Un re­gret : au­cune na­vette n’as­sure le tra­jet que l’on par­court obli­ga­toi­re­ment à pied (20 mi­nutes). Les Car­cas­son­nais ont fait de la Bas­tide leur ca­pi­tale et l’ap­pellent aus­si le centre-ville. Mai­sons basses, ruelles étroites, son ur­ba­nisme en da­mier, un Los An­geles moyen­âgeux, a hé­ri­té du tra­cé du XIVe siècle. La rue Cour­te­jaire, voie pié­tonne, signe le re­nou­veau du centre-ville de Carcassonne qui, de­puis cinq ans, su­bit une vé­ri­table mé­ta­mor­phose. En té­moignent des bou­tiques in­at­ten­dues comme ce concept store, La Ferme (26, rue Char­trand), qui mêle épi­ce­rie fine et arts de la table. Voi­sine, la halle Pros­per-Mon­ta­gné ac­cueille un mar­ché cou­vert tous les jours (place Eg­gen­fel­den), tan­dis que des étals de pri­meurs prennent pos­ses­sion de la place Car­not (mar­di, jeu­di et sa­me­di ma­tin). Au­tour d’une fon­taine ita­lienne en marbre de Caunes, ce­lui uti­li­sé au Grand Tria­non, rouge vei­né de gris et de blanc, la place est le point de ren­dez-vous des Car­cas­son­nais alan­guis aux ter­rasses des ca­fés qui oc­cupent l’es­pace. Le lieu est joyeux, ter­ri­ble­ment mé­di­ter­ra­néen, et con­traste avec la sé­ré­ni­té de l’église Saint-Vincent, dont le nar­thex sert d’écrin à une aus­tère sta­tue de Louis IX. Da­tée du XIVe siècle, elle est la plus an­cienne re­pré­sen­ta­tion de Saint-Louis en France. Il faut se perdre dans ce da­mier om­bra­gé pour dé­ni­cher quelques sur­prises, le ca­fé Saillan (angle rue To­mey et rue de Ver­dun), où des ha­bi­tués re­font bruyam­ment le monde, et une li­brai­rie de quar­tier, Mots et Com­pa­gnie (25, rue Ar­ma­gnac), qui fait la part belle aux livres rares. Non loin de là, juste avant la gare, le ca­nal du Mi­di trace une fron­tière na­tu­relle. Un pe­tit port en­com­bré de ba­teaux de lo­ca­tion pour des ba­lades flu­viales. Ce n’est peut-être pas le meilleur moyen de dé­cou­vrir le ca­nal du Mi­di. Le par­cours, ryth­mé par de trop nom­breuses écluses fran­chies à la vi­tesse d’un es­car­got, peut fi­nir par las­ser. Op­tez pour le charme d’une pro­me­nade à pied ou à vé­lo sur ses che­mins de ha­lage.

Le Ver­sailles car­cas­son­nais

Une par­tie de son ad­mi­rable fa­çade se­rait at­tri­buée à Le Vau, l’un des ar­chi­tectes de Louis XIV… À 5 ki­lo­mètres de Carcassonne, voi­ci le châ­teau de Pen­nau­tier et son parc des­si­né par Le Nôtre. Un bel en­semble pa­tri­mo­nial ha­bi­té et choyé par la même fa­mille de­puis dix gé­né­ra­tions. Ni­co­las et Mi­ren de Lor­ge­ril y convient chaque se­maine le pu­blic à un voyage dans le temps (sur ren­dez-vous à par­tir de mi-sep­tembre, 9 €) le long d’une en­fi­lade de sa­lons et de pièces ri­che­ment meu­blées. Mo­ment d’émo­tion dans la chambre qu’oc­cu­pa Louis XIII avec son mo­bi­lier de voyage (clas­sé Mo­nu­ment his­to­rique) dont les tis­sus ont conser­vé une éton­nante fraî­cheur. Per­sonne ne sait pour­quoi le roi l’aban­don­na sur place… Autre tré­sor du lieu, son do­maine vi­ti­cole de 160 ha (80 ha en AOC Ca­bardes) par­fai­te­ment équi­pé pour une pause oe­no­tou­ris­tique : ca­veau de dé­gus­ta­tion, chais, res­tau­rant, bou­tique d’arts de la table… De­puis le prin­temps, on peut sillon­ner ces vignes qui ta­pissent les pré­mices de la mon­tagne Noire. Deux par­cours, libres et gra­tuits, in­ti­tu­lés Sen­tiers des vignes, conduisent de Pen­nau­tier au do­maine de Ga­rille, sur la com­mune voi­sine d’Ara­gon. Le pre­mier compte 3 km, le se­cond 4,5 km, tous deux fran­chissent un re­lief doux et com­portent plu­sieurs étapes avec aires de pique-nique, pan­neaux d’in­for­ma­tion, bel­vé­dères… Bien fait, lu­dique et dé­pay­sant. Châ­teau de Pen­nau­tier, bou­le­vard Pas­teur. Tél. : 04 68 25 63 48 et www.lor­ge­ril.wine

DR

La chambre de Louis XIII au châ­teau de Pen­nau­tier, tis­su et mo­bi­lier d’époque.

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