Ra­phael ne manque pas de souffle

Au­réo­lé du Gon­court pour son pre­mier re­cueil de nou­velles, le chan­teur pré­sente « An­ti­cy­clone », son hui­tième al­bum. Et pré­pare son pre­mier film.

Le Figaro - - CULTURE - OLI­VIER NUC @oli­vier­nuc (Co­lum­bia/Sony Mu­sic), sor­tie le 22 sep­tembre. En tour­née du 3 au 28 oc­tobre, le 10 au Ca­si­no de Pa­ris (IXe).

Au prin­temps der­nier, Re­tour­ner à la mer, son re­cueil de nou­velles, pu­blié dans la pres­ti­gieuse col­lec­tion « Blanche » de Gal­li­mard, sé­dui­sait le ju­ry du prix Gon­court, ca­té­go­rie nou­velles. «Les gens du prix ne sa­vaient pas que j’étais chan­teur, ex­plique Ra­phael. Je m’at­ten­dais à beau­coup moins de bien­veillance, c’était in­es­pé­ré», re­con­naît-il. Dans la conti­nui­té de la concep­tion de cet ou­vrage, Ra­phael a écrit son nou­veau disque ra­pi­de­ment. « An­ti­cy­clone est di­rec­te­ment lié à l’écri­ture de nou­velles. J’ai veillé à trans­po­ser leur cô­té as­cé­tique aux chan­sons », ra­conte-t-il. Le suc­cès du livre a fait un bien fou à ce jeune père de fa­mille. «Quel­qu’un qui li­ra le livre me connaî­tra mieux que ce­lui qui a écou­té tous mes disques », lâche-t-il même.

Jus­qu’à ce bel An­ti­cy­clone, qui nous rend le chan­teur dans ses mor­ceaux les plus di­rects à ce jour. «Pour une fois, on com­prend ce dont je parle », s’amuse-t-il. Qu’on se ras­sure : Ra­phael est loin d’avoir ver­sé dans la chan­son réa­liste. Mais il re­ven­dique la pos­si­bi­li­té de ra­con­ter une his­toire avec les mots les plus simples. An­ti­cy­clone est bien an­cré dans son époque. « Que l’on aime ou non le monde dans le­quel on vit, il faut le ra­con­ter. Des au­teurs comme Houel­le­becq ou Des­pentes le font, un réa­li­sa­teur comme Jacques Au­diard aus­si. C’est im­por­tant et pré­cieux. »

Sans être un disque en­ga­gé, l’al­bum prend plu­sieurs thèmes d’ac­tua­li­té à bras-le-corps. No­tam­ment l’éco­lo­gie (L’an­née la plus chaude de tous les temps), les at­ten­tats du 13 no­vembre 2015 (Pa­ris est une fête) ou la com­mu­ni­ca­tion de couple à l’heure du por­table (La ques­tion est why). Sur cette chan­son, Ra­phael donne la ré­plique à son épouse, la co­mé­dienne Mé­la­nie Thier­ry, et ce pour la pre­mière fois. «Mé­la­nie n’a pas du tout en­vie de chan­ter, mais ce titre ra­conte une con­ver­sa­tion in­ter­rom­pue en per­ma­nence. Elle était la seule avec qui j’avais en­vie de l’in­ter­pré­ter. »

Si Mé­la­nie Thier­ry n’a au­cune in­ten­tion d’en­re­gis­trer un al­bum, son ma­ri ca­resse en re­vanche le dé­sir de réa­li­ser un film. En grande par­tie pour pou­voir la faire tour­ner. « J’ai bou­clé un scé­na­rio avec Sa­muel Ben­che­trit, trou­vé un pro­duc­teur, ter­mi­né le cas­ting mais c’est un film dif­fi­cile à fi­nan­cer, pas du tout un feel good mo­vie », pré­vient-il. Ra­phael comp­tait le réa­li­ser cet hi­ver, après une courte tour­née fran­çaise. «C’est une his­toire qui se dé­roule dans la neige, de nuit, on ne peut pas la tour­ner en juillet-août. Ce­la me pas­sionne de tra­vailler des­sus. C’est né de la vo­lon­té de faire quelque chose avec ma femme, qui tien­dra le rôle prin­ci­pal. » Pour sa part, Ra­phael ne sou­haite pas se re­trou­ver de­vant la ca­mé­ra. « Ça ne m’in­té­resse pas d’être ac­teur : je suis in­fil­mable », avoue-t-il. En re­vanche, il confesse une grande ci­né­phi­lie. «Ce que j’aime au ci­né­ma, c’est quand ça aborde le rêve, comme chez Ku­ro­sa­wa, Fel­li­ni ou Au­diard. Et sur­tout Da­vid Lynch, qui est mon hé­ros. Voilà ceux qui me touchent. »

Faux so­li­taire, Ra­phael a confec­tion­né An­ti­cy­clone en tan­dem avec Gaëtan Rous­sel, de Louise At­taque. « Nous ai­mons beau­coup pas­ser du temps en­semble. Il a ac­cep­té de réa­li­ser mon al­bum à condi­tion que j’ac­cepte d’adop­ter un son clair et puis­sant. Son idée, c’était de faire un disque de chan­teur, avec la voix au mi­lieu. » Ja­mais le timbre sin­gu­lier de Ra­phael n’avait bé­né­fi­cié d’au­tant d’es­pace que sur ces chan­sons qui font la part belle au pia­no, te­nu par Marc Choua­rain, entre autres mu­si­ciens is­sus de la der­nière tour­née du chan­teur. « J’ai fait une confiance to­tale à Gaëtan, en lui pro­po­sant de tailler dans mes textes à sa guise. Nous vou­lions al­ler au même en­droit. Je lui ai lais­sé jouer les gui­tares du disque: il a un son in­ci­sif et âpre que je n’ai pas, quelque chose de brut et rock que j’aime. »

Ce hui­tième al­bum en une quin­zaine d’an­nées de par­cours dis­co­gra­phique ouvre un nou­veau cha­pitre dans la car­rière de Ra­phael, qui a bé­né­fi­cié d’un énorme suc­cès avec Ca­ra­vane, en 20052006, à l’âge de 30 ans. «C’était su­per mais c’est tel­le­ment loin que j’ai l’im­pres­sion qu’il s’agit de quel­qu’un d’autre. J’ai ado­ré connaître un tel suc­cès po­pu­laire. Je ne fais pas la dis­tinc­tion entre po­pu­laire et bran­ché. Il m’ar­rive d’être bou­le­ver­sé par une chan­son de va­rié­tés », confie-t-il.

Idole des jeunes filles, Ra­phael cu­mu­lait alors scènes et ap­pa­ri­tions té­lé­vi­sées. «Après avoir chan­té sur 300 pla­teaux de té­lé, j’ai eu en­vie d’autre chose. Mon seul re­gret, c’est de ne pas avoir été cou­ra­geux au mo­ment de l’al­bum qui a sui­vi Ca­ra­vane (Je sais que la terre est plate, en 2008, NDLR). Il m’a fal­lu un peu de temps pour m’en re­mettre. »

C’est à par­tir du sui­vant, Pa­ci­fic 231, que la route prend un dé­tour pas­sion­nant, qui lui per­met de rompre avec une image trop lisse pour s’aven­tu­rer dans des ex­plo­ra­tions aus­si réus­sies que Su­per Wel­ter, en 2012, et Som­nan­bules trois ans plus tard. Qua­dra­gé­naire ins­tal­lé, Ra­phael re­con­naît avoir tra­ver­sé les mu­ta­tions du sec­teur mu­si­cal avec vi­gi­lance. «Les choses ont beau­coup chan­gé, il ne sert à rien de lut­ter contre. Mais je plains les dé­bu­tants qui doivent avoir 300000 fans sur Fa­ce­book pour es­pé­rer dé­cro­cher un contrat d’en­re­gis­tre­ment. » An­ti­cy­clone

“Je ne fais pas la dis­tinc­tion entre po­pu­laire et bran­ché ” RA­PHAEL

SÉ­BAS­TIEN SO­RIA­NO/LE FI­GA­RO

« Quel­qu’un qui li­ra le livre me connaî­tra mieux que ce­lui qui a écou­té tous mes disques », confie Ra­phael.

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