« Kim Kong », la dic­ta­ture du ci­né­ma

Un réa­li­sa­teur fran­çais de films d’ac­tion est en­le­vé par un des­pote asia­tique pour réa­li­ser un re­make de « King Kong » à la gloire du ré­gime… Une sé­rie bur­lesque, clin d’oeil as­su­mé au pou­voir de Pyon­gyang.

Le Figaro - - TÉLÉVISION - CONS­TANCE JAMET @constan­ce­ja­met

Que les choses soient claires : ce­ci n’est pas une sé­rie po­li­tique sur la Co­rée du Nord, mais une ré­flexion sur la créa­tion sous contrainte », ex­pli­quaient dé­but juillet les créa­teurs de la sé­rie évé­ne­ment d’Arte, Kim Kong. Le duo Si­mon Ja­blon­ka (En­gre­nages) et Alexis Le Sec (Caïn) étaient un peu sur­pris de voir que leur fic­tion en trois par­ties col­lait si bien à l’ac­tua­li­té. De fait, leur hé­ros Mat­thieu Stan­nis (par­fait Jo­na­than Lam­bert à mille lieues de son ou­trance ha­bi­tuelle) est un réa­li­sa­teur fran­çais désa­bu­sé de films d’ac­tion qui se fait en­le­ver par un jeune des­pote asia­tique. Sa mis­sion : réa­li­ser un re­make de King Kong à la gloire du ré­gime. S’il échoue, il se­ra tué. S’il réus­sit : à lui la li­ber­té.

Mal­gré cette mise en garde, dif­fi­cile au dé­part de ne pas son­ger au maître de Pyon­gyang, Kim Jong-un. Le dic­ta­teur - so­bre­ment sur­nom­mé le Com­man­deur (Ch­ris­tophe Tek) - en a la fausse bon­ho­mie. Au­teur du scé­na­rio de Kim Kong, il fait du monstre une créa­tion des États-Unis de Do­nald Trump. Un de ses pre­miers gestes à l’écran est de tes­ter un mis­sile et d’exé­cu­ter son gé­né­ral en chef quand la fu­sée ex­plose en plein vol. Autre res­sem­blance trou­blante, ce kid­nap­ping est ti­ré d’une his­toire vraie, celle de Shin Sang-ok, ci­néaste sud-co­réen re­te­nu de 1978 à 1986 en Co­rée du Nord et contraint de réa­li­ser une di­zaine de longs-mé­trages pour le ré­gime.

S’ou­vrant dans une at­mo­sphère de sa­tire grin­çante, le feuille­ton voit l’in­cré­dule Mat­thieu Stan­nis en­voyé en camp de ré­édu­ca­tion et se faire cha­pe­ron­ner par un sous-fifre ter­ri­fié (l’im­pec­cable Fré­de­ric Chau de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?). Rien ne va sur le tour­nage : la chef opé­ra­teur ne sait pas ca­drer, l’ac­trice prin­ci­pale est mé­lo­dra­ma­tique, le cos­tume du singe est ri­sible… Et Stan­nis n’a au­cune ins­pi­ra­tion.

Fibre sen­ti­men­tale

En dé­pit de ré­pliques pleines de zest, Kim Kong laisse dans son pre­mier épi­sode une sen­sa­tion de flot­te­ment, sem­blant hé­si­ter entre cri­tique géo­po­li­tique et mise en abyme du monde du spec­tacle et de ses dik­tats avant, dans les vo­lets sui­vants, de s’en­ga­ger plei­ne­ment dans cette voie.

Cette rup­ture de ton in­vite à un ab­surde ir­ré­sis­tible, à l’image d’un gé­né­rique dé­ca­lé qui rend hom­mage à un « réa­li­sa­teur bien ai­mé » et aux scé­na­ristes « ins­pec­teurs de la créa­tion». Le Com­man­deur dé­voile une fibre sen­ti­men­tale et dé­clare sa flamme à James Ca­me­ron pour son Ti­ta­nic et son Ro­bo­cop. Cet en­thou­siasme va ra­vi­ver la vo­ca­tion éteinte de Stan­nis. Si­mon Ja­blon­ka et Alexis Le Sec citent le ro­man de Ste­phen King Mi­se­ry où un écri­vain est sé­ques­tré par une fan mé­con­tente comme un point de re­père cen­tral. Les rap­ports entre le Com­man­deur et son « otage » sont une mé­ta­phore du rap­port de force entre au­teur et pro­duc­teur-réa­li­sa­teur.

« Il y a eu beau­coup de mou­tures à notre his­toire que l’on vou­lait universelle. Notre dic­ta­ture est celle d’un pays ima­gi­naire où l’on parle, non pas co­réen, mais man­da­rin. Nous avons tour­né en Thaï­lande, mais on a aus­si pen­sé à l’Afrique ou l’Eu­rope de l’Est », pré­cisent-ils, « Lors­qu’on a es­sayé d’y in­tro­duire des élé­ments plus mi­li­tants avec une in­trigue se­con­daire sur l’op­po­si­tion, on s’est ren­du compte qu’on s’éga­rait. Ce­la de­ve­nait en­nuyeux. » « Kim Kong ne se si­tue pas sur le ter­rain de la dé­non­cia­tion. C’est une sé­rie qui parle de la pas­sion de fa­bri­quer un film et de l’amour du ci­né­ma, sous toutes ses formes », pro­met le réa­li­sa­teur Ste­phen Ca­fie­ro qui a ef­fec­ti­ve­ment si­gné une co­mé­die comme on en voit peu sous nos la­ti­tudes.

«

Ch­ris­tophe Tek in­carne le Com­man­deur, digne pas­tiche du di­ri­geant nord-co­réen Kim Jong-un.

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