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Un pont sur la Mé­di­ter­ra­née

Le Figaro - - LITTERAIRE -

Pour­quoi l’Al­gé­rie s’obs­ti­net-elle dans les rêves fran­çais ? Pour­quoi mal­gré tant de haines re­cuites, il y a aus­si beau­coup d’amour ? Le pre­mier ro­man de Ma­rie Ri­cheux tente de ré­pondre à ces ques­tions à tra­vers une com­po­si­tion mo­saïque han­tée par la grande ombre de Fer­nand Pouillon, bâ­tis­seur de ci­tés har­mo­nieuses de part et d’autre de la Mé­di­ter­ra­née. Nulle his­toire fa­mi­liale ne lie la ro­man­cière à l’Al­gé­rie, mais son en­fance pas­sée à Meu­don-la-Fo­rêt, dans la fa­meuse ré­si­dence du Parc, pre­mière grande réa­li­sa­tion de l’ar­chi­tecte en Île-de-France, édi­fiée entre 1957 et 1962. On au­ra de­vi­né que des échos de la guerre dans les Au­rès s’y firent en­tendre ; on y vit et des Eu­ro­péens ra­pa­triés et des Al­gé­riens ve­nus vendre leurs bras en France. Long­temps après ces an­nées-là, Ma­rie Ri­cheux a dé­cou­vert que Fer­nand Pouillon avait éga­le­ment ima­gi­né pour Alger un « ur­ba­nisme plus ra­tion­nel et plus hu­main » en créant en 1954 le vaste en­semble Cli­mats de France. Cette ci­té qui do­mine le quar­tier de Bab el-Oued se nomme dé­sor­mais Diar el-Mah­çoul et elle res­semble à l’Al­gé­rie d’au­jourd’hui. On y tra­fique, on s’y en­nuie, on y ru­mine des pro­jets d’exil. De re­tour à Meu­don-la-Fo­rêt et en pro­me­nade à Alger, Ma­rie Ri­cheux s’in­ter­roge sur les pro­jets éva­po­rés de monde meilleur et sur le des­tin tour­men­té de la France et de l’Al­gé­rie, pa­tries amie­sen­ne­mies qui s’ac­cusent mu­tuel­le­ment de tra­hi­son et de meurtre. Le cycle in­ter­mi­nable de leurs sé­pa­ra­tions et de leurs re­trou­vailles a la du­re­té de la pierre an­tique. Celle qu’ai­mait Fer­nand Pouillon.

S. L.

CLI­MATS DE FRANCE De Ma­rie Ri­cheux Sa­bine Wes­pie­ser, 265 p., 21 €.

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