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L’épo­pée des pieds-noirs

Le Figaro - - LITTERAIRE -

Le nar­ra­teur de Dans l’épais­seur de la chair pour­rait bien res­sem­bler à l’au­teur qui a dé­ci­dé « d’ac­cou­cher son père », Ma­nuel Cor­tès. Fouiller le pas­sé pour com­prendre. C’est l’oc­ca­sion pour Jean-Ma­rie Blas de Ro­blès, né à Si­di Bel Ab­bès, d’em­bras­ser une grande par­tie de l’his­toire de l’Al­gé­rie, une gé­néa­lo­gie aux branches bles­sées, des trau­ma­tismes qui marquent au fer rouge les mé­moires. L’his­toire des pieds-noirs. Ce­la com­mence par les pa­rents de Ma­nuel, com­mer­çants es­pa­gnols – même s’il évoque l’ex­pul­sion des Juifs en 1492. Cor­tès échappe à son des­tin en de­ve­nant chi­rur­gien, mais il n’échappe pas à la Se­conde Guerre mon­diale. Il as­siste aux mas­sacres de Sé­tif. Ce qu’on a ap­pe­lé « les évé­ne­ments » oblige la fa­mille à quit­ter leur terre na­tale « Si­di Bel Ab­bès : il s’est dit, le bel ab­cès », écrit Blas de Ro­blès. Ma­nuel ar­rive à Mar­seille sans pa­piers et sans un sou. À l’ar­ri­vée, il re­çoit un « Ren­trez chez vous, sales pieds-noirs ! » Nulle part où se sen­tir chez soi. Heu­reu­se­ment, l’amour et les soixante-trois an­nées de ma­riage consti­tuent un re­fuge. On re­trouve le nar­ra­teur en 2004 quand il re­tourne en Al­gé­rie pour une mis­sion ar­chéo­lo­gique – tou­jours une ques­tion de fouille. Il constate « la si­nistre comp­ta­bi­li­té de la guerre ». Tout le long du ré­cit in­ter­vient, fort à pro­pos ou de ma­nière bur­lesque, Hei­deg­ger, un per­ro­quet qui tient des pa­roles cen­sées pour ne pas dire phi­lo­so­phiques. Il amène un peu de dis­tance. Une phrase pour­rait ré­su­mer le ro­man : « Un mé­téore est pas­sé qui a em­por­té avec lui cette par­tie de l’Al­gé­rie où je me trou­vais. »

M. A.

DANS L’ÉPAIS­SEUR DE LA CHAIR De Jean-Ma­rie Blas de Ro­blès, Zul­ma 378 p., 20 €.

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