Na­po­léon-Tal­ley­rand, le choc des contraires

Dans cette étude pa­rue en 1935, Émile Dard ana­ly­sait les di­ver­gences de vue entre les deux hommes d’État.

Le Figaro - - LITTERAIRE - JEAN-MARC BASTIÈRE

RIEN DE NOU­VEAU sous le so­leil : les idées que l’on croit neuves sont de­puis long­temps éven­tées. Comme le por­trait croi­sé – ou la confron­ta­tion – de deux ca­rac­tères, un genre lit­té­raire en vogue. Les Édi­tions de Fal­lois nous font ain­si dé­cou­vrir un Na­po­léon et Tal­ley­rand pu­blié en 1935, ou­vrage où ap­pa­raissent non seule­ment le choc des ca­rac­tères, l’« équi­libre in­stable » entre les deux per­son­nages, mais aus­si leurs dif­fé­rences de concep­tion. Émile Dard, qui fut di­plo­mate et his­to­rien, gra­ti­fia aus­si ses lec­teurs, entre autres, d’un in­at­ten­du Bo­na­parte et Fer­sen comme d’une bio­gra­phie de Cho­der­los de La­clos. En quatre-vingts ans, beau­coup d’eau, certes, a cou­lé sous les ponts, et la re­cherche his­to­rique, bien sûr, s’est en­ri­chie. Il est bon, ce­pen­dant, de plon­ger dans l’océan des oeuvres ou­bliées et d’en ti­rer par­fois une trou­vaille vif-ar­gent. Ce livre, for­gé par un es­prit clair et écrit d’une plume dé­liée, en est une. Si les idées se re­cyclent sans cesse, c’est la mise en oeuvre qui fait toute la dif­fé­rence. On pense au brillant Na­po­léon et de Gaulle de Pa­trice Gue­nif­fey ou à la confron­ta­tion théâ­trale de Fou­ché et de Tal­ley­rand dans Le Sou­per de JeanC­laude Bris­ville.

L’art de la mo­dé­ra­tion

L’ou­vrage ex­hu­mé a un biais par­ti­cu­lier: le re­gard de l’au­teur est ce­lui d’un di­plo­mate. C’est la po­li­tique ex­té­rieure qui l’in­té­resse vrai­ment. Il se ré­fère d’ailleurs à Ver­gennes, le mi­nistre des Af­faires étran­gères de Louis XVI, dont Ber­nard de Mont­fer­rand, an­cien am­bas­sa­deur à Ber­lin, vient d’écrire une belle bio­gra­phie. C’est pour­quoi ce texte met sur­tout en va­leur Tal­ley­rand, non pas l’homme et ses vices, mais ce qu’il porte. Par rap­port à Na­po­léon no­tam­ment et sa glo­rieuse épo­pée, qui était, sans doute, une fuite en avant sans is­sue.

L’ob­ses­sion de Tal­ley­rand, sous ses mille va­ria­tions et tra­hi­sons, c’est, se­lon l’au­teur, de ré­ta­blir cette «mo­dé­ra­tion pleine de force» qui as­su­ra la pré­pon­dé­rance fran­çaise du­rant la mo­nar­chie. C’est ain­si qu’il en­tra en lutte avec « cou­rage » et « clair­voyance » contre Na­po­léon. Ce di­plo­mate né au­rait ain­si su sau­ver l’es­sen­tiel de toute l’Eu­rope li­guée contre la France. Car « il es­ti­mait que les vrais in­té­rêts de la France ne pou­vaient ja­mais être sé­pa­rés des vrais in­té­rêts de l’Eu­rope ». Émile Dard ex­prime là une ligne de pen­sée qui, par-de­là les vi­cis­si­tudes po­li­tiques, a su gar­der de fer­vents adeptes.

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