NOTRE AVIS

Le Figaro - - LITTERAIRE -

Sa date de nais­sance exacte est in­con­nue mais ceux qui ont ten­té de re­tra­cer sa vie la si­tuent aux alen­tours de l’an­née 1869 dans le vil­lage d’Ol­gos­sa, au Dar­four. Le des­tin de Ba­khi­ta a bas­cu­lé sept ans plus tard lorsque deux hommes l’en­lèvent. Une pré­cé­dente raz­zia avait dé­jà vu la dis­pa­ri­tion de sa soeur aî­née Kish­met, le seul nom dont elle se sou­vien­dra comme d’un ta­lis­man. Jus­qu’à l’âge de treize ans, l’en­fant su­bi­ra le pire, en­chaî­née sur la route qui mène aux grandes villes né­grières, bat­tue, vio­lée, ven­due à trois re­prises. Elle de­vra son sa­lut à un consul ita­lien ins­tal­lé à Khar­toum. Cet homme le pre­mier lui per­met­tra de cou­vrir son corps sup­pli­cié. « Un peu de sa vie est pro­té­gée par un voile de tis­su », écrit alors Vé­ro­nique Ol­mi, qui pour­suit le ré­cit, à sa ma­nière en­fié­vrée et sen­sible, au plus près de ce que res­sent Ba­khi­ta. La ro­man­cière évoque l’his­toire de l’es­cla­vage uni­que­ment à tra­vers ce que voit et su­bit l’en­fant. Elle ne la quitte pas d’une se­melle, cherche à com­prendre com­ment elle a pu sur­vivre à ce cal­vaire. Avance des pistes : est-ce grâce au sou­ve­nir de sa mère ? À la so­li­da­ri­té avec d’autres pe­tites es­claves ? À l’espoir de re­trou­ver un jour les siens ? C’est pour­quoi les pre­miers cha­pitres sont si éprou­vants. On res­pire quand Ba­khi­ta ar­rive en Ita­lie, pays où, en cette fin de XIXe siècle, l’es­cla­vage n’existe pas mais la ser­vi­tude de­meure. Il fau­dra un pro­cès re­ten­tis­sant à Ve­nise pour que Ba­khi­ta puisse se li­bé­rer en­fin des chaînes de la do­mes­ti­ci­té et en­trer, se­lon son sou­hait, au couvent. L’in­croyable des­tin se mé­ta­mor­phose sous la plume de Vé­ro­nique Ol­mi en épo­pée hy­per ro­ma­nesque.

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