L’an­goisse monte au Japon après les tirs de mis­siles nord-co­réens

La Co­rée du Nord a ti­ré, ven­dre­di, un nou­veau mis­sile de moyenne por­tée ca­pable d’at­teindre l’île de Guam.

Le Figaro - - LA UNE - CY­RILLE PLUYETTE @Cy­rilleP­luyette COR­RES­PON­DANT À PÉ­KIN

Le nou­veau tir de mis­sile nord-co­réen a pro­vo­qué, ven­dre­di, un vent de pa­nique dans l’ar­chi­pel nip­pon. De­puis le pré­cé­dent tir par le «ré­gime er­mite» au-des­sus de son voi­sin le 29 août, le Japon dé­ploie des moyens ex­cep­tion­nels pour se pré­pa­rer psy­cho­lo­gi­que­ment au pire. Les écoles or­ga­nisent des en­traî­ne­ments pour se mettre aux abris et les forces d’au­to­dé­fense sont à pied d’oeuvre.

CO­RÉE DU NORD La ri­poste du « com­man­dant su­prême » aux sanc­tions des Na­tions unies n’a pas tar­dé. Kim Jon­gun, le lea­der nord-co­réen, a une nou­velle fois dé­fié la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale en ti­rant, ce ven­dre­di, un deuxième mis­sile ba­lis­tique en moins de trois se­maines au-des­sus du Japon. L’en­gin, d’une por­tée in­ter­mé­diaire, a sur­vo­lé l’île sep­ten­trio­nale d’Hok­kai­do peu après 7 heures du ma­tin, heure lo­cale, avant de re­tom­ber à l’est des côtes nip­pones. Il au­rait par­cou­ru 3 700 ki­lo­mètres et at­teint une al­ti­tude maxi­male de 770 km, d’après Séoul. Ja­mais un mis­sile nord-co­réen n’était al­lé aus­si loin, se­lon les ex­perts.

Le jeune dic­ta­teur « a vou­lu mon­trer qu’il ne se lais­sait pas im­pres­sion­ner par les nou­velles sanc­tions », sou­ligne Go Myong-hyun, cher­cheur à l’Asan Ins­ti­tute for Po­li­cy Stu­dies, à Séoul. Cette nou­velle pro­vo­ca­tion in­ter­vient quelques jours après l’adop­tion lun­di par l’ONU d’un hui­tième vo­let de me­sures, en ré­ponse à un sixième es­sai nu­cléaire nord­co­réen, de loin le plus puis­sant à ce jour. Ce der­nier tir ne consti­tue tou­te­fois pas une sur­prise, Pyon­gyang ayant pro­mis de sé­vères re­pré­sailles. Une or­ga­ni­sa­tion of­fi­cielle du pays avait même voué les États-Unis « aux cendres et à l’obs­cu­ri­té » et sou­hai­té que le Japon soit « cou­lé dans la mer ».

Si cette dé­mons­tra­tion de force a de nou­veau ef­frayé la po­pu­la­tion ja­po­naise et in­di­gné le monde, Kim Jong-un a tou­te­fois pris soin de ne pas fran­chir une ligne rouge qui l’au­rait ex­po­sé à une ri­poste trop puis­sante des États-Unis. Il n’a pas di­ri­gé le mis­sile vers l’île amé­ri­caine de Guam, qui abrite des bases mi­li­taires dans le Pa­ci­fique, comme il avait me­na­cé de le faire le mois der­nier. Ce tir re­pré­sente ce­pen­dant une me­nace in­di­recte as­sez claire, le pro­jec­tile ayant par­cou­ru une dis­tance suf­fi­sante pour at­teindre cette île. Pyon­gyang s’est aus­si gar­dé, pour l’heure, de lan­cer un nou­veau mis­sile ba­lis­tique in­ter­con­ti­nen­tal (ICBM en an­glais), d’une por­tée au­tre­ment plus me­na­çante pour les États-Unis. Le ré­gime avait ti­ré deux en­gins de ce type en juillet : ils avaient sui­vi une tra­jec­toire en cloche avant de s’abî­mer en mer du Japon, mais avaient sem­blé en me­sure d’at­teindre une bonne par­tie du ter­ri­toire amé­ri­cain. Le pré­sident amé­ri­cain Do­nald Trump avait alors pro­mis de dé­chaî- ner «le feu et la co­lère» sur le ré­gime sta­li­nien s’il per­sis­tait dans cette voie.

Le Japon « ne to­lé­re­ra ja­mais les dan­ge­reux actes pro­vo­ca­teurs de la Co­rée du Nord qui me­nacent la paix dans le monde », a ré­agi le pre­mier mi­nistre nip­pon, Shin­zo Abe. Suite à une réunion d’ur­gence, l’ONU a «condam­né fer­me­ment» le tir de mis­sile, ju­gé « hau­te­ment pro­vo­ca­teur ». Mais cette ins­tance « au­ra du mal à im­po­ser de nou­velles sanc­tions alors que les der­nières n’ont pas en­core été mises en oeuvre », re­marque Zhao Tong, cher­cheur au Carnegie-Tsinghua for Glo­bal Po­li­cy, à Pé­kin. De son cô­té, la Mai­sonB­lanche, pour qui une « op­tion mi­li­taire » n’est pas écar­tée, a sou­li­gné ven­dre­di que « le temps était comp­té ».

Le se­cré­taire d’État amé­ri­cain, Rex Tiller­son, a de­man­dé à la Chine et la Rus­sie d’ac­croître leur pres­sion sur la Co­rée du Nord, en agis­sant « de leur propre chef ». Wa­shing­ton au­rait sou­hai­té que les der­nières sanc­tions in­ter­disent les ex­por­ta­tions de pé­trole vers le pays re­clus et en­clenchent le ren­voi des ex­pa­triés nord-co­réens, mais Pé­kin et Mos­cou ont re­fu­sé. « La Chine four­nit la ma­jeure par­tie du pé­trole de la Co­rée du Nord. La Rus­sie est le pre­mier em­ployeur de tra­vailleurs for­cés nord-co­réens », a in­sis­té le chef de la di­plo­ma­tie amé­ri­caine. Le géant com­mu­niste a condam­né le der­nier tir de mis­sile nord-co­réen, mais ju­gé « ir­res­pon­sables » les cri­tiques amé­ri­caines à son en­contre. Il pa­raît peu pro­bable que la Chine soit da­van­tage en­cline à cou­per les vannes du pé­trole à son tur­bu­lent voi­sin, mal­gré son exas­pé­ra­tion. Pé­kin re­doute un ef­fon­dre­ment du ré­gime de Pyon­gyang, qui en­traî­ne­rait se­lon lui une réuni­fi­ca­tion de la pé­nin­sule co­réenne au pro­fit du sud et de son al­lié amé­ri­cain.

Kim Jong-un fait feu de tout bois dans l’es­poir d’en­ta­mer des pour­par­lers avec les États-Unis en po­si­tion de force, se­lon les ex­perts. Le gé­né­ral John Hy­ten, res­pon­sable du com­man­de­ment stra­té­gique de l’ar­mée amé­ri­caine, a d’ailleurs re­con­nu que la Co­rée du Nord avait sans doute fait ex­plo­ser une bombe H le 3 sep­tembre, comme elle l’a af­fir­mé. Cet es­sai a dé­ga­gé une puis­sance de 250 ki­lo­tonnes, soit plus de 16 fois la bombe ato­mique qui a ra­sé Hi­ro­shi­ma, a cal­cu­lé le site spé­cia­li­sé 38 North. Reste à sa­voir s’il faut croire le « royaume er­mite» lors­qu’il af­firme que la bombe tes­tée était suf­fi­sam­ment pe­tite pour être mon­tée sur un mis­sile. «C’est juste une ques­tion de temps», ré­pond le gé­né­ral Hy­ten.

“L’ONU au­ra du mal à im­po­ser de nou­velles sanc­tions alors que les der­nières n’ont pas en­core été mises en oeuvre ” ZHAO TONG, CHER­CHEUR AU CARNEGIE-TSINGHUA

Une chaîne de télé sud-co­réenne dif­fu­sait ven­dre­di à Séoul les images du der­nier tir de mis­sile et la joie du lea­der nord-co­réen.

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