Laurent Bu­relle : « C’est de l’in­té­rêt de la France et des Fran­çais de ré­for­mer »

Le pré­sident de l’Afep se fé­li­cite de la ré­forme du Code du tra­vail et des pro­jets fis­caux du gou­ver­ne­ment. Il est op­ti­miste sur le re­dres­se­ment du pays.

Le Figaro - - LA UNE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR CÉ­CILE CROUZEL @ccrou­zel ET JACQUES-OLI­VIER MAR­TIN £ @joc­jom

Laurent Bu­relle, PDG de Plas­tic Om­nium, est pré­sident de l’As­so­cia­tion fran­çaise des en­tre­prises pri­vées (Afep). Elle re­groupe les 100 plus grandes en­tre­prises fran­çaises et 18 étran­gères ins­tal­lées en France. Quatre-vingt-dix d’entre elles re­pré­sentent à elles seules 13% du PIB fran­çais, 24% des taxes et im­pôts sur la pro­duc­tion na­tio­nale et en­vi­ron 60% des ex­por­ta­tions. Puis­sante mais dis­crète, l’Afep est très écou­tée par les pou­voirs pu­blics. Si­len­cieux de­puis son ar­ri­vée à la tête de l’as­so­cia­tion en mai, Laurent Bu­relle livre son ana­lyse de la si­tua­tion du pays et de la po­li­tique éco­no­mique et so­ciale en­ga­gée par Em­ma­nuel Ma­cron et son gou­ver­ne­ment.

LE FI­GA­RO. - Plus d’em­plois, re­gain de crois­sance… L’éco­no­mie fran­çaise est-elle sor­tie d’af­faire ? Laurent BU­RELLE. - Le mo­ral des chefs d’en­tre­prise est meilleur. Or, lors­qu’un in­dus­triel a le mo­ral, il est in­ci­té à in­ves­tir et à créer des em­plois. Ce­la tient à la bonne conjonc­ture in­ter­na­tio­nale, no­tam­ment eu­ro­péenne. Mais, et c’est plus nou­veau, cet op­ti­misme est éga­le­ment nour­ri par la vo­lon­té de ré­formes af­fi­chée par le gou­ver­ne­ment.

Avec la pu­bli­ca­tion des or­don­nances sur le Code du tra­vail, êtes-vous confiant dans la ca­pa­ci­té d’Em­ma­nuel Ma­cron à trans­for­mer le pays ? Le pré­sident Ma­cron veut ré­for­mer et nous éga­le­ment: ça tombe bien ! Et je vous avoue que nous sommes plu­tôt confiants. Pour deux rai­sons au moins. Tout d’abord parce que la conjonc­ture est meilleure, ce qui offre une marge de ma­noeuvre pour agir, et, en­suite, parce qu’avec la pu­bli­ca­tion des or­don­nances, le gou­ver­ne­ment nous a mon­tré qu’il vou­lait et sa­vait ré­for­mer. C’est de bon au­gure. Je reste pour­tant pru­dent. La France a ac­cu­mu­lé cin­quante ans de lour­deurs et de contraintes. Les en­tre­prises pro­duisent les­tées d’un sac à dos très lourd. Il est urgent de me­ner ces ré­formes, même les plus dif­fi­ciles.

Ne re­dou­tez-vous pas que la co­lère gagne la rue et freine l’élan du gou­ver­ne­ment ? Le pays est fa­ti­gué du pas­sé et de l’im­mo­bi­lisme qui l’a conduit au chô­mage de masse et au sur­en­det­te­ment. C’est de l’in­té­rêt de la France et des Fran­çais de ré­for­mer. C’est au­jourd’hui, pour notre pays, la der­nière sta­tion avant la sor­tie de l’au­to­route. Si le gou­ver­ne­ment ne réus­sit pas, nous glis­se­rons sur le to­bog­gan des po­pu­lismes…

Après la loi El Khom­ri et les or­don­nances sur le Code du tra­vail, les pro­blèmes de droit du tra­vail sont-ils dé­fi­ni­ti­ve­ment ré­glés en France ? Nous avons eu au cours de cette concer­ta­tion la chance d’avoir Mu­riel Pé­ni­caud comme mi­nistre du Tra­vail. Elle connaît mieux que per­sonne le Code du tra­vail et la vie dans les en­tre­prises. Elle a mis en place une mé­thode claire, trans­pa­rente et pris les dé­ci­sions que nous at­ten­dions de tous nos voeux. Au­rait-on pu faire plus ? Oui pro­ba­ble­ment, mais je ne veux pas être jus­qu’au-bou­tiste. Ces or­don­nances vont dans le bon sens. Le gou­ver­ne­ment nous donne un «pot de confiance», sai­sis­sons-le. Notre pré­oc­cu­pa­tion, à l’Afep, c’est avant tout que l’exé­cu­tif ap­plique ra­pi­de­ment les or­don­nances, sans les mo­di­fier d’un mil­li­mètre, sans en dé­na­tu­rer le conte­nu, pour li­bé­rer les ini­tia­tives.

Peut-on croire que les en­tre­prises re­cru­te­ront ra­pi­de­ment en France ? La confiance est cru­ciale et, comme je l’ai dit, elle re­pose sur la conjonc­ture mais aus­si sur la ca­pa­ci­té de ré­for­mer du pays. Si c’est le cas sur le vo­let so­cial et fis­cal, comme ce­la se des­sine, alors oui nous em­bau­che­rons. Ce se­ra ra­pi­de­ment le cas chez Plas­tic Om­nium et éga­le­ment chez d’autres en­tre­prises membres de l’Afep, et là, at­ten­dons dé­cembre et les lois dé­fi­ni­tives…

Êtes-vous sa­tis­fait des pro­jets du gou­ver­ne­ment en ma­tière de fiscalité ? Là en­core, je sa­lue la mé­thode mise en place par les mi­nistres de Ber­cy. Ils consultent, se font une opi­nion et pré­sentent leur pro­jet. Cette ap­proche li­mite les fuites, les cri­tiques et les mo­di­fi­ca­tions au jour le jour. Sur le conte­nu, tout n’est pas par­fait. Cer­tains ne sont pas sa­tis­faits de la trans­for­ma­tion du CICE, du main­tien d’un im­pôt sur la for­tune im­mo­bi­lière, des in­cer­ti­tudes concer­nant la taxe de 3 % sur les di­vi­dendes in­jus­te­ment payée par les en­tre­prises de­puis quelques an­nées. Mais soyons clairs, les ré­formes et la tra­jec­toire fis­cale an­non­cées étaient né­ces­saires, ur­gentes, et ça va être fait. L’ISF, qui pousse de­puis trente-cinq ans les jeunes Fran­çais vers Londres et les plus an­ciens vers Bruxelles et Ge­nève, est presque sup­pri­mé. Je m’en fé­li­cite. Et main­te­nant, que tout le monde re­vienne en France ! Je ne peux pas me sa­tis­faire de cette mi­gra­tion fis­cale im­po­sée. Quant à la baisse pro­gram­mée de l’im­pôt sur les so­cié­tés, nous pour­rions nous plaindre, nous, les très grandes en­tre­prises, car nous n’en pro­fi­te­rons pas les pre­mières an­nées. Qu’à ce­la ne tienne, ce « pa­quet » fis­cal vise à re­dres­ser le pays, c’est donc l’in­té­rêt de la France et des Fran­çais.

L’Afep est-elle fa­vo­rable à la trans­for­ma­tion du CICE en baisse de charges ? Re­ve­nons au dé­but de ce cré­dit d’im­pôt. Il a été créé pour ten­ter d’at­té­nuer un ma­tra­quage fis­cal sans pré­cé­dent. Sou­ve­nons­nous, la bête était qua­si morte, les en­tre­prises étaient ex­sangues. Et pour payer les taxes et les im­pôts, le gou­ver­ne­ment a com­pris qu’il fal­lait que les en­tre­prises vivent, il a donc mis en place le CICE. Mais soyons clairs, ce n’est pas un cadeau aux chefs d’en­tre­prise, c’est le rem­bour­se­ment par­tiel d’une sur­taxa­tion. Le CICE est un mau­vais mé­ca­nisme fis­cal et il faut le sup­pri­mer en le rem­pla­çant par une baisse pé­renne des charges.

Concer­nant la taxe sur les di­vi­dendes à 3 % ju­gée illé­gale par la jus­tice eu­ro­péenne, exi­ge­rez-vous son rem­bour­se­ment par l’État ? Les deux tiers du mon­tant de cette taxe sur les di­vi­dendes ont été payés par des en­tre­prises membres de l’Afep. Ce­la re­pré­sente 4 mil­liards d’eu­ros ver­sés par nos en­tre­prises. Nous ré­cla­mons le rem­bour­se­ment de ces sommes à l’in­té­rieur du cadre lé­gal dé­fi­ni par le Conseil consti­tu­tion­nel.

Le gou­ver­ne­ment semble ten­té d’aug­men­ter la C3S, un im­pôt sur le chiffre d’af­faires, pour pou­voir vous rem­bour­ser. Qu’en pen­sez-vous ? À ma connais­sance, l’idée d’aug­men­ter la C3S a été aban­don­née. Je ne pense pas que le gou­ver­ne­ment veuille ren­ché­rir le coût du tra­vail en créant une taxe de com­pen­sa­tion. Comment va-t-on être rem­bour­sés? Je ne le sais pas. Mais ce qui nous im­porte, c’est que le gou­ver­ne­ment crée une fiscalité pé­renne, stable et com­pré­hen­sible. C’est la so­lu­tion pour at­ti­rer des so­cié­tés étran­gères sur notre ter­ri­toire et per­mettre aux en­tre­prises fran­çaises de croître et d’ex­por­ter. Une bonne par­tie de la ré­ponse à ces contraintes fi­nan­cières est du do­maine bud­gé­taire.

Jus­te­ment, on a le sen­ti­ment que le gou­ver­ne­ment ne s’est pas at­ta­qué aux ré­formes de struc­tures qui per­met­tront de ré­duire la dé­pense pu­blique… Il a com­men­cé par le pa­quet so­cial, puis fis­cal, en­suite vien­dra le pa­quet bud­gé­taire, un pas après l’autre. La baisse de la dé­pense pu­blique est une tâche ex­trê­me­ment com­pli­quée mais né­ces­saire. Les pré­lè­ve­ments obli­ga­toires re­pré­sentent, en moyenne, 7 points de plus que l’Al­le­magne. Il faut que l’on se rap­proche du ni­veau de pré­lè­ve­ment al­le­mand. Lais­sons le gou­ver­ne­ment agir avec mé­thode. Nous se­rons vi­gi­lants, mais les membres de l’Afep veulent croire au re­nou­veau. Nous ne man­que­rons pas d’ap­por­ter notre pierre à cette re­cons­truc­tion en in­ves­tis­sant et en em­bau­chant si le gou­ver­ne­ment pour­suit les ré­formes. Les en­tre­prises fran­çaises, pe­tites et grandes, ont de for­mi­dables atouts pour in­no­ver et ex­por­ter.

Ne re­gret­tez-vous pas d’avoir ac­cep­té la pré­si­dence de l’Afep ? J’ai certes dû me ré­or­ga­ni­ser. Je dé­die l’es­sen­tiel de mon temps à mon en­tre­prise in­dus­trielle et fa­mi­liale. Mais j’ai dû aban­don­ner des conseils d’ad­mi­nis­tra­tion d’en­tre­prises co­tées et non co­tées pour li­bé­rer du temps pour l’Afep. Et je ne le re­grette pas, car j’ai très envie d’ap­por­ter ma pierre à cette trans­for­ma­tion cru­ciale pour notre pays. Notre ob­jec­tif, c’est le re­dres­se­ment de notre pays.

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