À Ber­lin, Édouard Phi­lippe guette l’ap­pro­ba­tion d’An­ge­la Mer­kel

Le pre­mier mi­nistre a pré­sen­té ven­dre­di à la chan­ce­lière les ré­formes me­nées en France.

Le Figaro - - LA UNE - NI­CO­LAS BAROTTE @Ni­co­lasBa­rotte COR­RES­PON­DANT À BER­LIN

AL­LE­MAGNE Écou­té et ap­prou­vé. À Ber­lin, le pre­mier mi­nistre Édouard Phi­lippe a re­çu la bé­né­dic­tion d’An­ge­la Mer­kel. À presque une se­maine des élec­tions al­le­mandes, le chef du gou­ver­ne­ment a pré­sen­té ven­dre­di les ré­formes en­ga­gées en France à celle qui se­ra pro­ba­ble­ment ré­élue chan­ce­lière le 24 sep­tembre. « Nous sou­te­nons l’ef­fort que la France a ini­tié », a-t-elle ex­pli­qué à l’is­sue de leur en­tre­tien. « Ces ré­formes sont très im­por­tantes », a-t-elle ajou­té en es­pé­rant « que ces pro­jets se­ront fruc­tueux ».

De­puis la crise eu­ro­péenne, l’Al­le­magne s’in­quiète du dé­cro­chage éco­no­mique de la France qui me­nace la sta­bi­li­té de la zone eu­ro et la prive d’un in­ter­lo­cu­teur so­lide. Après avoir gé­ré l’ur­gence avec Ni­co­las Sar­ko­zy et es­pé­ré le re­dres­se­ment avec Fran­çois Hol­lande, sans le voir émer­ger au­tant qu’elle le sou­hai­tait, An­ge­la Mer­kel mise beau­coup sur Em­ma­nuel Ma­cron. Elle n’a pas ca­ché son par­ti pris, ven­dre­di, alors qu’étaient évo­qués les ap­pels à ma­ni­fes­ter en France contre la loi tra­vail. « Em­ma­nuel Ma­cron a dit du­rant la cam­pagne élec­to­rale quelles ré­formes il sou­hai­tait et dans quel dé­lai. De ce fait, il existe une lé­gi­ti­mi­té in­croya­ble­ment forte », a-t-elle in­sis­té. « J’es­time que ce­la consti­tue une très, très bonne base. »

An­ge­la Mer­kel a ra­re­ment été aus­si en­thou­siaste en­vers Pa­ris du­rant la der­nière dé­cen­nie. À cô­té d’elle, Édouard Phi­lippe a tout pour se ré­jouir. « L’Al­le­magne est une source d’ins­pi­ra­tion constante », a-t-il dit, en rap­pe­lant qu’il avait pas­sé son bac à Bonn. « Je suis à la tête d’un gou­ver­ne­ment ger­ma­no­phile », avait-il aus­si ex­pli­qué quelques heures au­pa­ra­vant.

En mis­si do­mi­ni­ci d’Em­ma­nuel Ma­cron, le pre­mier mi­nistre s’est ac­quit­té de sa tâche : res­tau­rer la cré­di­bi­li­té de la France aux yeux de l’Al­le­magne. C’est la condi­tion pour qu’Em­ma­nuel Ma­cron puisse en­suite convaincre Ber­lin d’en­ga­ger une pro­fonde ré­forme de la zone eu­ro. Le pré­sident compte pré­sen­ter ses pro­po­si­tions à la fin du mois ou au dé­but du mois d’oc­tobre. Mais An­ge­la Mer­kel, si elle est ré­élue comme tout l’in­dique, se trou­ve­ra alors au dé­but de ses né­go­cia­tions pour for­mer une coa­li­tion. Chaque élé­ment du pro­gramme gou­ver­ne­men­tal des quatre an­nées à ve­nir se­ra alors dis­cu­té et, une fois conclu, le contrat ne pour­ra pas être mo­di­fié. Si elle veut en­ga­ger un pas en avant en Eu­rope, elle de­vra le dire à ce mo­ment-là.

« La gou­ver­nance de la zone eu­ro doit être ren­for­cée »

La ques­tion n’a rien d’évi­dente en réa­li­té : les li­bé­raux du FDP, qui risquent de faire leur re­tour au pou­voir avec elle, af­fichent pour l’ins­tant des po­si­tions tran­chées, re­fu­sant tout ce qui s’ap­pa­rente à un bud­get de la zone eu­ro. À Pa­ris, l’hy­po­thèse d’un gou­ver­ne­ment CDU/CSU FDP com­mence donc à in­quié­ter. La chan­ce­lière, pour sa part, ne s’est pas pro­non­cée sur ces fu­tures né­go­cia­tions.

An­ge­la Mer­kel éva­lue les rap­ports de force en Eu­rope. De­puis le dis­cours du pré­sident de la Com­mis­sion eu­ro­péenne Jean-Claude Jun­cker, les pro­po­si­tions fran­çaises pour ré­for­mer la zone eu­ro semblent iso­lées. Tout à la re­cherche du point d’équi­libre, An­ge­la Mer­kel a bien ten­té de rap­pro­cher ces po­si­tions « qui n’étaient pas si dif­fé­rentes ». « Ce n’est pas ou bien, ou bien », a-t-elle ex­pli­qué en se di­sant fa­vo­rable à l’élar­gis­se­ment de la zone eu­ro à de nou­veaux membres, comme le veut Jean-Claude Jun­cker. Mais « la gou­ver­nance de la zone eu­ro doit être ren­for­cée », a-t-elle ajou­té en di­rec­tion d’Em­ma­nuel Ma­cron dont elle at­tend tou­jours les pro­po­si­tions concrètes : « Der­rière les for­mules, il faut par­ler du conte­nu », a-t-elle de­man­dé. « Le sta­tu quo n’est pas une ré­ponse aux dé­fis de­vant nous », a-t-elle aus­si ob­ser­vé.

Face à cette pru­dence al­le­mande, Édouard Phi­lippe s’est gar­dé de tout grand dis­cours, quitte à ré­vi­ser à la baisse les am­bi­tions fran­çaises. « L’Eu­rope doit se pré­oc­cu­per de ce qu’elle fait et pas seule­ment de la fa­çon dont elle fonc­tionne », a-t-il nuan­cé. Il ne s’est pas ap­pe­san­ti sur les idées d’un mi­nistre des Fi­nances de la zone eu­ro ou bien sur un bud­get com­mun. Il re­vien­dra à Em­ma­nuel Ma­cron d’y re­ve­nir.

« Nous sou­te­nons l’ef­fort que la France a ini­tié », a ex­pli­qué An­ge­la Mer­kel, sa­tis­faite de son en­tre­tien avec Édouard Phi­lippe, ven­dre­di à Ber­lin.

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