Le par­ti du pré­sident peine à exis­ter

Après l’élec­tion d’Em­ma­nuel Ma­cron, LREM se cherche en­core une struc­ture, une ligne et une in­car­na­tion.

Le Figaro - - LA UNE - MA­THILDE SIRAUD @Ma­thil­de_Sd

MA­JO­RI­TÉ Le QG pa­ri­sien des ma­cro­nistes, rue de l’Ab­bé-Groult, est vide. Pas seule­ment de­puis que le par­ti La Ré­pu­blique en marche (LREM) a élu do­mi­cile dans un nou­veau lo­cal : se­lon les dires de plu­sieurs cadres du mou­ve­ment, la dé­ser­tion a pré­cé­dé le dé­mé­na­ge­ment. « De­puis les élec­tions, le 6e étage (là où se trou­vaient les bu­reaux d’Em­ma­nuel Ma­cron et de ses conseillers, NDLR) était com­plè­te­ment lais­sé à l’aban­don », ex­plique un proche du chef de l’État. Et pour cause : l’élec­tion à l’Ély­sée du fon­da­teur du mou­ve­ment et le trans­fert des che­villes ou­vrières ma­cro­nistes au gou­ver­ne­ment et à l’As­sem­blée na­tio­nale ont lais­sé un grand vide au sein du par­ti. «Seuls 20% des cadres et per­ma­nents sont res­tés, il y a eu un gros turn-over », confirme Pierre Per­son, an­cien conseiller d’Em­ma­nuel Ma­cron élu dé­pu­té en juin.

Après la cam­pagne pré­si­den­tielle et celle des lé­gis­la­tives, dif­fi­cile de re­lan­cer la ma­chine, qu’il faut trans­for­mer en par­tie de gou­ver­ne­ment. « La dy­na­mique a lais­sé place à une forme de dé­pres­sion col­lec­tive, une forme d’hi­ber­na­tion, cer­tains se sont mis en re­trait et at­tendent de voir comment évo­luent les choses. La co­hé­sion s’est dé­li­tée », constate Jus­tine Hen­ry, ré­fé­rente lo­cale LREM dans le XVIIIe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris.

La créa­tion et l’adop­tion des sta­tuts du par­ti ont fait naître des pro­tes­ta­tions en in­terne au coeur de l’été. Et ont quelque peu écor­né l’image d’un mou­ve­ment neuf et dé­mo­cra­tique. « Nous sommes au tra­vail, les équipes se mettent en place, six ac­tions ont été lan­cées pour no­tam­ment for­mer les ci­toyens, nous ins­tal­lons la lo­gis­tique », énu­mère Ba­ri­za Khia­ri, membre de la di­rec­tion col­lé­giale. Une struc­tu­ra­tion lente qui ex­plique la pé­riode de flot­te­ment que tra­verse le par­ti. Si le gou­ver­ne­ment et le groupe LREM à l’As­sem­blée na­tio­nale se montrent of­fen­sifs, le mou­ve­ment reste tou­jours en re­trait et in­au­dible. La di­rec­tion de LREM pro­met une mon­tée en puis­sance à par­tir de la mi-no­vembre, après le conseil na­tio­nal cen­sé ins­tal­ler le bu­reau exé­cu­tif qui lui­même éli­ra la di­rec­tion gé­né­rale et de­vra ré­gler le pro­blème du lea­der­ship (lire ci­des­sous).

De nou­velles fi­gures

«C’est un chan­tier dé­li­cat, l’at­tente est grande et il y a dans le même temps des échéances élec­to­rales à pré­pa­rer », abonde Ar­naud Le­roy, lui aus­si membre de la di­rec­tion col­lé­giale. «De nou­velles fi­gures vont émer­ger à l’au­tomne. Notre ob­jec­tif est d’al­ler vite pour pou­voir prendre toute notre place dans le dé­bat dé­mo­cra­tique », as­sure-t-on au siège du par­ti.

Le rè­gle­ment du par­ti est tou­jours en cours d’éla­bo­ra­tion. Pour mon­trer que LREM n’est pas en som­meil, la di­rec­tion af­fiche d’ailleurs un agen­da char­gé : séances de « mi­cro-lear­ning » à par­tir d’oc­tobre sur dif­fé­rentes thé­ma­tiques; mise en place de « mooks », for­ma­tions en ligne de six se­maines lan­cées en no­vembre avec le mi­nistre de la Tran­si­tion éco­lo­gique, Ni­co­las Hu­lot; ex­pé­ri­men­ta­tion de « com­mu­ni­ty-or­ga­ni­zing » pour consul­ter les ci­toyens sur le ter­rain comme l’avait fait Ba­rack Oba­ma à Chi­ca­go; et en­fin top dé­part de la « grande marche eu­ro­péenne » en dé­cembre pour éla­bo­rer un pro­jet en vue des élec­tions de 2019.

En pa­ral­lèle, des ac­tions pour ac­com­pa­gner la po­li­tique du gou­ver­ne­ment se mettent en place. Des tracts sur les or­don­nances sur la loi tra­vail ont été en­voyés dans les co­mi­tés lo­caux, des consul­ta­tions sont lan­cées en lien avec les ca­bi­nets mi­nis­té­riels, comme par exemple sur le pro­jet de loi sur le droit à l’er­reur. Le par­ti re­çoit dé­sor­mais chaque lun­di un mi­nistre pour évo­quer les dos­siers. «Nous sommes les ga­rants et la vi­gie du pro­gramme», rap­pelle Ar­naud Le­roy. Si bien que LREM n’a pour l’ins­tant au­cune ligne po­li­tique et ne pro­duit pas d’idées. «Le PS a fait l’er­reur d’ex­ter­na­li­ser la ré­flexion idéo­lo­gique avec des think-tanks, alors que nous sou­hai­tons la dé­ve­lop­per en in­terne, à tra­vers des consul­ta­tions ci­toyennes», as­sume l’ex­so­cia­liste Ba­ri­za Khia­ri.

Em­ma­nuel Ma­cron en per­sonne a fait ve­nir l’an­cien di­rec­teur gé­né­ral de Mé­de­cins sans fron­tières, Sté­phane Roques, au sein du par­ti. Plu­sieurs recrutements sont ve­nus conso­li­der la struc­ture. «Tout va re­par­tir, je suis confiant. Il faut dé­fi­nir une vi­sion qui est pour le mo­ment en sus­pens », confie le dé­pu­té Pierre Per­son. «Il faut qu’on reste in­no­vants, qu’on conserve le prin­cipe dé­mo­cra­tique et l’au­to­no­mie des co­mi­tés lo­caux», pour­suit sa col­lègue Au­rore Ber­gé. À l’Ély­sée, Sté­phane Sé­jour­né, conseiller po­li­tique d’Em­ma­nuel Ma­cron, veille au grain sur l’évo­lu­tion dé­li­cate du par­ti.

SÉ­BAS­TIEN SO­RIA­NO/LE FI­GA­RO

Le porche de l’hô­tel par­ti­cu­lier qui va pro­chai­ne­ment abri­ter le siège du par­ti LREM, au 63, rue Saint-Anne, dans le II e ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris.

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