« CES MI­NEURS ÉTRAN­GERS COÛTENT 1 MIL­LIARD D’EU­ROS PAR AN AUX DÉ­PAR­TE­MENTS »

Le Figaro - - LA UNE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR EM­MA­NUEL GALIERO ega­lie­ro@le­fi­ga­ro.fr

DO­MI­NIQUE BUS­SE­REAU est pré­sident LR de l’As­sem­blée des dé­par­te­ments de France (ADF) et pré­sident du conseil dé­par­te­men­tal de Cha­rente-Ma­ri­time. Il tire la son­nette d’alarme car, se­lon lui, le nombre de prises en charge des mi­neurs étran­gers iso­lés ex­plose par­tout en France et les struc­tures sont en voie de sa­tu­ra­tion.

LE FI­GA­RO. - Quelle est l’am­pleur du pro­blème des mi­neurs étran­gers non ac­com­pa­gnés ? Do­mi­nique BUS­SE­REAU. - Nous sommes con­fron­tés à des dif­fi­cul­tés crois­santes dans la prise en charge des mi­neurs étran­gers non ac­com­pa­gnés. C’est une si­tua­tion d’ur­gence. Le chiffre de 13000 mi­neurs en 2016 a presque dou­blé en un an. Au ni­veau na­tio­nal, ce­la re­pré­sente une hausse de 30% à 40%. Dans mon seul dé­par­te­ment de Cha­rente-Ma­ri­time, nous sommes pas­sés de 12 cas en 2012 à 240 au­jourd’hui. Ce chiffre pro­gresse au rythme de dix ac­cueils par se­maine. Sans comp­ter les jeunes ma­jeurs que nous pre­nons en charge parce que nous sommes par­fois dans l’im­pos­si­bi­li­té de prou­ver qu’ils sont mi­neurs. En fin d’an­née, les dé­par­te­ments au­ront pro­ba­ble­ment at­teint le cap de 20000 ac­cueils de mi­neurs, aux­quels il faut ajou­ter en­vi­ron 5000 jeunes ma­jeurs. Ce­la re­pré­sente un coût glo­bal an­nuel d’un­mil­liard d’eu­ros, sa­chant que cer­taines prises en charge sont pro­lon­gées du­rant trois ans. Nous avons no­té que ces jeunes ar­rivent en France via des ré­seaux de pas­seurs. Ils se pré­sentent avec des fiches plas­ti­fiées dé­jà prêtes, conte­nant les noms et les nu­mé­ros de té­lé­phone de nos tra­vailleurs so­ciaux. Com­bien de dé­par­te­ments sont tou­chés ? La qua­si-to­ta­li­té. Si ceux de la pe­tite cou­ronne, en ré­gion pa­ri­sienne, sont ex­trê­me­ment im­pac­tés, les dé­par­te­ments ru­raux le sont aus­si. Il existe des pics dans les grandes ag­glo­mé­ra­tions et à proxi­mi­té des fron­tières. Le Nord est, évi­dem­ment, le sym­bole de cette ex­plo­sion des de­mandes. Mais beau­coup d’autres dé­par­te­ments sont for­te­ment tou­chés comme les Hautes-Alpes, le Maine-et-Loire, la

la Mayenne, le Val-de-Marne, les Deux-Sèvres, l’Es­sonne, le Var… Nous re­ce­vons des alertes ve­nant de par­tout.

Quel est le pé­ri­mètre d’une prise en charge dé­par­te­men­tale ? Les mi­neurs étran­gers iso­lés sont hé­ber­gés en foyers, in­ter­nats, hô­tels ou via des fa­milles vo­lon­taires, plu­tôt rares. Ils sont éga­le­ment nour­ris, ha­billés, soi­gnés et édu­qués. En vé­ri­té, puis­qu’ils n’ont rien, leur exis­tence est to­ta­le­ment prise en charge. Pour chaque dé­par­te­ment, ce­la re­pré­sente en­vi­ron 50000 eu­ros par an et par in­di­vi­du en moyenne. Les si­tua­tions aux­quelles nous sommes con­fron­tés com­pliquent l’ac­cueil des autres en­fants fran­çais, que nous avons l’ha­bi­tude de prendre en charge suite à des dif­fi­cul­tés fa­mi­liales ou so­ciales. Ces en­fants se re­trouvent au contact de jeunes plus âgés, ve­nant d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Af­gha­nis­tan… La co­exis­tence n’est pas tou­jours simple et nos équipes ne sont pas for­cé­ment for­mées. Par ailleurs, nos struc­tures so­ciales sont sa­tu­rées. Elles ne sont pas tou­jours adap­tées face à des si­tua­tions re­le­vant plu­tôt de la po­li­tique mi­gra­toire. Nous pen­sons que cette com­pé­tence ré­ga­lienne doit être as­su­mée par l’État.

Quelle est la contri­bu­tion fi­nan­cière de l’État ? L’État rem­bourse cinq jour­nées sur la to­ta­li­té d’un sé­jour qui dure trois ans, en moyenne. Ce­la re­pré­sente en­vi­ron 1 250 eu­ros d’aide par in­di­vi­du. Dé­but juillet, nous avons ren­con­tré le pré­sident de la Ré­pu­blique. Il s’est vou­lu très clair sur ce su­jet : il consi­dère que cette prise en charge ne re­lève pas des dé­par­te­ments ni de l’aide so­ciale à l’en­fance. Il a de­man­dé aux mi­nis­tères de la Jus­tice, de la So­li­da­ri­té, de la San­té et de l’In­té­rieur de lui pro­po­ser des so­lu­tions d’ici la fin de l’an­née. Il en­vi­sage de re­voir com­plè­te­ment la ges­tion de cet ac­com­pa­gne­ment mais les dé­par­te­ments sou­haitent que cet en­ga­ge­ment pré­si­den­tiel se tra­duise en actes concrets, le plus vite pos­sible. Ce pro­blème doit être com­plè­te­ment ré­glé l’an­née pro­chaine. Nous au­rons une au­dience mi­nis­té­rielle avec Ni­cole Bel­lou­bet, garde des Sceaux, le 4 oc­tobre.

“Nos struc­tures so­ciales sont sa­tu­rées et ne sont pas tou­jours adap­tées face à des si­tua­tions re­le­vant plu­tôt de la po­li­tique mi­gra­toire ” DO­MI­NIQUE BUS­SE­REAU, PRÉ­SIDENT LR DE L’AS­SEM­BLÉE DES DÉ­PAR­TE­MENTS DE FRANCE

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