Trois pré­si­dents dans un Pa­lais…

Le Figaro - - POLITIQUE - PAR GUILLAUME TABARD £@gta­bard

L’af­fiche est in­édite : trois pré­si­dents de la Ré­pu­blique réunis dans le même Pa­lais de l’Ély­sée qu’ils ont oc­cu­pé suc­ces­si­ve­ment. Magie du sport qui réus­sit là où la po­li­tique échoue : im­po­ser cette image d’uni­té et de conti­nui­té ré­pu­bli­caine.

L’éton­nant n’est pas qu’Em­ma­nuel Ma­cron, Fran­çois Hol­lande et Ni­co­las Sar­ko­zy puissent par­ti­ci­per à un évé­ne­ment com­mun. Sous ce man­dat, ce fut dé­jà le cas lors de l’hom­mage à Si­mone Veil aux In­va­lides ou, le 14 Juillet, à Nice pour le pre­mier an­ni­ver­saire de l’at­ten­tat de la pro­me­nade des An­glais. L’éton­nant, c’est qu’ils puissent être en­semble à l’Ély­sée, sym­bole du pou­voir, sorte de saint des saints laïque où il n’y a place que pour un seul grand prêtre. L’Ély­sée, on le conquiert mais on n’y re­vient pas, parce qu’au fond, on ne s’en re­met pas.

À part pour Mit­ter­rand et Chi­rac, le dé­part de l’Ély­sée est sy­no­nyme de dé­faite. Donc d’une bles­sure qui ne ci­ca­trise ja­mais vrai­ment. Après l’échec du ré­fé­ren­dum de 1969, de Gaulle n’avait pas vou­lu sor­tir par la grille d’hon­neur et s’était éclip­sé par le sa­lon d’Ar­gent de l’aile est. Va­lé­ry Gis­card d’Es­taing s’était fait un de­voir de ne ja­mais re­tour­ner dans ce Pa­lais qu’il avait quit­té sous des sif­flets im­bé­ciles. Le quin­quen­nat et l’âge des der­niers pré­si­dents contri­buent à dé­dra­ma­ti­ser la sym­bo­lique de ce lieu de pou­voir. Mal­gré tout, rien n’y est ja­mais simple ou na­tu­rel. La France n’est pas les États-Unis où, pour son in­ves­ti­ture, un pré­sident élu est gé­né­ra­le­ment en­tou­ré, et ap­plau­di, par tous ses pré­dé­ces­seurs en­core en vie.

En 2007, les chi­ra­quiens sor­tants avaient bou­dé les sar­ko­zystes en­trants. En 2012, Fran­çois Hol­lande n’avait pas dai­gné at­tendre que Ni­co­las Sar­ko­zy soit re­mon­té dans sa voi­ture pour re­ga­gner son bu­reau. Cinq ans plus tard, c’est Ma­cron qui avait re­fu­sé de se prê­ter au jeu de la suc­ces­sion conni­vente que son pré­dé­ces­seur cher­chait à mettre en scène. Pour mas­quer son dé­pit ?

Mas­qué par la joie com­mune de l’at­tri­bu­tion des JO à Pa­ris, cet im­promp­tu ély­séen avait ce­ci de par­ti­cu­lier : Sar­ko­zy était de­bout à cô­té de ce­lui qui l’a bat­tu il y a cinq ans ; et Hol­lande écou­tait ce­lui qui, plus que qui­conque, l’a em­pê­ché de se re­pré­sen­ter.

Ce ven­dre­di, l’heure n’était ce­pen­dant pas à jouer les grin­cheux », se­lon la for­mule uti­li­sée par Em­ma­nuel Ma­cron - sans évi­dem­ment vi­ser per­sonne en par­ti­cu­lier… Mais des deux an­ciens pré­si­dents, Fran­çois Hol­lande a plus de rai­sons que Ni­co­las Sar­ko­zy d’être « grin­cheux ». Le nou­veau pré­sident a ren­du vi­site à Va­lé­ry Gis­card d’Es­taing et à Jacques Chi­rac, le­quel lui a of­fert un buste en bronze du gé­né­ral de Gaulle. Et il a in­vi­té à dî­ner Sar­ko­zy, ac­com­pa­gné de son épouse, Car­la. Le seul à n’avoir en­core re­çu ni vi­site, ni in­vi­ta­tion, c’est Hol­lande, dont Ma­cron fut pour­tant le col­la­bo­ra­teur et le mi­nistre. « Si je suis là, c’est que je crois que l’on peut s’af­fran­chir du monde des ar­ran­ge­ments entre amis. Je n’ai pas de mon­naie à rendre », a dit le chef de l’État dans Le Point. Si Hol­lande per­sis­tait à pen­ser que Ma­cron lui de­vait une part de sa vic­toire, il a dû mé­di­ter sous les lam­bris de l’Ély­sée ce rap­pel d’Alexandre Du­mas : « Il y a des ser­vices si grands qu’on ne peut les payer que par l’in­gra­ti­tude. »

Re­trou­vez Guillaume Tabard tous les ma­tins à 8 h 10 sur Ra­dio Clas­sique

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