Pé­kin sou­tient l’of­fen­sive de l’ar­mée bir­mane dans l’État d’Ara­kan

Le Figaro - - INTERNATIONAL - CY­RILLE PLUYETTE @Cy­rilleP­luyette COR­RES­PON­DANT À PÉ­KIN

ALORS que la pres­sion in­ter­na­tio­nale s’ac­croît sur Ran­goun face aux co­hortes de Ro­hin­gyas fuyant les vio­lences de l’ar­mée bir­mane, une voix dis­so­nante s’est clai­re­ment fait en­tendre, celle de Pé­kin. Le mi­nis­tère chi­nois des Af­faires étran­gères, « sou­tient les ef­forts » de la Birmanie pour « main­te­nir la paix et la sta­bi­li­té dans l’État Ra­khine (d’Ara­kan, NDLR) », a dé­cla­ré son porte-pa­role cette se­maine, à l’heure où l’ONU dé­nonce un « net­toyage eth­nique » de la mi­no­ri­té mu­sul­mane du pays dans cette ré­gion.

Au mo­ment où la si­tua­tion hu­ma­ni­taire ne cesse de se dé­gra­der au Ban­gla­desh, qu’on re­joint près de 400 000 per­sonnes, le gou­ver­ne­ment chi­nois semble se fo­ca­li­ser sur la me­nace re­pré­sen­tée par les re­belles de cette mi­no­ri­té. « La ri­poste des forces bir­manes contre les ex­tré­mistes ter­ro­ristes et les me­sures gou­ver­ne­men­tales d’aide à la po­pu­la­tion sont cha­leu­reu­se­ment ap­prou­vées », a ré­agi cette se­maine l’am­bas­sa­deur de Chine en Birmanie, Hong Liang, dont les pro­pos ont été ci­tés par un jour­nal lo­cal dé­pen­dant des au­to­ri­tés. L’at­taque, re­ven­di­quée par l’Ar­mée du sa­lut des Ro­hin­gyas de l’Ara­kan (As­ra) d’une tren­taine de com­mis­sa­riats à la fin du mois der­nier, a dé­clen­ché une nou­velle ré­ac­tion vio­lente de l’ar­mée bir­mane à l’en­contre de l’en­semble de la po­pu­la­tion mu­sul­mane de la ré­gion.

Dans un édi­to­rial ré­cent, le Glo­bal Times, jour­nal na­tio­na­liste af­fi­lié au Par­ti com­mu­niste chi­nois, s’in­surge contre la condam­na­tion in­ter­na­tio­nale dont fait l’ob­jet Aung San Suu Kyi, la di­ri­geante bir­mane, éga­le­ment prix No­bel de la paix. Doit-on « la blâ­mer pour la vio­lence ? » dans l’État d’Ara­kan, s’in­ter­roge le quo­ti­dien, pour qui « évi­ter un tel dé­sastre est en réa­li­té plus dif­fi­cile que ce que pensent les voix cri­tiques oc­ci­den­tales ». Car dans les pays en voie de dé­ve­lop­pe­ment, « une fois que des conflits eth­niques à grande échelle se dé­clenchent », ils peuvent fa­ci­le­ment de­ve­nir « hors de contrôle » et me­ner au « mas­sacre » de mi­no­ri­tés et à des exodes mas­sifs, pour­suit l’édi­to­rial.

Bien que l’eth­nie bir­mane soit lar­ge­ment ma­jo­ri­taire dans la po­pu­la­tion, ce pays « compte plus de 130 groupes eth­niques dont beau­coup sont ar­més », ar­gu­mente le Glo­bal Times, ce qui pose, se­lon cet or­gane, « de­puis long­temps un dé­fi à la sta­bi­li­té so­ciale de la Birmanie et à son uni­té ». Jus­ti­fiant le choix de l’an­cienne icône de la dé­mo­cra­tie au­jourd’hui au pou­voir de ne pas condam­ner un «gé­no­cide », le jour­nal chi­nois, es­time qu’Aung San Suu Kyi a « peu d’es­pace » pour prendre la dé­fense des Ro­hin­gyas, tant l’opi­nion pu­blique se montre « na­tio­na­liste » dans ce conflit.

L’ar­ticle éta­blit im­pli­ci­te­ment un pa­ral­lèle avec la Chine, un pays aux 56 eth­nies, où les Hans sont ar­chi-ma­jo­ri­taires. Ob­sé­dé par la sta­bi­li­té, le gou­ver­ne­ment chi­nois, au nom des me­naces « ter­ro­ristes » crois­santes re­pré­sen­tée par des ex­tré­mistes ouï­gours dans le Xin­jiang et du risque « sé­pa­ra­tiste », a ac­cru sa ré­pres­sion sur l’en­semble de cette com­mu­nau­té mu­sul­mane, ob­servent plu­sieurs ex­perts.

La Chine n’est tou­te­fois pas la seule à se mon­trer com­pré­hen­sive en­vers l’of­fen­sive des forces bir­manes. Lors d’une ré­cente vi­site en Birmanie, le pre­mier mi­nistre in­dien, Na­ren­dra Mo­di, a dé­cla­ré qu’il par­ta­geait l’in­quié­tude de Ran­goun concer­nant « la vio­lence ex­tré­miste » qui a frap­pé les forces de sé­cu­ri­té dans l’État d’Ara­kan. Le di­ri­geant na­tio­na­liste hin­dou, a lui aus­si ap­pe­lé à « l’uni­té et à l’in­té­gri­té ter­ri­to­riale » de la Birmanie.

Pen­dant ce temps, «les preuves ir­ré­fu­tables » des per­sé­cu­tions su­bies par les Ro­hin­gyas - la plus grande com­mu­nau­té apa­tride du monde - s’ac­cu­mulent, se­lon Am­nes­ty In­ter­na­tio­nal. «Les forces de sé­cu­ri­té mettent le nord de l’État d’Ara­kan à feu et à sang dans le cadre d’une cam­pagne ciblée vi­sant à faire par­tir les Ro­hin­gyas », a dé­non­cé Ti­ra­na Has­san, di­rec­trice du pro­gramme Ré­ac­tion aux crises au sein de l’ONG.

“Doit-on blâ­mer Aung San Suu Kyi pour la vio­lence dans l’État d’Ara­kan? ” « LE GLO­BAL TIMES »

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