Les femmes de po­li­ciers re­des­cendent dans la rue

Sa­me­di, elles ma­ni­fes­te­ront pour dé­non­cer les condi­tions de tra­vail de leurs ma­ris.

Le Figaro - - SOCIÉTÉ - STÉ­PHANE KOVACS @Ko­vacsSt

SÉ­CU­RI­TÉ «Sous l’uni­forme, il y a un pa­pa, un ma­ri ! » rap­pel­le­ront-elles en­core et en­core. Pour dé­non­cer les «agres­sions à ré­pé­ti­tion », « l’ir­res­pect », mais aus­si les «condi­tions de tra­vail dé­plo­rables» et la «baisse des sa­laires», les Femmes des forces de l’ordre en co­lère (FFOC) re­tour­ne­ront dans les rues, ce sa­me­di, dans sept villes de France. Elles s’étaient ras­sem­blées une pre­mière fois à Pa­ris, en avril. « Mais rien n’a bou­gé de­puis, dé­plore Au­ré­lie, épouse de CRS ha­bi­tant dans le Lot-et-Ga­ronne, et pré­si­dente du col­lec­tif. Re­jointes par l’Union des po­li­ciers na­tio­naux in­dé­pen­dants et la Mo­bi­li­sa­tion des po­li­ciers en co­lère, nous at­ten­dons plu­sieurs mil­liers de ma­ni­fes­tants à Pa­ris, Lyon, Mar­seille, Tou­louse, Bor­deaux, Lille et Stras­bourg. »

Les re­ven­di­ca­tions sont tou­jours les mêmes: sim­pli­fi­ca­tion et ano­ny­mi­sa­tion des pro­cé­dures ju­di­ciaires im­pli­quant des forces de l’ordre, mo­der­ni­sa­tion du ma­té­riel de tra­vail ain­si qu’une jus­tice plus ferme pour les agres­seurs, et la mise en place d’un « réel ac­com­pa­gne­ment » (psy­cho­lo­gique, aides so­ciales). « D’an­née en an­née, les bud­gets consa­crés à la sé­cu­ri­té et à la dé­fense sont amoin­dris, se dé­sole le col­lec­tif, lais­sant nos forces de l’ordre sans moyens de se pro­té­ger. » Les « pé­riodes de re­pos rac­cour­cissent » et « la vie de fa­mille en pâ­tit de plus en plus». Des «in­quié­tudes lé­gi­times», a ré­pon­du, en août, le pré­sident de la Ré­pu­blique à la lettre d’Au­ré­lie. Mais le col­lec­tif at­tend tou­jours le ren­dez-vous pro­mis avec le mi­nistre de l’In­té­rieur, Gé­rard Col­lomb. «Les caillas­sages, les voi­tures brû­lées, c’est de plus en plus le quo­ti­dien de nos ma­ris, s’in­digne Gaëlle, épouse de pom­pier. Cet uni­forme-là, pour moi, était à part : ce sont des hommes qui sont là pour ai­der les ci­toyens, pas des forces de l’ordre. Or ils se font caillas­ser, eux aus­si! À la ca­serne de Sar­celles, par exemple, on com­mence à leur four­nir des gi­lets pare-balles… »

Sur le fo­rum des FFOC, Au­ré­lie re­çoit aus­si des pho­tos et des ré­cits « aber­rants ». Comme la mésa­ven­ture de ces po­li­ciers qui, « il y a une quin­zaine de jours, ont re­fu­sé un can­ton­ne­ment in­digne à Nantes » : « l’eau du ro­bi­net cou­lait mar­ron ! rap­por­tet-elle. Nos hommes ont pré­fé­ré dor­mir de­hors. » Il y a aus­si «ces CRS qui ont re­fu­sé pour la deuxième fois un hô­tel en­va­hi de pu­naises de lit». Ou en­core «ces hommes char­gés de la sé­cu­ri­té du pré­sident, le jour de la ren­trée sco­laire, qui n’ont eu qu’un goû­ter pour seul re­pas de la jour­née!». Sur les ré­seaux so­ciaux, les in­ci­ta­tions à la haine en­vers les fa­milles de po­li­ciers se mul­ti­plient. Pour les en­fants, la consigne est: «Sur­tout ne dis pas que ton père est CRS!» Une adhé­rente des FFOC rap­porte que, après avoir été ta­bas­sé par six ados dans son col­lège de ban­lieue, son fils a dû être dé­sco­la­ri­sé parce que le pro­vi­seur n’avait pas osé se mettre les six autres couples de pa­rents à dos… La « dis­cré­tion », pour pré­ser­ver un sem­blant de vie pri­vée, fait aus­si par­tie des re­ven­di­ca­tions : « Mon ma­ri re­çoit sa fiche de paie par la poste, dans une en­ve­loppe de la Po­lice na­tio­nale, in­dique Au­ré­lie. Il n’y a pas mieux pour se faire re­pé­rer par un fi­ché S, non ? »

“Les caillas­sages, les voi­tures brû­lées, c’est de plus en plus le quo­ti­dien de nos ma­ris ” GAËLLE, ÉPOUSE DE POM­PIER

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