Cas­si­ni réus­sit son « fi­nale » dans l’at­mo­sphère de Sa­turne

La sonde s’est dés­in­té­grée ven­dre­di après avoir réus­si à trans­mettre des don­nées jus­qu’à la der­nière se­conde.

Le Figaro - - SCIENCES - TRIS­TAN VEY @vey­tris­tan

ES­PACE 11 h 55 m 39 s. C’est l’heure of­fi­cielle (en temps uni­ver­sel, 13 h 55, heure de Pa­ris) à la­quelle les équipes de vol du Jet Pro­pul­sion La­bo­ra­to­ry (JPL) de la Nasa, à Pa­sa­de­na, en Ca­li­for­nie, ont consta­té ven­dre­di la dis­pa­ri­tion du si­gnal de la sonde Cas­si­ni. L’heure du dé­cès, en quelque sorte. Ce der­nier souffle élec­tro­nique au­ra mis près d’une heure et de­mie à par­cou­rir le mil­liard de ki­lo­mètres et de­mi qui nous sé­pare de Sa­turne. Quelques di­zaines de se­condes plus tard, la sonde s’est va­po­ri­sée dans les couches ex­ternes de l’at­mo­sphère de la géante aux an­neaux, mar­quant la fin de l’une des plus grandes aven­tures spatiales de l’his­toire.

Per­sonne n’a pu as­sis­ter à ce spec­tacle. Il est loin d’être évident que le flash lu­mi­neux de la dés­in­té­gra­tion ait réus­si à être cap­té par un té­les­cope de­puis la Terre, comme cer­tains l’es­pé­raient. Nous le sau­rons dans les pro­chains jours.

Cas­si­ni s’en est ain­si al­lée, lais­sant plu­sieurs gé­né­ra­tions d’in­gé­nieurs et de scien­ti­fiques or­phe­lins. Mais elle n’a pas fi­ni de leur don­ner du tra­vail. Les spé­cia­listes du JPL vont de­voir dres­ser le bi­lan de ces vingt an­nées pas­sées dans l’es­pace, dont treize en or­bite au­tour de Sa­turne. Les scien­ti­fiques dis­posent quant à eux d’une mon­tagne de don­nées à ana­ly­ser. « Nous en avons pour plu­sieurs dé­cen­nies en­core, es­time Lin­da Spil­ker, res­pon­sable scien­ti­fique de la mis­sion. C’est un ma­ra­thon scien­ti­fique de treize an­nées que nous ve­nons de ter­mi­ner, mais il reste tant de choses à ex­pli­quer ! »

Pré­cieux ren­sei­gne­ments

De­puis avril der­nier, la sonde est pas­sée 22 fois entre la pla­nète et ses an­neaux, une ma­noeuvre ex­trê­me­ment pé­rilleuse qui n’avait pas en­core été ten­tée jusque-là. Les in­fimes per­tur­ba­tions de tra­jec­toire de Cas­si­ni donnent de pré­cieux ren­sei­gne­ments sur le champ de gra­vi­té. Il de­vrait être pos­sible d’en dé­duire la masse des an­neaux (étroi­te­ment cor­ré­lée à leur âge), la struc­ture in­terne de la pla­nète (a-t-elle un coeur so­lide?) ou en­core sa pé­riode de ro­ta­tion (la du­rée du jour sa­tur­nien n’est pas connue de fa­çon pré­cise).

Pen­dant son plon­geon fi­nal, Cas­si­ni a conti­nué de prendre des me­sures et à les trans­mettre en temps réel vers la Terre. «Nous avons re­çu des don­nées jus­qu’à la toute der­nière se­conde de trans­mis­sion », a as­su­ré la voix trem­blante d’émo­tion Earl Maize, res­pon­sable de la mis­sion au JPL. Cas­si­ni de­vait no­tam­ment ten­ter de « res­pi­rer » quelques mo­lé­cules d’at­mo­sphère pour en dé­ter­mi­ner la na­ture. « Les der­nières se­condes de Cas­si­ni pour­raient à elles seules four­nir as­sez de ma­tière à plu­sieurs doc­to­rats », s’est amu­sé le di­rec­teur du JPL, Mi­chael Wat­kins, en ne plai­san­tant qu’à moi­tié.

« Jus­qu’au der­nier mo­ment, le vais­seau a fait tout ce qu’on lui de­man­dait, té­moigne Ju­lie Webs­ter, res­pon­sable du pi­lo­tage de la sonde. Tout a mer­veilleu­se­ment fonc­tion­né, au-de­là de mes rêves les plus fous. Nous avons par­cou­ru 7,9 mil­liards de ki­lo­mètres, réa­li­sé 293 or­bites au­tour de Sa­turne, réa­li­sé des cen­taines de ma­noeuvres, et Cas­si­ni a tou­jours ré­pon­du par­fai­te­ment. Les rares fois où nous avons eu des pro­blèmes, c’est nous qui nous étions trom­pés. »

« Un fi­dèle ser­vi­teur »

«Cas­si­ni était un com­pa­gnon, un fi­dèle ser­vi­teur, ap­puie Earl Maize. C’était une ex­ten­sion de nous-mêmes. Ce­la fait mal de le voir par­tir. » La sonde au­rait pro­ba­ble­ment pu mar­cher quelques mois en­core, mais cette fin était iné­luc­table. Il ne fal­lait sur­tout pas prendre le risque de conta­mi­ner Ti­tan, la plus grosse lune de Sa­turne, ou En­ce­lade, une pe­tite boule ge­lée de 500 km de dia­mètre, avec d’éven­tuels mi­crobes qui au­raient sur­vé­cu à bord de la sonde. Car c’est là l’un des en­sei­gne­ments ma­jeurs gla­nés par Cas­si­ni (et son at­ter­ris­seur eu­ro­péen Huy­gens, po­sé à la sur­face de Ti­tan en 2005) : ces deux lunes sont à ce jour par­mi les meilleures can­di­dates du Sys­tème so­laire pour la re­cherche de vie ex­tra­ter­restre. Toutes deux abritent un vaste océan d’eau li­quide ca­mou­flé sous une épaisse couche de glace. Elles re­gorgent éga­le­ment, Ti­tan en par­ti­cu­lier, de mo­lé­cules or­ga­niques com­plexes. Elles réunissent en somme tous les in­gré­dients né­ces­saires à l’ap­pa­ri­tion de la vie. Earl Maize et Lin­da Spil­ker sont d’ailleurs d’ac­cord sur ce point : Sa­turne et ses lunes n’ont pas fi­ni de li­vrer tous leurs se­crets. « Nous re­vien­drons ! »

NASA/ JPL-SPACE SCIENCE INS­TI­TUTE/R. TKACHENKO

Der­nière pho­to com­po­site de Sa­turne prise par la sonde Cas­si­ni avant sa dés­in­té­gra­tion.

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