Le Japon ir­rite Bruxelles en sur­taxant le boeuf eu­ro­péen

Alors que l’UE et le Japon né­go­cient un ac­cord de libre-échange, l’Ar­chi­pel mul­ti­plie les bar­rières com­mer­ciales.

Le Figaro - - ENTREPRISES - RÉ­GIS AR­NAUD @Re­gi­sAr­naud TO­KYO

COM­MERCE Dans quelle me­sure le Japon est-il sin­cère? La ques­tion est sur toutes les lèvres des dé­ci­deurs eu­ro­péens alors que To­kyo et Bruxelles mettent la touche fi­nale à leur ac­cord de libre-échange. An­non­cé le 6 juillet der­nier en grande pompe à Bruxelles par le pre­mier mi­nistre du Japon, Shin­zo Abe, et la com­mis­saire eu­ro­péenne au Com­merce, Ce­ci­lia Malm­ström, un ac­cord po­li­tique doit per­mettre une en­trée en vi­gueur en 2019. Ce fu­tur trai­té était pré­sen­té par les par­ties comme une ode au com­merce et à l’ou­ver­ture des fron­tières, en ré­ponse au pro­tec­tion­nisme de Do­nald Trump.

Une as­ser­tion qui sus­cite l’in­cré­du­li­té chez les en­tre­prises eu­ro­péennes au fait des moeurs des af­faires ja­po­naises. Un sen­ti­ment de doute re­vi­vi­fié aus­si par­mi les di­plo­mates du Vieux Conti­nent après la ré­cente dé­ci­sion du gou­ver­ne­ment ja­po­nais d’im­po­ser des droits de douane exor­bi­tants sur le boeuf amé­ri­cain pour pré­ser­ver ses éle­veurs lo­caux de la concur­rence étran­gère. Pro­blème, ces droits s’ap­pli­que­ront aus­si aux autres pays avec les­quels l’Ar­chi­pel n’a pas de trai­té spé­ci­fique, dont ceux de l’Union eu­ro­péenne. « Nous ne sou­hai­tons pas être ins­tru­men­ta­li­sés par les Ja­po­nais dans des ma­noeuvres de po­li­tique com­mer­ciale. Ils doivent faire ce qu’ils ont dit », peste un di­plo­mate eu­ro­péen. Mal­gré les faibles quan­ti­tés de viande eu­ro­péenne im­por­tées au Japon, «cette at­ti­tude au­gure mal de la suite », pré­vient-il, fus­ti­geant le mu­tisme du mi­nis­tère de l’Agriculture.

Dif­fi­cul­té sur le ter­rain

Le trai­té de libre-échange en dis­cus­sion est uni­ver­sel­le­ment sa­lué comme une avan­cée. « La pro­por­tion des lignes ta­ri­faires ja­po­naises sans droits de douane pas­se­ra de 41 % à 86 % dès l’en­trée en vi­gueur de l’ac­cord », se fé­li­cite un né­go­cia­teur bruxel­lois. Les Ja­po­nais ont lâ­ché du lest dans plu­sieurs dos­siers ré­cur­rents. Mais les en­tre­prises eu­ro­péennes sou­lignent que leurs dif­fi­cul­tés sur le ter­rain au Japon se nichent da­van­tage dans les pra­tiques des au­to­ri­tés, de leurs concur­rents et de leurs clients, que dans des droits de douane. Comme dans l’au­to­mo­bile, dont les ac­teurs eu­ro­péens re­doutent une ex­ploi­ta­tion des tests tech­niques et de sé­cu­ri­té liés aux nou­velles technologies. Ou dans l’agroa­li­men­taire : le Japon a dé­cré­té un em­bar­go sur toute la pro­duc­tion fran­çaise de foie gras pour quelques cas lo­ca­li­sés quand les pays eu­ro­péens se conten­taient d’em­bar­gos ci­blés sur quelques ré­gions fran­çaises. Dans la phar­ma­cie, des contrôles vi­suels, su­per­flus ailleurs, sont im­po­sés, se­lon les Eu­ro­péens du sec­teur. Ou en­fin dans les ap­pels d’offres pu­blics, lar­ge­ment ré­ser­vés aux ac­teurs na­tio­naux. « Il faut un mé­ca­nisme de vé­ri­fi­ca­tion. C’est le dé­faut de l’ac­cord com­mer­cial Japon-Co­rée du Sud en­tré en vi­gueur en 2011, qui est glo­ba­le­ment une réus­site, mais dans le­quel la ques­tion des bar­rières non ta­ri­faires a été né­gli­gée », ex­plique Dan­ny Ris­berg, qui di­rige la fé­dé­ra­tion pa­tro­nale Eu­ro­pean Bu­si­ness Coun­cil au Japon.

« Nous ne sou­hai­tons pas être ins­tru­men­ta­li­sés par les Ja­po­nais dans des ma­noeuvres de po­li­tique com­mer­ciale» UN DI­PLO­MATE EU­RO­PÉEN

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