En Bourse, les PME af­fichent de belles per­for­mances

Pour la sixième an­née de suite, en 2017, les pe­tites et moyennes ca­pi­ta­li­sa­tions se dis­tinguent.

Le Figaro - - MARCHÉS - HER­VÉ ROUS­SEAU hrous­seau@le­fi­ga­ro.fr

MAR­CHÉS En 2017, à la Bourse de Pa­ris, pour la sixième an­née consé­cu­tive, les PME de­vraient battre les géants de la cote à plate cou­ture. De­puis le dé­but de l’an­née, l’in­dice CAC Mid & Small a dé­jà ga­gné près de 20 %. C’est près de trois fois plus que le CAC 40. Sur une pé­riode plus longue, l’écart est en­core plus criant. Au cours des trois der­nières an­nées, le CAC Mid & Small s’est ad­ju­gé plus de 50 %, contre un peu moins de 18 % pour le CAC 40. Sur cinq ans, il s’en­vole de près de 116 %, contre 46 % pour l’in­dice des grandes va­leurs pa­ri­siennes.

Pour Fré­dé­ric Rol­lin, stra­té­giste chez Pic­tet As­set Ma­na­ge­ment, la sur­per­for­mance des PME est ob­ser­vée dans toute l’Eu­rope et de­puis de très nom­breuses an­nées. « Au cours des 15 der­nières an­nées, ex­plique-t-il, la va­leur des pe­tites et moyennes ca­pi­ta­li­sa­tions eu­ro­péennes a été mul­ti­pliée par 5,7 contre seule­ment 1,8 pour les plus grandes so­cié­tés. Il s’agit donc bien d’un phé­no­mène très lar­ge­ment struc­tu­rel.»

Si ces so­cié­tés font des étin­celles en Bourse, elles le doivent no­tam­ment aux co­pieux bé­né­fices qu’elles dé­gagent. Se­lon Pic­tet, au cours des dix der­nières an­nées leur bé­né­fice par ac­tion a grim­pé en moyenne de 12,5 % par an, contre 9,8 % pour les té­nors de la cote. Un écart consi­dé­rable lors­qu’il est cu­mu­lé sur une telle pé­riode.

Si elles par­viennent à battre leurs aî­nées, c’est qu’elles sont gé­né­ra­le­ment plus in­no­vantes et po­si­tion­nées sur des sec­teurs plus por­teurs, comme par exemple les in­dus­tries de pointe, les bio­tech­no­lo­gies ou les hautes technologies. Elles sont en re­vanche pra­ti­que­ment ab­sentes des ac­ti­vi­tés qui ont le plus souf­fert pen­dant la crise, comme la banque ou le pé­trole. En Bourse, les PME se montrent d’ailleurs plus so­lides par gros temps. « Lorsque les mar­chés souffrent, les gé­rants se dé­lestent en prio­ri­té des grandes va­leurs plus li­quides », sou­ligne Thier­ry Cuy­pers, res­pon­sable de l’équipe « small et mid caps » de Na­tixis AM. Ré­sul­tat, les grandes ca­pi­ta­li­sa­tions souffrent plus.

Un gage de so­li­di­té

Une autre ca­rac­té­ris­tique plaide en fa­veur des PME. « Bon nombre de ces en­tre­prises sont contrô­lées par des fa­milles, et le ma­na­ge­ment est gé­né­ra­le­ment bien plus im­pli­qué que dans les grandes so­cié­tés », constate Xa­vier de Buh­ren, gé­rant ac­tions fran­çaises chez Mi­ra­baud As­set Ma­na­ge­ment. Ces so­cié­tés très at­ta­chées à leur in­dé­pen­dance ont aus­si moins lar­ge­ment re­cours à la dette, ce qui est un gage de so­li­di­té dans les pé­riodes dif­fi­ciles. Se­lon les cal­culs de Pic­tet, 40 % des PME co­tées en Bourse n’ont pas de dette nette, contre seule­ment 22 % pour les grandes so­cié­tés.

Les ana­lystes se montrent confiants pour la suite. UBS es­time que le po­ten­tiel est loin d’être épui­sé et que l’uni­vers des « small et mid caps eu­ro­péennes offre en­core de très belles pers­pec­tives ». Se­lon les spé­cia­listes de la banque suisse, la re­prise éco­no­mique bien plus so­lide que pré­vu en Eu­rope de­vrait lar­ge­ment pro­fi­ter aux PME en Bourse. « Les pe­tites et moyennes ca­pi­ta­li­sa­tions sont plus ex­po­sées au mar­ché do­mes­tique eu­ro­péen, au­jourd’hui en grande forme, mais elles sont aus­si moins sen­sibles à la hausse de l’eu­ro qui pèse sur la com­pé­ti­ti­vi­té des grands groupes à l’in­ter­na­tio­nal », confirme Xa­vier de Buh­ren, chez Mi­ra­baud AM.

ANA­LYSE

Opé­ra­tions de fu­sions-ac­qui­si­tions

Les spé­cia­listes d’UBS iden­ti­fient un autre ca­ta­ly­seur : les fu­sion­sac­qui­si­tions. Se­lon eux, les opé­ra­tions im­pli­quant des pe­tites et moyennes ca­pi­ta­li­sa­tions de­vraient s’ac­cé­lé­rer. « L’amé­lio­ra­tion du bi­lan de ces en­tre­prises au cours des der­nières an­nées et la fai­blesse des coûts de fi­nan­ce­ment, plaident pour une mul­ti­pli­ca­tion des ra­chats dans l’uni­vers des pe­tites et moyennes ca­pi­ta­li­sa­tions », ex­pliquent-ils.

Ce mou­ve­ment est dé­jà bien amor­cé : se­lon Pic­tet, plus de 60 % des ac­qui­si­tions en Eu­rope concernent des en­tre­prises dont la ca­pi­ta­li­sa­tion est in­fé­rieure à 1 mil­liard d’eu­ros. En Bourse, comme dans la na­ture, ce sont plu­tôt les gros qui avalent les pe­tits. « Pour les grands groupes, les pe­tites et moyennes ca­pi­ta­li­sa­tions, plus fa­ciles à di­gé­rer, sont des cibles de pre­mier choix », ex­plique Thier­ry Cuy­pers, res­pon­sable de l’équipe « small et mid caps » de Na­tixis AM.

Les PME ne sont pas seule­ment des proies. Elles passent aus­si à l’of­fen­sive: «Elles connaissent par­fai­te­ment leur mar­ché et re­cherchent en prio­ri­té des en­tre­prises de toute pe­tite taille, elles payent ain­si sou­vent leurs ac­qui­si­tions re­la­ti­ve­ment moins cher que les grandes en­tre­prises qui chassent dans une autre ca­té­go­rie », ex­plique Thier­ry Cuy­pers. « Elles par­viennent aus­si à in­té­grer leurs ac­qui­si­tions plus ra­pi­de­ment et dé­gagent des sy­ner­gies plus im­por­tantes. »■

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