Mo­bi­li­sa­tion gé­né­rale contre les dé­serts mé­di­caux

Le gou­ver­ne­ment sou­haite que les pro­fes­sion­nels de la san­té et les élus lo­caux or­ga­nisent en­semble, avec l’aide de l’État, un meilleur ac­cès aux soins sur le ter­ri­toire.

Le Figaro - - LA UNE - M-.C. R.

Fi­nis les grands pro­jets na­tio­naux pour éra­di­quer les dé­serts mé­di­caux. Le plan d’égal ac­cès aux soins pour tous, pré­sen­té ven­dre­di par le pre­mier mi­nistre, Édouard Phi­lippe, et la mi­nistre de la San­té, Agnès Bu­zyn, veut pri­vi­lé­gier le prag­ma­tisme sur le ter­rain. Le gou­ver­ne­ment en­tend donc en­cou­ra­ger la co­opé­ra­tion entre mé­de­cins et élus lo­caux, no­tam­ment à tra­vers la construc­tion de mille mai­sons de san­té, pour amé­lio­rer l’ac­cès aux soins. Il s’en­gage de son cô­té à fa­vo­ri­ser l’in­no­va­tion et la té­lé­mé­de­cine, ain­si qu’à sim­pli­fier l’ins­tal­la­tion des mé­de­cins.

SAN­TÉ Prag­ma­tisme ! C’est le maître mot du nou­veau plan gou­ver­ne­men­tal de lutte contre les dé­serts mé­di­caux, bap­ti­sé « ren­for­cer l’ac­cès ter­ri­to­rial aux soins », pré­sen­té ce ven­dre­di à Châ­lus, en Hau­teVienne, par Édouard Phi­lippe et Agnès Bu­zyn. Le diag­nos­tic est connu de­puis long­temps : il y a de moins en moins de mé­de­cins gé­né­ra­listes, du fait du nombre im­por­tant de dé­parts à la re­traite, et ils sont in­éga­le­ment ré­par­tis sur le ter­ri­toire. Ré­sul­tat, dans cer­taines zones ru­rales mais aus­si pé­ri­ur­baines, et même cer­tains centres-villes, l’ac­cès aux soins est plus com­pli­qué.

Dans son plan, le pre­mier mi­nistre pri­vi­lé­gie la per­sua­sion à la force, l’in­ci­ta­tion à la coer­ci­tion. « Ça ne sert à rien d’or­don­ner, d’obli­ger, a-t-il mar­te­lé. Il faut in­ci­ter et don­ner en­vie. Dans tous les pays eu­ro­péens qui l’ont ten­tée, la voie coer­ci­tive a été un échec. » Tous les syn­di­cats de pra­ti­ciens li­bé­raux, de la CSMF au SML en pas­sant par la FMF, dont les re­pré­sen­tants étaient pré­sents, ap­plau­dissent sans re­te­nue. Seule la CGT a es­ti­mé que « le gou­ver­ne­ment fait fausse route », ju­geant que « la san­té doit re­le­ver du ser­vice pu­blic ».

Se dé­fen­dant de pré­sen­ter un énième ca­ta­logue de me­sures, Édouard Phi­lippe s’est fixé trois ob­jec­tifs. D’une part, en­cou­ra­ger la co­opé­ra­tion entre pro­fes­sion­nels de san­té via la construc­tion de 1 000 mai­sons de san­té sup­plé­men­taires d’ici à cinq ans, comme l’a pro­mis Em­ma­nuel Ma­cron du­rant la cam­pagne. Un bud­get de 400 mil­lions d’eu­ros est d’ailleurs pré­vu à cet ef­fet dans le cadre du grand plan d’in­ves­tis­se­ment. Les ré­mu­né­ra­tions des pro­fes­sion­nels de san­té se­ront aus­si re­vues à la hausse, re­pré­sen­tant un in­ves­tis­se­ment qui at­tein­dra pro­gres­si­ve­ment 90 mil­lions par an d’ici à cinq ans. Le dis­po­si­tif « Asa­lée », qui per­met à des in­fir­mières de prendre en charge cer­tains soins et sui­vis de ma­la­dies chro­niques, en ac­cord avec les mé­de­cins, se­ra éga­le­ment ren­for­cé.

Deuxième axe d’ac­tion : fa­vo­ri­ser l’in­no­va­tion. In­no­va­tion dans les or­ga­ni­sa­tions afin de sor­tir du cloi­son­ne­ment étanche entre mé­de­cine de ville et hô­pi­tal. Et ce, grâce à la créa­tion dès 2018 de 300 postes de mé­de­cins par­ta­gés entre ville et hô­pi­tal. In­no­va­tion nu­mé­rique éga­le­ment avec le dé­ploie­ment de la té­lé­mé­de­cine. Une né­go­cia­tion entre l’As­su­rance-ma­la­die et les mé­de­cins fixe­ra en 2018 les ta­rifs de ces nou­veaux actes. Un ma­té­riel de té­lé­con­sul­ta­tion est aus­si pro­mis à tous les éta­blis­se­ments d’hé­ber­ge­ment pour per­sonnes âgées dé­pen­dantes (Eh­pad) d’ici à 2020. À cet ef­fet, les cré­dits du fonds d’in- ter­ven­tion ré­gio­nal des­ti­nés au dé­ve­lop­pe­ment de la té­lé­mé­de­cine se­ront dou­blés, à 18 mil­lions d’eu­ros.

Alors que les jeunes mé­de­cins s’ins­tallent de plus en plus tard (38 ans en moyenne) - car « l’ins­tal­la­tion est vé­cue comme l’en­trée dans une vie ad­mi­nis­tra­tive com­plexe », a dit Édouard Phi­lippe -, le gou­ver­ne­ment s’en­gage en­fin à sim­pli­fier leurs dé­marches. Un gui­chet unique

L’ob­jec­tif est de fa­ci­li­ter l’ini­tia­tive ter­ri­to­riale et de li­bé­rer en­fin les éner­gies pour per­mettre l’ac­cès de tous à des soins qua­li­té» de ÉDOUARD PHI­LIPPE F. BOU­CHON/LE FI­GA­RO

va être mis en place et une mis­sion de sim­pli­fi­ca­tion a été confiée à l’Ins­pec­tion gé­né­rale des af­faires so­ciales (Igas). Pas moins de 200 mil­lions d’eu­ros vont être dé­blo­qués sur cinq ans afin d’ai­der à l’ins­tal­la­tion et à l’exer­cice des mé­de­cins dans les ter­ri­toires où l’offre de soins est in­suf­fi­sante. En pa­ral­lèle, le nombre de zones éli­gibles à cette aide pas­se­ra de 7% à 18 % du ter­ri­toire.

Cu­mul em­ploi re­traite

Pour at­ti­rer les jeunes dans les zones en ten­sion, les stages dans les ca­bi­nets de ville se­ront plus nom­breux (+500 en mé­de­cine gé­né­rale et spé­cia­li­sée), le gou­ver­ne­ment pré­co­ni­sant éga­le­ment des aides au lo­ge­ment ou pour les trans­ports. Les mé­de­cins li­bé­raux se­ront, eux, in­ci­tés à exer­cer à temps par­tiel dans des zones sous-do­tées grâce à une re­va­lo­ri­sa­tion de leurs primes, et les consul­ta­tions avan­cées - par exemple un car­dio­logue hos­pi­ta­lier re­ce­vant des pa­tients une fois par se­maine dans une mai­son de san­té se­ront en­cou­ra­gées. En­fin, le cu­mul em­ploi re­traite des mé­de­cins li­bé­raux se­ra fa­ci­li­té grâce à un avan­tage élar­gi en ma­tière de co­ti­sa­tions dans les zones en ten­sion.

Si le pre­mier mi­nistre sait qu’il ne dé­tient pas de so­lu­tion mi­racle, il s’est dit « dé­ter­mi­né à agir, à faire sau­ter les ver­rous, à ex­pé­ri­men­ter sans ta­bou, avec un seul ob­jec­tif : amé­lio­rer l’ac­cès aux soins pour tous ».

S. SORIANO/LE FI­GA­RO

Agnès Bu­zyn, mi­nistre de la San­té et des So­li­da­ri­tés, jeu­di, à Pa­ris.

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