Nu­cléaire : Trump re­fuse de faire confiance à l’Iran

Le pré­sident amé­ri­cain ne va pas quit­ter l’ac­cord conclu en juillet 2015, mais il re­fuse de le « cer­ti­fier ».

Le Figaro - - LA UNE - PHI­LIPPE GÉLIE @ge­lie­fig COR­RES­PON­DANT À WA­SHING­TON

Le pré­sident amé­ri­cain, Do­nald Trump, s’est li­vré ven­dre­di à une at­taque en règle contre l’Iran, an­non­çant une stra­té­gie com­ba­tive contre la Ré­pu­blique is­la­mique. Mais s’il a re­fu­sé de « cer­ti­fier » l’ac­cord sur le nu­cléaire ira­nien, il n’est pas al­lé jus­qu’à le tor­piller to­ta­le­ment, comme il l’avait an­non­cé du­rant sa cam­pagne.

ÉTATS-UNIS Do­nald Trump n’a pas de mots as­sez durs en­vers l’Iran. « Un ré­gime fa­na­tique », « le prin­ci­pal État sou­te­nant le ter­ro­risme dans le monde », qui « ré­pand la mort, la des­truc­tion et le chaos », a pro­cla­mé ven­dre­di le pré­sident amé­ri­cain. Face à cette « me­nace sur la sé­cu­ri­té et la sta­bi­li­té » in­ter­na­tio­nales, il an­nonce « une stra­té­gie glo­bale » vi­sant à « neu­tra­li­ser son in­fluence dé­sta­bi­li­sa­trice et conte­nir son agres­sion ».

L’ac­cord pas­sé en 2015 pour en­rayer le pro­gramme nu­cléaire ira­nien se ré­sume aux yeux de Trump à «de molles ins­pec­tions en échange d’un simple re­port, tem­po­raire et de court terme, des pro­grès de l’Iran vers l’arme nu­cléaire ». Ce­la le rend « in­ac­cep­table » et, à moins de re­mé­dier à ses failles, Trump pro­met de « l’éli­mi­ner ». Mais il ne rompt pas à ce stade avec les autres si­gna­taires (Al­le­magne, Chine, France, Royaume-Uni, Rus­sie, UE), qui de­mandent à Wa­shing­ton de res­pec­ter sa si­gna­ture. Après de vives passes d’ar- mes avec ses mi­nistres, le pré­sident s’est lais­sé convaincre qu’il n’avait pas in­té­rêt à iso­ler les États-Unis. Pour sau­ver les ap­pa­rences, ceux-ci lui ont concoc­té une so­lu­tion alam­bi­quée qui se borne pour l’ins­tant à écor­ner l’ac­cord, per­met à la Mai­sonB­lanche de se dé­faus­ser sur le Con­grès et em­balle le tout dans une « stra­té­gie » aux ver­tus mé­dia­tiques.

En 2015, le Con­grès ré­pu­bli­cain avait ex­pri­mé sa dé­fiance en­vers Ba­rack Oba­ma en l’obli­geant à « cer­ti­fier » tous les trois mois la va­li­di­té de l’ac­cord nu­cléaire. Trump, qui le dé­nonce de­puis la cam­pagne de 2016 comme « l’un des pires deals ja­mais né­go­ciés», ne sup­porte pas ce qui est de­ve­nu pour lui une hu­mi­lia­tion tri­mes­trielle : de­voir confir­mer que l’Iran res­pecte ses obli­ga­tions, comme en at­testent les huit der­niers rap­ports de l’agence ato­mique (AIEA). Lors d’une réunion du Con­seil de sé­cu­ri­té na­tio­nale le 17 juillet der­nier, il au­rait « pi­qué une crise» pour que son équipe le sorte de ce piège avant la pro­chaine échéance, le 15 oc­tobre. « Il n’ac­cepte pas de de­voir dé­cla­rer qu’un élé­ment quel­conque de la stra­té­gie d’Oba­ma fonc­tionne », com­mente Va­li Nasr, doyen du dé­par­te­ment d’études in­ter­na­tio­nales à l’uni­ver­si­té John Hop­kins.

La for­mule trou­vée par le conseiller H.R. McMas­ter, le se­cré­taire à la Dé­fense James Mat­tis et le se­cré­taire d’État Rex Tiller­son est la sui­vante: le pré­sident re­fuse de cer­ti­fier que l’ac­cord est tou­jours « dans l’in­té­rêt de la sé­cu­ri­té na­tio­nale » amé­ri­caine, mais il ne dé­ment pas que l’Iran rem­plisse sa part du contrat et ne de­mande pas le ré­ta­blis­se­ment des sanc­tions le­vées en 2015. « Nous res­tons dans l’ac­cord », in­siste Tiller­son, fai­sant va­loir que le geste pré­si­den­tiel re­lève seule­ment de la loi amé­ri­caine. Cette de­mi-« dé-cer­ti­fi­ca­tion » n’en dé­clenche pas moins une pé­riode de 60 jours du­rant la­quelle le Con­grès doit dé­ci­der, ou pas, de ré­ta­blir les sanc­tions. Trump sou­haite que les élus la mettent à pro­fit pour mo­di- fier la loi de deux fa­çons : en in­tro­dui­sant des cri­tères dé­clen­chant au­to­ma­ti­que­ment des sanc­tions et en le dis­pen­sant de l’obli­ga­tion de cer­ti­fier à nou­veau.

« Clauses cré­pus­cu­laires »

Pen­dant ce temps, Wa­shing­ton compte en­rô­ler ses par­te­naires, en par­ti­cu­lier eu­ro­péens, pour for­cer l’Iran à né­go­cier un deuxième ac­cord com­blant les la­cunes du pre­mier. L’Ad­mi­nis­tra­tion Trump veut re­mé­dier aux « clauses cré­pus­cu­laires » qui lèvent plu­sieurs obli­ga­tions après 2025 ou 2031, et ou­vrir cer­taines bases mi­li­taires aux ins­pec­teurs de l’AIEA. Sur­tout, elle en­tend contraindre les ac­ti­vi­tés ba­lis­tiques de l’Iran (tests de mis­siles) et en­di­guer son ex­pan­sion­nisme ré­gio­nal «qui cherche à éta­blir un pont jus­qu’en Sy­rie et au Li­ban ». À ce titre, les gar­diens de la ré­vo­lu­tion sont par­ti­cu­liè­re­ment dans le col­li­ma­teur du pré­sident, « l’arme pri­vi­lé­giée du lea­der su­prême Ali Kha­me­nei pour faire de l’Iran un État voyou, ac­cuse-t-il. Sous Kha­me­nei, l’Iran ex­porte la vio­lence, dé­sta­bi­lise ses voi­sins, sou­tient le ter­ro­risme, op­prime son peuple, truque les élec­tions… »

Cette ani­mo­si­té est jus­ti­fiée par le com­por­te­ment du ré­gime des mol­lahs, son rôle « dans la pro­li­fé­ra­tion » ba­lis­tique, son « sou­tien ma­té­riel et fi­nan­cier au ter­ro­risme » via le Hez­bol­lah, li­ba­nais, le Ha­mas pa­les­ti­nien et les hou­thistes du Yé­men, son ap­pui « aux atro­ci­tés du ré­gime d’As­sad» en Sy­rie, son «hos­ti­li­té conti­nuelle à Is­raël », ses «me­naces sur la na­vi­ga­tion » dans le dé­troit d’Or­muz, « ses cy­be­rat­taques et ses vio­la­tions des droits de l’homme». Elle cor­res­pond au tro­pisme pro-is­raé­lien de Trump et à ses connexions d’af­faires dans les mo­nar­chies sun­nites du Golfe. Elle s’ex­plique aus­si par l’amer­tume de ses gé­né­raux, qui ont tous ser­vi en Irak et

se la­mentent de voir Té­hé­ran re­cueillir les fruits po­li­tiques de leurs cam­pagnes. Mat­tis ne cache pas son res­sen­ti­ment, mais il ne veut pas « avoir un Iran nu­cléaire sur les bras en plus de la Co­rée du Nord ».

Le pré­sident a donc re­non­cé à son sou­hait de dé­si­gner les gar­diens de la ré­vo­lu­tion comme « or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste », une ligne rouge pour Té­hé­ran. Il se con­tente pour l’heure de « sanc­tions ci­blées » contre des « in­di­vi­dus et en­ti­tés» à dé­fi­nir. Tiller­son évoque « les com­plexi­tés d’in­cri­mi­ner une ar­mée en­tière, avec la­quelle nos troupes pour­raient en­trer en con­tact sur le champ de ba­taille». Les par­ti­sans de la di­plo­ma­tie se ré­joui­ront que les me­sures ne soient pas à la hau­teur des re­proches. Mais le fra­gile équi­libre main­te­nu par la Mai­son-Blanche peut vo­ler en éclats si le Con­grès im­pose uni­la­té­ra­le­ment de nou­velles contraintes à l’Iran sous peine de sanc­tions.

KE­VIN LAMARQUE/REU­TERS

Lors de son dis­cours, ven­dre­di à la Mai­sonB­lanche, le pré­sident amé­ri­cain a an­non­cé « une stra­té­gie glo­bale » pour « neu­tra­li­ser l’in­fluence dé­sta­bi­li­sa­trice de l’Iran et conte­nir son agres­sion ».

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