POUR LE PHI­LO­SOPHE PIERRE MANENT, « NOUS DE­VONS SOR­TIR DE L’ÉTAT DE TRANSE EN­VERS L’AL­LE­MAGNE »

Le Figaro - - LA UNE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR GUILLAUME PER­RAULT @GuilPer­rault

LE FI­GA­RO. - Quelle est votre ap­pré­cia­tion sur le dé­but du quin­quen­nat d’Em­ma­nuel Ma­cron et la phi­lo­so­phie qui ins­pire son ac­tion ? Pierre MANENT. - Comme tout le monde j’ai été im­pres­sion­né par l’éner­gie avec la­quelle Em­ma­nuel Ma­cron s’est sai­si des rênes, et par l’as­su­rance avec la­quelle il a pris sa place sur la scène in­ter­na­tio­nale. Il avait fait montre de cette éner­gie et de cette as­su­rance, ain­si que d’un re­mar­quable sens tac­tique, dans sa dé­marche de conquête du pou­voir. Sur la base de quelle phi­lo­so­phie ? Re­gar­dons sim­ple­ment ses ac­tions. En se dé­ta­chant os­ten­si­ble­ment de la droite et de la gauche, Em­ma­nuel Ma­cron s’était éman­ci­pé des ré­fé­rences col­lec­tives qui don­naient sens à l’une et à l’autre, la na­tion dans le cas de la droite, le peuple des tra­vailleurs ou des hu­mi­liés et des of­fen­sés dans le cas de la gauche. Il put le faire d’au­tant plus ai­sé­ment que le par­ti de droite avait de­puis long­temps aban­don­né tout ef­fort sé­rieux vers l’in­dé­pen­dance na­tio­nale, et que le Par­ti so­cia­liste ne sa­vait plus quel sens don­ner au so­cia­lisme. Bref, le par­ti gaul­liste n’étant plus gaul­liste et le Par­ti so­cia­liste n’étant plus so­cia­liste, Em­ma­nuel Ma­cron n’avait plus qu’à mettre en mu­sique le pro­gramme « li­bé­ral et eu­ro­péen » que la droite et la gauche de gou­ver­ne­ment par­tagent en fait de­puis 1983. Cette dé­marche était d’au­tant plus op­por­tune qu’elle fai­sait de En marche ! le contraire ex­quis du Front na­tio­nal qui, quant à lui, pré­ten­dait re­pré­sen­ter à lui seul les deux peuples, ce­lui de gauche comme ce­lui de droite. Dès lors, il n’y avait plus de dé­bat po­li­tique, comme on le vit au se­cond tour. Il n’y avait plus qu’un can­di­dat éli­gible contre une can­di­date in­éli­gible. Le pays ac­cueillit le ré­sul­tat avec sou­la­ge­ment, et prit plai­sir au ré­ta­blis­se­ment des signes du pou­voir. Je crois ce­pen­dant que le fos­sé entre les ci­toyens et la classe po­li­tique en voie de dé­com­po­si­tion-re­com­po­si­tion, ou l’in­verse, est aus­si large et pro­fond au­jourd’hui qu’hier.

Le pré­sident a pour­tant pro­non­cé ré­cem­ment un dis­cours qui se veut fon­da­teur sur l’Union eu­ro­péenne. Quel re­gard por­tez-vous sur son ini­tia­tive et ses pré­co­ni­sa­tions ? J’ai lu le dis­cours du pré­sident avec soin. Il me semble si­gni­fier le contraire du re­nou­vel­le­ment qu’il pro­met. D’abord par la forme et le ton : il en­tre­mêle constam­ment les dé­cla­ma­tions usuelles et usées sur les choses mi­ro­bo­lantes que nous al­lons faire grâce à l’Eu­rope avec une agres­si­vi­té constante contre «ceux qui dé­testent l’Eu­rope», «ceux qui n’ont pas d’idées», les « fri­leux », les « na­tio­na­listes » et « obs­cu­ran­tistes ». Ce­lui qui nous parle ain­si ne pré­pare pas so­bre­ment les condi­tions du suc­cès, il donne les noms de ceux à qui il re­pro­che­ra son échec. Le dis­cours com­porte pour­tant sa mi­nute d’ob­jec­ti­vi­té, lors­qu’Em­ma­nuel Ma­cron ex­plique sans s’in­di­gner pour­quoi les Bri­tan­niques ont vo­té pour le Brexit et les Amé­ri­cains pour Do­nald Trump. Ain­si ceux contre qui il épuise le dic­tion­naire de la ré­pro­ba­tion peuvent avoir si­non rai­son du moins leurs rai­sons. Il fal­lait par­tir de là. De­puis vingt ou trente ans, le « par­ti eu­ro­péen» a tous les pou­voirs en Eu­rope. Il a ef­fi­ca­ce­ment dis­cré­di­té tous ceux qui cri­tiquent la ma­nière dont il conduit la « construc­tion eu­ro­péenne » comme des en­ne­mis de l’Eu­rope dé­vo­rés de « pas­sions tristes ». Il a ef­fron­té­ment re­fu­sé de te­nir le moindre compte des deux ré­fé­ren­dums te­nus en 2005 dans deux des pays fon­da­teurs de l’Union eu­ro­péenne. Si l’Union eu­ro­péenne au­jourd’hui est in­ca­pable de toute ac­tion un peu vi­gou­reuse ou si­gni­fi­ca­tive, ce «par­ti eu­ro­péen» en porte seul la res­pon­sa­bi­li­té. La cause de son échec est simple : la dé­marche sui­vie fut contraire à tout bon sens po­li­tique. Dès lors qu’on se re­fu­sait à fon­der des États-Unis d’Eu­rope comme les États-Unis d’Amé­rique avaient été fon­dés, par une consti­tu­tion fé­dé­rale or­ga­ni­sant des pou­voirs com­muns, dès lors donc que les na­tions eu­ro­péennes étaient les agents de l’en­tre­prise, il était vain d’agir comme si l’Eu­rope pou­vait de­ve­nir une ré­pu­blique fé­dé­rale, comme si l’em­pi­le­ment d’ins­ti­tu­tions com­munes al­lait fi­nir par pro­duire au terme du pro­ces­sus ce que l’on avait re­fu­sé par prin­cipe au com­men­ce­ment. Le pré­sident pro­pose une « avant-garde », elle-même en­traî­née par un « couple ». C’est conti­nuer dans la voie fa­tale : nous mul­ti­plions les liens qui, au lieu de nous unir, nous di­visent. Il y a dé­jà la zone eu­ro et les autres. Il y au­rait donc dans la zone eu­ro l’avant-garde et les autres. Et sans doute, dans l’avant-garde, le « couple » et les autres. J’ai bien peur qu’il n’y ait dé­jà, dans le couple, l’un et l’autre. Les as­so­cia­tions par­ti­cu­lières entre deux ou plu­sieurs pays sont par­fai­te­ment rai­son­nables mais à condi­tion pré­ci­sé­ment qu’elles ne com­portent au­cune es­pèce d’ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion « eu­ro­péenne», à condi­tion donc qu’elles se fassent sur la base de co­opé­ra­tions entre na­tions, en­core une fois les seuls agents lé­gi­times et viables de la construc­tion eu­ro­péenne. Nous dé­pen­sons beau­coup d’ef­forts in­utiles pour faire sem­blant de faire «au ni­veau eu­ro­péen» ce que nous pour­rions faire réel­le­ment en ac­cep­tant de res­ter «au ni­veau» des na­tions eu­ro­péennes. Em­ma­nuel Ma­cron re­lève jus­te­ment dans son dis­cours que l’Eu­rope au­jourd’hui est ex­po­sée au monde, que les digues na­guère pro­tec­trices ne la pro­tègent plus. De fait, la pres­sion russe à l’est, la conduite er­ra­tique de la Tur­quie au sud-est, les ef­fon­dre­ments au Proche-Orient, les mi­gra­tions, les in­cer­ti­tudes sur la fia­bi­li­té de l’en­ga­ge­ment amé­ri­cain en Eu­rope, tous ces fac­teurs et d’autres, comme la ful­gu­rante mon­tée en puis­sance de la Chine, obligent ou de­vraient obli­ger l’Eu­rope à se dé­fendre elle-même et ain­si à se dé­fi­nir. Cette dé­marche ne peut se faire que sur la base des réa­li­tés eu­ro­péennes, c’est-à-dire des na­tions qui ont cha­cune leur ca­rac­tère na­tio­nal, leur ex­pé­rience his­to­rique propre, et que les me­naces pré­sentes in­citent à ras­sem­bler leurs forces. Or, tout en cé­lé­brant « la di­ver­si­té qui fait la ri­chesse de l’Eu­rope», on fait un usage très par­tial de la ré­fé­rence aux « va­leurs eu­ro­péennes», qui ne si­gni­fient plus au­jourd’hui que les droits illi­mi­tés de l’in­di­vi­du sans at­tache. On ne ren­force ni la puis­sance ni la lé­gi­ti­mi­té de l’Union eu­ro­péenne en met­tant pour ain­si dire sous sur­veillance des na­tions dont l’at­ta- che­ment à leurs moeurs tra­di­tion­nelles choque notre in­di­vi­dua­lisme sans ri­vage. C’est ain­si que le pré­sident Ma­cron a trai­té ré­cem­ment avec au­tant d’in­jus­tice que d’in­so­lence une na­tion aus­si vi­gou­reuse et cou­ra­geuse que la Po­logne à la­quelle l’Eu­rope réelle doit tant.

Le rap­port de la France avec l’Al­le­magne, la ques­tion de la sou­ve­rai­ne­té et de l’in­ter­dé­pen­dance ne risquent-ils pas de de­ve­nir des su­jets lan­ci­nants dans les an­nées qui viennent ? La re­la­tion que les Fran­çais ont nouée avec l’Al­le­magne dans la der­nière pé­riode est vrai­ment étrange. Ils tiennent ab­so­lu­ment à épou­ser l’Al­le­magne. Les Al­le­mands sont très cour­tois, mais ils nous avaient si­gni­fié très clai­re­ment, dès le len­de­main de la si­gna­ture du trai­té de l’Ély­sée, qu’ils n’étaient pas in­té­res­sés par ce ma­riage. Le 15 juin 1963, le Bun­des­tag ne ra­ti­fia le trai­té qu’après avoir vo­té un pré­am­bule qui sou­li­gnait, avec une net­te­té et une ex­haus­ti­vi­té presque bles­santes, que le trai­té n’au­rait au­cun ef­fet d’au­cune sorte sur au­cun des prin­cipes de la po­li­tique al­le­mande. Nous conti­nuons pour­tant de par­ler de ce trai­té comme du temps bé­nit de nos fian­çailles. Il n’y a ja­mais eu de couple fran­co-al­le­mand. Il y a eu une ré­con­ci­lia­tion fran­coal­le­mande qui a été conduite de ma­nière à la fois po­li­ti­que­ment ju­di­cieuse et hu­mai­ne­ment noble. Il est lé­gi­time d’y voir un des mo­ments les plus si­gni­fi­ca­tifs de la for­ma­tion de l’ami­tié eu­ro­péenne. Dans cette dé­marche où la com­po­sante chré­tienne fut pré­sente des deux cô­tés, les deux pro­ta­go­nistes ne ces­sèrent pas d’être deux na­tions gui­dées par leurs in­té­rêts res­pec­tifs et le sou­ci de leur li­ber­té d’ac­tion. L’Al­le­magne se trouve au­jourd’hui dans la si­tua­tion na­tio­nale la plus fa­vo­rable où elle se soit ja­mais trou­vée. Elle exerce sur l’en­semble eu­ro­péen une hé­gé­mo­nie qui est ac­cep­tée et sou­vent ap­pré­ciée par les autres États. L’or­don­nan­ce­ment du dis­po­si­tif eu­ro­péen concré­tise, pro­tège et voile agréa­ble­ment cette hé­gé­mo­nie. Au nom de l’in­té­rêt gé­né­ral eu­ro­péen, l’Al­le­magne a per­sua­dé ses par­te­naires de su­bir do­ci­le­ment les consé­quences d’une po­li­tique sys­té­ma­ti­que­ment mer­can­ti­liste qui, comme toute po­li­tique mer­can­ti­liste, vise à ob­te­nir et aug­men­ter des avan­tages uni­la­té­raux. À par­tir de 1998, le gou­ver­ne­ment rouge-vert for­ça les syn­di­cats à ac­cep­ter une baisse des sa­laires, en tout cas une hausse in­fé­rieure à celle de la pro­duc­ti­vi­té. Dix ans après, avec l’ar­ri­mage des pays à bas coûts d’Eu­rope du centre-est à la chaîne de pro­duc­tion al­le­mande, l’avan­tage des prix et des coûts al­le­mands était de­ve­nu in­sur­mon­table. Il était for­ti­fié par la mon­naie unique qui, avan­ta­geu­se­ment sous-éva­luée pour l’Al­le­magne, se trou­vait dom­ma­gea­ble­ment sur­éva­luée pour ses par­te­naires. On peut fé­li­ci­ter l’Al­le­magne pour la ma­nière dont elle a mé­tho­di­que­ment joué ses cartes, tout en per­sua­dant ses par­te­naires que les ré­sul­tats de sa po­li­tique ne fai­saient que ré­com­pen­ser ses ver­tus. «Juste» aux yeux de l’Al­le­magne, la si­tua­tion pré­sente re­lève pour nous d’un « droit du plus fort » dont nous ne pou­vons du­ra­ble­ment nous ac­com­mo­der. Si l’Al­le­magne ne peut rien rê­ver de mieux que la conti­nua­tion du sta­tu quo, celle-ci nous condam­ne­rait à la vas­sa­li­sa­tion éco­no­mique, po­li­tique et in­tel­lec­tuelle. Or il semble que le seul dé­sir des gou­ver­ne­ments fran­çais suc­ces­sifs soit de se fau­fi­ler comme le co­di­rec­teur d’une en­tre­prise dont le vé­ri­table di­rec­teur est connu de cha­cun ! C’est un manque de mo­des­tie en même temps qu’un manque de fier­té. Il est sou­hai­table que nous condui­sions le plus pos­sible d’ac­tions com­munes avec les Al­le­mands, comme avec les Ita­liens ou les autres na­tions eu­ro­péennes, mais nous de­vons sor­tir de cet état de transe amou­reuse qui nous pa­ra­lyse. Il faut ajou­ter que dans la der­nière pé­riode l’Al­le­magne a si­gna­lé de toutes les fa­çons qu’elle n’en­ten­dait pas re­non­cer à la plé­ni­tude de son exis­tence na­tio­nale. La Cour consti­tu­tion­nelle de Karls­ruhe a ré­af­fir­mé en 2009 la sou­ve­rai­ne­té du Par­le­ment al­le­mand dans une Union eu­ro­péenne dé­fi­nie comme un « grou­pe­ment d’États » sou­ve­rains. An­ge­la Mer­kel a pris sou­ve­rai­ne­ment et seule des dé­ci­sions po­li­tiques ma­jeures qui af­fec­taient di­rec­te­ment la vie de tous ses par­te­naires eu­ro­péens en sor­tant bru­ta­le­ment du nu­cléaire d’abord, puis en ou­vrant les fron­tières aux mi­grants à l’été 2015. La vie de l’Eu­rope reste dé­ter­mi­née par les dé­ci­sions, bonnes ou mau­vaises, des na­tions qui la consti­tuent.

Les or­don­nances ré­for­mant le droit du tra­vail dans l’es­poir de fa­vo­ri­ser l’em­ploi re­pré­sentent-elles une ré­vo­lu­tion ou une simple in­flexion ? Je ne crois pas que l’ar­gu­men­taire «li­bé­ral » soit au­jourd’hui spé­cia­le­ment per­ti­nent. En tout cas il n’est pas suf­fi­sant. Les pro­blèmes so­ciaux et mo­raux ma­jeurs de notre pays ne se­ront qu’à peine tou­chés par la ré­forme du Code du tra­vail, même en sup­po­sant celle-ci en­tiè­re­ment ju­di­cieuse. La ré­as­so­cia­tion de la so­cié­té fran­çaise ré­clame plus et autre chose que des in­ci­ta­tions plus mo­ti­vantes pour les agents in­di­vi­duels. Les groupes qui or­ga­ni­saient ré­cem­ment en­core le pay­sage so­cial ont lar­ge­ment dis­pa­ru. Ils n’ont plus la «masse cri­tique». C’est vrai bien sûr des pay­sans, c’est vrai aus­si des ou­vriers de l’in­dus­trie. En per­dant le nombre et la force, on perd l’es­time de soi et le res­pect des autres. Au­cune ap­par­te­nance col­lec­tive ne vient com­pen­ser ou cor­ri­ger les du­re­tés de la ma­chine so­ciale lorsque l’ap­par­te­nance na­tio­nale elle-même n’est plus aux yeux de l’opi­nion gou­ver­nante qu’une en­com­brante vieille­rie. Cha­cun alors est ren­voyé à ses pos­si­bi­li­tés et per­for­mances in­di­vi­duelles, aux chances et à la confiance qu’il s’ac­corde et qu’on lui ac­corde. La so­cié­té se di­vise sim­ple­ment entre les « ga­gnants » et les « per­dants », di­vi­sion au­jourd’hui cé­lé­brée avec une naï­ve­té cruelle aux plus hauts éche­lons de l’État. Si la ten­dance ac­tuelle se confirme, le gou­ver­ne­ment de notre pays au­ra pour seul res­sort ef­fec­tif, pour seul ap­pui sin­cère ce mé­pris de classe qui au­jourd’hui pé­nètre et glace toute la vie na­tio­nale.

« On ne ren­force ni la puis­sance ni la lé­gi­ti­mi­té de l’Union eu­ro­péenne en met­tant sous sur­veillance des na­tions dont l’at­ta­che­ment à leurs moeurs tra­di­tion­nelles choque ri­vage» notre in­di­vi­dua­lisme sans

La crise mi­gra­toire conti­nue. Le pape Fran­çois a ap­pe­lé à un ac­cueil gé­né­ral de tous les de­man­deurs d’asile, sans res­tric­tion, et à leur ins­tal­la­tion dé­fi­ni­tive en Eu­rope. Puis il a pa­ru faire ma­chine ar­rière. Que pen­ser de ses dé­cla­ra­tions contra­dic­toires ? Des êtres hu­mains en nombre crois­sant veulent ve­nir vivre pro­vi­soi­re­ment ou du­ra­ble­ment dans les pays eu­ro­péens. Que faire ? Nous de­vons dis­tin­guer ri­gou­reu­se­ment entre la de­mande de se­cours et la de­mande d’ac­cès à la na­tio­na­li­té. On porte se­cours à ce­lui dont la vie est en dan­ger, et toute dis­cri­mi­na­tion dans ce cas est in­juste et odieuse. Mais c’est à la na­tion qui ac­cueille de dé­ci­der si et à quelles condi­tions elle ac­cepte la can­di­da­ture de ce­lui qui veut y de­ve­nir ci­toyen. Il n’y a pas de droit de l’homme à de­ve­nir ci­toyen du pays de son choix. Une par­tie consi­dé­rable de l’opi­nion de nos pays s’est convain­cue du contraire. Si un tel droit avait été re­con­nu dans le pas­sé, ja­mais les na­tions eu­ro­péennes n’au­raient été construites et les mi­grants n’au­raient pas où al­ler. En at­tri­buant des droits illi­mi­tés aux in­di­vi­dus dé­ta­chés et en re­strei­gnant ceux des com­mu­nau­tés ins­ti­tuées, on se rend aveugle au long ef­fort d’édu­ca­tion que ré­clame la for­ma­tion d’une com­mu­nau­té hu­maine viable. Nous sou­hai­tons la po­li­tique d’ac­cueil la plus gé­né­reuse pos­sible, mais le soin de nos com­mu­nau­tés est notre pre­mier de­voir de ci­toyens. Ne nous croyons pas obli­gés de dé­rai­son­ner pour prou­ver notre hu­ma­ni­té !

« Il n’y a ja­mais eu de couple fran­coal­le­mand. Il y a eu une ré­con­ci­lia­tion fran­co-al­le­mande. L’Al­le­magne a si­gna­lé de toutes les fa­çons qu’elle n’en­ten­dait pas re­non­cer à la plé­ni­tude na­tio­nale» de son exis­tence

Les Mé­ta­mor­phoses de la ci­té. Es­sai sur la dy­na­mique de l’Oc­ci­dent de Pierre Manent CHAMPS ES­SAIS FLAM­MA­RION, 2012, 432 P., 11 €.

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