Ri­chard Fer­rand : « J’ai vé­cu une épreuve que je ne sou­haite à per­sonne »

In­no­cen­té des soup­çons de fa­vo­ri­tisme et de conflit d’in­té­rêts qui pe­saient sur lui, le pa­tron des dé­pu­tés LREM se confie au « Fi­ga­ro ».

Le Figaro - - LA UNE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR AR­THUR BERDAH @ar­thur­ber­dah

LREM Ri­chard Fer­rand est dé­pu­té du Fi­nis­tère et pré­sident du groupe La Ré­pu­blique en marche à l’As­sem­blée.

LE FI­GA­RO. - Vous ve­nez d’être in­no­cen­té par la jus­tice. Quelle est votre pre­mière ré­ac­tion ? Ri­chard FER­RAND. - La jus­tice a en­quê­té, la jus­tice a tran­ché : je suis in­no­cent de la moindre in­frac­tion, et la­vé de tous soup­çons. Je ne me suis dé­ro­bé à rien : j’ai don­né toutes les ex­pli­ca­tions, four­ni tous les do­cu­ments, ré­pon­du à toutes les con­vo­ca­tions et toutes les de­mandes de ren­sei­gne­ments. Mes proches, mes an­ciens col­lègues de tra­vail, mes an­ciens em­ployeurs… Ils ont tous été en­ten­dus. Au­jourd’hui, je re­trouve toute ma li­ber­té d’es­prit, parce que les soup­çons de mal­hon­nê­te­té qui pe­saient sur moi sont dé­fi­ni­ti­ve­ment le­vés. Cette his­toire a du­ré quatre mois et de­mi, elle est main­te­nant der­rière moi.

Avez-vous été hu­mai­ne­ment af­fec­té par ce que vous avez vé­cu ? J’ai tout su­bi. Les unes de cer­tains jour­naux, les com­men­taires in­fa­mants et ca­lom­nieux, les in­sultes dans la rue et dans le train, et au pre­mier plan les souf­frances de ma com­pagne et de mes en­fants… Et la dou­leur in­time d’être pré­sen­té comme un homme mal­hon­nête et in­sin­cère. J’ai vé­cu une épreuve que je ne sou­haite à per­sonne.

Con­si­dé­rez-vous avoir été suf­fi­sam­ment sou­te­nu par votre camp ? J’ai beau­coup su­bi, mais j’ai éga­le­ment beau­coup re­çu : la confiance des élec­teurs du Fi­nis­tère, mal­gré le poi­son du soup­çon; la confiance ja­mais ébran­lée de mes amis; la confiance et l’ami­tié du pré­sident de la Ré­pu­blique et de Mme Ma­cron; et la confiance de mes col­lègues du groupe par­le­men­taire que je pré­side, ain­si que celle de mes col­la­bo­ra­teurs. Je n’ai per­çu au­cune dé­faillance, au contraire.

La jus­tice vous a in­no­cen­té, mais vous sen­tez-vous mo­ra­le­ment ir­ré­pro­chable ? J’ai tou­jours dit que je n’avais rien com­mis d’illé­gal ni d’im­mo­ral. Je consi­dère que les termes de la dé­ci­sion du pro­cu­reur de la Ré­pu­blique sont clairs, et que le sou­tien que j’ai re­çu de la part des sa­la­riés que j’ai di­ri­gés pen­dant vingt ans dans mon an­cienne en­tre­prise, ain­si que le sou­tien du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion de l’en­tre­prise qui m’em­ployait, prouvent que j’ai tou­jours - et d’abord - por­té l’in­té­rêt de l’en­tre­prise avant tout autre.

Votre ges­tion du groupe LREM a fait l’ob­jet de nom­breuses cri­tiques ces der­niers mois. Al­lez-vous re­prendre le groupe en main ? Il faut tou­jours en­tendre les ap­pré­cia­tions por­tées par les uns et par les autres, et ne pas être fer­mé. For­cé­ment, quand on se rode et quand on dé­couvre une nou­velle fonc­tion, on donne l’im­pres­sion de tâ­ton­ner. Mais si je re­garde la quan­ti­té et la qua­li­té de la pro­duc­tion lé­gis­la­tive de notre groupe - no­tam­ment lors de la ses­sion ex­tra­or­di­naire de cet été -, le ré­sul­tat est bon. Je crois qu’il faut que l’on soit ju­gé à l’aune de notre tra­vail, de son vo­lume et de sa per­ti­nence. Et sur ce ter­rain-là, je ne crains pas les cri­tiques.

Vous sen­tez-vous prêt à re­ve­nir au pre­mier plan po­li­tique ? Je n’ai ja­mais eu le sen­ti­ment de l’avoir quit­té, même s’il est vrai que je me suis moins ex­po­sé mé­dia­ti­que­ment. Si je de­vais prendre une mé­ta­phore ma­ri­time, je di­rais qu’il fal­lait d’abord que je me com­porte comme le chef mé­ca­ni­cien dans la soute, avant d’être le com­man­dant de na­vire sur la pas­se­relle. Mais, de fac­to, je suis dé­sor­mais plus libre de par­ler à nou­veau de l’ave­nir de notre pays.

Êtes-vous ten­té par un re­tour au gou­ver­ne­ment ? Je suis en­ga­gé en po­li­tique de­puis mes 18 ans, et je n’ai ja­mais cher­ché de place. Je me consi­dère comme étant au ser­vice du pays et du pré­sident de la Ré­pu­blique, et je veux être utile là où on pense que je peux l’être le plus. À l’heure ac­tuelle, j’ai le sen­ti­ment de ser­vir à la fois mon pays et le pro­jet por­té par le pré­sident de la Ré­pu­blique. Je ne cours après rien. Je veux que le pays réus­sisse, c’est tout ce qui m’anime. De­puis l’élec­tion d’Em­ma­nuel Ma­cron, En marche ! peine à exis­ter sur la scène po­li­tique. Vous en avez été le pre­mier se­cré­taire gé­né­ral… Pour­riez-vous en re­de­ve­nir le pa­tron ? Non, je ne suis pas can­di­dat à la pré­si­dence d’En marche!. Mais on peut être très utile sans être le pre­mier des res­pon­sables ! D’une fa­çon ou d’une autre, je par­ti­ci­pe­rai à la vie du mou­ve­ment, je pren­drai ma part, et je se­rai là pour don­ner un coup de main. L’es­prit d’En marche! fait qu’il y a tou­jours eu une col­lé­gia­li­té in­for­melle, et ce­lui ou celle qui se­ra élu à la pré­si­dence du par­ti por­te­ra for­cé­ment cet es­prit.

Avez-vous une pré­fé­rence pour un can­di­dat ? Je ne connais pas les can­di­dats. Nous ver­rons bien qui est le plus apte, dis­po­nible et dé­si­reux. Tous les autres l’en­tou­re­ront. Et je se­rai de ceux-là.

Son rôle se­ra aus­si de cla­ri­fier la ligne po­li­tique du mou­ve­ment. Comment dé­fi­ni­riez-vous le ma­cro­nisme ? Nous sommes là pour li­bé­rer, pro­té­ger, ras­sem­bler et dé­pas­ser les cli­vages. Voi­là ce qui ré­sume à la fois notre phi­lo­so­phie et notre po­si­tion­ne­ment po­li­tique. Mais il y a de nom­breux points sur les­quels il y a un tra­vail doc­tri­nal à faire.

Em­ma­nuel Ma­cron est sou­vent qua­li­fié de « pré­sident des riches », à cause de son lan­gage no­tam­ment. Ce­la vous pa­raît-il fon­dé ? C’est to­ta­le­ment in­jus­ti­fié ! Je crois pou­voir dire que je connais bien Em­ma­nuel Ma­cron. Sa­chez qu’il ne re­garde ni ne consi­dère per­sonne à l’aune de son ni­veau de for­tune. Il a de la consi­dé­ra­tion pour chaque ci­toyen. En re­vanche, il est vrai qu’il lui ar­rive de par­ler dru, na­ture. Et ce­la peut don­ner lieu à quelques em­bar­dées. Mais on donne à ce­la une im­por­tance dé­me­su­rée. D’ailleurs, moi aus­si je parle dru.

Est-il res­té le même de­puis son élec­tion ? C’est le même homme. Il est évi­dem­ment ha­bi­té par sa fonc­tion, dont il a une très haute concep­tion. Mais pour ce qui me concerne, nos re­la­tions sont tou­jours di­rectes, franches, et pro­fon­dé­ment ami­cales. Comme vous, Fran­çois Bay­rou a été con­traint de quit­ter le gou­ver­ne­ment sur fond d’en­nuis ju­di­ciaires. S’il est blan­chi, vous ré­joui­riez-vous de le voir re­ve­nir mal­gré vos dif­fé­rends ? La com­po­si­tion du gou­ver­ne­ment ne m’ap­par­tient pas. Tout ce que je peux dire, c’est que Fran­çois Bay­rou et moi avons un point com­mun : nous ai­mons tous les deux le rug­by. Il nous est ar­ri­vé d’avoir des en­trées en mê­lée vi­riles, mais nous avons tou­jours su avoir une troi­sième mi-temps agréable. Les ru­meurs qui disent autre chose ne sont que des ru­meurs.

FRAN­ÇOIS BOU­CHON/LE FI­GA­RO

« Je suis dé­sor­mais plus libre de par­ler à nou­veau de l’ave­nir de notre pays », se ré­jouit Ri­chard Fer­rand (ici ven­dre­di, à Rennes).

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