Vio­lences de l’ul­tra­gauche : la po­lice en alerte

Im­pli­quée dans la « chasse aux DRH », jeu­di à Pa­ris, où des voi­tures ont brû­lé, la mou­vance « contes­ta­taire » in­quiète les au­to­ri­tés.

Le Figaro - - LA UNE - CH­RIS­TOPHE CORNEVIN @ccor­ne­vin

SÉ­CU­RI­TÉ La nou­velle pous­sée de fièvre qui gagne la mou­vance « contes­ta­taire » pré­oc­cupe les au­to­ri­tés. Quatre des cinq de leurs membres, fi­gu­rant par­mi les 80 ac­ti­vistes - dont trente en­ca­gou­lés - im­pli­qués dans la «chasse aux DRH » or­ga­ni­sée jeu­di ma­tin dans le bois de Bou­logne, ont été dé­fé­rés ven­dre­di soir, le cin­quième pour­sui­vant sa garde à vue dans les lo­caux de la Sû­re­té ter­ri­to­riale de Pa­ris. Âgés, se­lon nos in­for­ma­tions, de 18 à 30 ans et pré­sen­tés comme proches des « anar­cho-au­to­nomes», ils sont soup­çon­nés d’avoir pris un rôle ac­tif dans la dé­gra­da­tion de sept voi­tures, dont trois ont été cal­ci­nées aux abords du Pré Ca­te­lan. Au to­tal, 41 in­di­vi­dus ont été in­ter­pel­lés dans le cadre de heurts pour «jets de pro­jec­tiles sur agents de la force pu­blique, port d’arme pro­hi­bé et par­ti­ci­pa­tion à un at­trou­pe­ment en étant por­teur d’une arme ». Le pré­fet de po­lice, Mi­chel Del­puech, est mon­té au cré­neau pour fus­ti­ger ces « agis­se­ments in­ad­mis­sibles dont les au­teurs de­vront ré­pondre de­vant la jus­tice».

Plus que ja­mais le ton est à la fer­me­té, comme en té­moignent les lourdes peines, al­lant jus­qu’à sept ans d’em­pri­son­ne­ment, dont viennent d’éco­per les sept « an­ti­fas » pour avoir in­cen­dié une voi­ture de po­lice, le 18 mai 2016, quai de Val­my à Pa­ris. En so­li­da­ri­té avec ces pré­ve­nus, trois en­gins de la gen­dar­me­rie, dont deux four­gons des forces mo­biles, avaient été en­flam­més dès le 19 sep­tembre au sein de la ca­serne du grou­pe­ment dé­par­te­men­tal de Li­moges. «Les gen­darmes avaient été aler­tés à 2 heures du ma­tin par l’ex­plo­sion des vitres et des pneus », ex­plique un of­fi­cier. L’ac­tion a été re­ven­di­quée par la « R.A.G.E » (Ré­volte anar­chiste des gen­darmes exi­lés) et «So­li­da­ri­té in­cen­diaire ». Deux jours plus tard, 40 en­gins étaient la proie des flammes dans un ate­lier de la gen­dar­me­rie à Gre­noble. Cette fois, tou­jours via la pla­te­forme In­dy­mé­dia, l’équi­pée avait été re­ven­di­quée par le mys­té­rieux groupe des « Noc­turnes ».

Sur le qui-vive

De­puis lors, les forces de l’ordre sont sur le qui-vive puisque d’autres cibles, dont des bâ­ti­ments mu­ni­ci­paux et du mi­nis­tère de l’In­té­rieur ain­si que des en­tre­prises de té­lé­com­mu­ni­ca­tions, pour­raient de­ve­nir l’ob­jet d’at­taques. « Même s’ils sont moins mo­bi­li­sés qu’au mo­ment de la loi El Khom­ri, où un mil­lier d’ac­ti­vistes étaient re­cen­sés à tra­vers le pays, les mi­li­tants de l’ul­tra-gauche et des anar­cho-au­to­nome cherchent à dur­cir le cli­mat », ex­plique un res­pon­sable po­li­cier.

Ai­guillon­nés, se­lon les ser­vices spé­cia­li­sés, par le Mou­ve­ment in­ter luttes in­dé­pen­dant (MILI) et l’Ac­tion an­ti­fas­ciste (AFA) Pa­ris-Ban­lieue, jus­qu’à 200 « ir­ré­duc­tibles » se sont dé­ployés en for­ma­tion « black­bloc » en tête des cor­tèges contre la ré­forme du Code du tra­vail. « Au­tour d’un “noyau dur” d’une qua­ran­taine de per­sonnes, dont quelques filles n’hé­si­tant pas à al­ler au con­tact des forces mo­biles, s’agrège de la « chair molle » com­po­sée d’étu­diants, de tra­vailleurs so­ciaux ou d’en­sei­gnants qui viennent en ma­nif comme à un concert : pour trou­ver une fa­çon d’exis­ter », dé­crypte un tech­ni­cien. Vo­mis­sant Jean-Luc Mé­len­chon, qu’ils as­si­milent à un pur pro­duit du « sys­tème », mais aus­si les syn­di­cats tra­di­tion­nels, dont ils traitent vo­lon­tiers les ser­vices d’ordre de « col­la­bos », ces mi­li­tants vê­tus de noir rêvent à la « conver­gence des luttes » pré­fi­gu­rant le « grand soir ».

Ayant comme livre de che­vet le der­nier opus du Co­mi­té in­vi­sible, in­ti­tu­lé Main­te­nant et ré­pon­dant au slo­gan « sia­mo tut­ti an­ti­fas­cis­ti » par de ca­rac­té­ris­tiques cla­que­ments de mains, les plus ra­di­caux s’or­ga­ni­se­raient de plus en plus sur le mo­dèle des « black­blocs » al­le­mands. Outre-Rhin, où ils com­mu­niquent via Te­le­gram mais aus­si des comptes Twit­ter en plu­sieurs langues, ces der­niers sont mon­tés en gamme de­puis la mise en place d’« ac­tion maps », de « street me­dics » et de « le­gal teams ». Une pro­fes­sion­na­li­sa­tion de la contes­ta­tion sur la­quelle planchent dé­jà les stra­tèges de l’ordre pu­blic.

STE­FAN ETCHEVERRY

Plu­sieurs vé­hi­cules ont été in­cen­diés, jeu­di, pen­dant une réunion de DRH aux abords du Pré Ca­te­lan, dans le bois de Bou­logne, à Pa­ris.

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