À Nantes, les par­ti­sans du pro­jet d’aé­ro­port ma­ni­festent

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - A. N.

ARBORANT tee-shirts et ban­de­roles bar­rés du slo­gan - « notre-drame-des-Landes : non à la vic­toire des za­distes contre la dé­mo­cra­tie » - les ri­ve­rains de l’aé­ro­port ac­tuel, ce­lui de Nantes-At­lan­tique, fa­vo­rables au pro­jet de trans­fert de l’ac­ti­vi­té au nord de la ville, ont dé­ci­dé de ma­ni­fes­ter. Ce sa­me­di ma­tin, plu­sieurs cen­taines d’entre eux, ac­com­pa­gnés d’élus, se ras­semblent pour ex­pri­mer, une fois de plus, leurs craintes au­tour de ce dos­sier in­ter­mi­nable et dont chaque nou­velle étape fait mon­ter d’un cran l’in­quié­tude. De­puis que le gou­ver­ne­ment a lan­cé en sep­tembre der­nier une mis­sion de mé­dia­tion pour, se­lon la feuille de route, « en­vi­sa­ger des so­lu­tions (…) dans un dia­logue apai­sé », ces ri­ve­rains, eux, ne sont plus du tout apai­sés. Tous les si­gnaux qui leur sont au­jourd’hui adres­sés orientent, se­lon eux, le dos­sier vers la piste du re­non­ce­ment au pro­jet.

Ain­si de­puis le dé­but, tous dé­noncent la no­mi­na­tion de deux des trois mé­dia­teurs, connus pour être, di­sen­tils, des op­po­sants au pro­jet d’un nou­vel aé­ro­port à Notre-Dame-des-Landes. Tous en­core cri­tiquent le tra­vail de ce trio qui cherche sur­tout, as­su­ren­tils, à jus­ti­fier l’amé­na­ge­ment de l’ac­tuelle in­fra­struc­ture nan­taise. Et ce­rise sur le gâ­teau, cette mé­dia­tion a fait ap­pel, pour des études com­plé­men­taires, à la so­cié­té Car­bone 4 dont les di­ri­geants, membres de la fon­da­tion Hu­lot, se­lon eux, sont par ailleurs clai­re­ment op­po­sés à la fu­ture réa­li­sa­tion.

Du coup, c’est de­vant le hall de l’aé­ro­port de Nantes-At­lan­tique que les ha­bi­tants ont fait le choix de se réunir. La date ne doit rien au ha­sard. Sans les za­distes qui oc­cupent de­puis huit ans le site de Notre-Dame-des-Landes, où le fu­tur aé­ro­port est donc pré­vu, le pre­mier avion au­rait dû en dé­col­ler ces jours-ci. « La date n’était pas clai­re­ment ca­lée, mais Vin­ci, qui avait ob­te­nu la construc­tion de ce nou­vel ou­vrage, au­rait dû avoir fi­ni cette an­née les tra­vaux et on au­rait dû en ce mo­ment as­sis­ter au pre­mier vol », re­late Marc, l’un des ri­ve­rains et par ailleurs membre de Coceta, l’une des trois as­so­cia­tions his­to­riques, fa­vo­rables au trans­fert. Avec Des ailes pour l’Ouest et Ac­san, ces trois struc­tures qui croisent le fer à dis­tance avec les za­distes sont tout na­tu­rel­le­ment ce sa­me­di au cô­té des ri­ve­rains.

Mais au lieu d’un pre­mier vol inau­gu­ral à Notre-Dame-des-Landes, à 20 ki­lo­mètres au nord de Nantes, c’est l’im­mo­bi­lisme. Dans cette guerre de tran­chées qui dure de­puis des an­nées entre les deux camps ad­verses, les za­distes, vent de­bout contre le nou­vel aé­ro­port, main­tiennent leurs po­si­tions. Ils oc­cupent ces quelque 1 665 hec­tares de bo­cage nan­tais, où Vin­ci n’a guère pu com­men­cer ses tra­vaux. Cam­pant dans des tentes, des ba­ra­que­ments, des ca­ra­vanes mais aus­si vi­vant dans des ha­bi­ta­tions qu’ils ont eux-mêmes construites, 200 à 300 za­distes font tou­jours le siège. « Il y a bien un peu moins de monde qu’en été, mais ils sont bel et bien pré­sents et font tou­jours leur pain cinq jours par se­mai- ne ! Et tout se passe bien », lance Mar­cel Thé­bault, l’un des ex­ploi­tants agri­coles, ins­tal­lé sur place et qui lutte lui aus­si contre le trans­fert.

Face à ce camp re­tran­ché, les ri­ve­rains de l’aé­ro­port ac­tuel se disent qu’ils n’en fi­ni­ront ja­mais avec le bruit des avions. « Les mé­dia­teurs s’oc­cupent da­van­tage des ba­tra­ciens du lac de Grand Lieu qui jouxte l’aé­ro­port que de la san­té des ha­bi­tants », lance Marc. Pour­tant, l’ex­po­si­tion au bruit qui touche 42 000 per­sonnes de­vrait, se­lon lui, être en prio­ri­té prise en compte. « Mon épouse a dis­pa­ru il y a quelques mois et

je suis con­vain­cu que le bruit de ces avions que l’on en­tend sans cesse l’a af­fai­blie et a contri­bué à son dé­cès », si­gnale Lio­nel Biton, pré­sident de Coceta en ajou­tant : « On constate d’ailleurs de nom­breuses dis­pa­ri­tions in­quié­tantes dans la zone tou­chée par ces nui­sances. Nous nous in­ter­ro­geons. »

Ce lun­di, les trois mé­dia­teurs vont re­ce­voir des re­pré­sen­tants des ri­ve­rains pour évo­quer ces consé­quences du bruit sur la san­té. Puis le 24 oc­tobre, les trois as­so­cia­tions qui sou­tiennent la po­pu­la­tion se­ront à leur tour au­di­tion­nées. « Même si la mé­dia­tion a per­du toute cré­di­bi­li­té, nous ne vou­lons pas croire que le trans­fert ne se fe­ra pas », in­dique Marc.

“On constate de nom­breuses dis­pa­ri­tions in­quié­tantes dans la zone tou­chée par ces nui­sances. Nous nous in­ter­ro­geons” LIO­NEL BITON, PRÉ­SIDENT DE COCETA

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