Ham­let au royaume des mi­nistres

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - PAR GUILLAUME TABARD £@gta­bard

Être ou ne pas être mi­nistre, telle est la ques­tion. Ni­co­las Ham­let-Hu­lot se l’est long­temps po­sée. Parce qu’on la lui a sou­vent po­sée. Chi­rac, Sar­ko­zy, Hol­lande : tous avaient rê­vé de faire as­seoir à la table du Con­seil des mi­nistres l’un des hommes les plus connus et les plus po­pu­laires de France. Comme un tro­phée. Comme une cau­tion. Ce que jus­te­ment Hu­lot ne vou­lait pas être.

Em­ma­nuel Ma­cron a donc réus­si là où ses pré­dé­ces­seurs avaient échoué : en­traî­ner l’an­cien ani­ma­teur d’« Ushuaïa » dans l’aven­ture gou­ver­ne­men­tale. Mais on ne joue pas les globe-trot­teurs pen­dant des dé­cen­nies pour res­ter d’un seul coup ar­ri­mé à un fau­teuil. On n’hé­site pas du­rant des an­nées sur le meilleur moyen de faire avan­cer la cause de la pla­nète pour être sou­dai­ne­ment au clair sur la dé­ci­sion prise.

Que faut-il com­prendre au­jourd’hui ? Que ra­gaillar­di par un dî­ner de trois heures seul à seul avec Ma­cron, le mi­nistre d’État n’a plus d’états d’âme et est prêt à vivre tout le quin­quen­nat à l’hô­tel de Ro­que­laure ? Ou que, at­ten­dant le ver­dict de l’exé­cu­tif sur Notre-Dame-des-Landes, il ne se pro­jette pas au-de­là du mois de dé­cembre ?

On peut mettre sur le compte du « nou­veau monde » sa pro­pen­sion à re­fu­ser la langue de bois et à par­ta­ger pu­bli­que­ment ses in­ter­ro­ga­tions ; au risque de « se faire en­gueu­ler », comme il l’a re­con­nu jeu­di sur France In­ter. Mais les co­gi­ta­tions sha­kes­pea­riennes du mi­nistre de la Tran­si­tion éco­lo­gique et so­li­daire posent un pro­blème po­li­tique. Elles sou­lignent en ef­fet à la fois le doute sur la so­li­di­té mi­nis­té­rielle de Ni­co­las Hu­lot et sur la dé­ter­mi­na­tion à agir d’Em­ma­nuel Ma­cron. Pour tous ceux qui font de lui la per­son­na­li­té la plus cré­dible pour me­ner à bien cette tran­si­tion, les in­ter­ro­ga­tions sur l’uti­li­té de res­ter au gou­ver­ne­ment peuvent être in­ter­pré­tées comme un manque de confiance dans la sin­cé­ri­té de l’exé­cu­tif. Le dî­ner ély­séen, de ce point de vue, a peut-être ai­dé à ras­su­rer cet éter­nel in­quiet qu’est Hu­lot. La cause du dé­ve­lop­pe­ment du­rable sup­pose une in­car­na­tion mi­nis­té­rielle elle-même du­rable. Au moins égale à celle de Jean-Louis Bor­loo et Sé­go­lène Royal, qui, avec le Gre­nelle de l’en­vi­ron­ne­ment pour l’un, la COP21 pour l’autre, ont mar­qué le poste.

Sur­tout, l’échéance de dé­cembre ci­tée par le nu­mé­ro trois du gou­ver­ne­ment a des al­lures d’ul­ti­ma­tum. Ni­co­las Hu­lot n’est pas rien dans le dis­po­si­tif gou­ver­ne­men­tal. En tête des ba­ro­mètres de po­pu­la­ri­té, en charge d’un des plus im­por­tants chan­tiers de long terme, et sym­bole de cette so­cié­té ci­vile que le pré­sident de la Ré­pu­blique pro­meut pour re­nou­ve­ler la vie po­li­tique : son dé­part se­rait non seule­ment une perte mais aus­si une dé­faite pour Ma­cron. Hu­lot en est conscient et en pro­fite pour faire, à sa ma­nière, de la po­li­tique à l’an­cienne. Même s’il reste fi­na­le­ment dans l’équipe d’Édouard Phi­lippe - ce qui est pro­bable -, il crée ce fai­sant une in­cer­ti­tude nui­sible à l’en­semble de la vie gou­ver­ne­men­tale. Pas sûr que le chef de l’État ap­pré­cie.

Le dé­part de Ni­co­las Hu­lot se­rait une perte et une dé­faite pour Em­ma­nuel Ma­cron

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.