Fa­bien Gal­thié : « Tou­lon, c’est hors du com­mun »

Le Figaro - - SPORT - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR AR­NAUD COUDRY @Ar­naudCou­dry

TROIS ANS après l’avoir dis­pu­tée avec Mont­pel­lier, le tech­ni­cien va dé­cou­vrir la Coupe d’Eu­rope avec le RCT. Un club vis­cé­ra­le­ment eu­ro­péen.

LE FI­GA­RO. - Comment abor­dez-vous cette Coupe d’Eu­rope ? Fa­bien GAL­THIÉ. - C’est un ren­dez­vous à la fois im­por­tant pour Tou­lon et sti­mu­lant par rap­port au ni­veau de jeu qui va être pro­po­sé. C’est ce qui se fait de mieux comme com­pé­ti­tion sur le Vieux Conti­nent. Je res­sens qu’il y a beau­coup d’at­tente à Tou­lon, donc je vais dé­cou­vrir.

Cette com­pé­ti­tion a-t-elle beau­coup évo­lué de­puis que vous l’avez dis­pu­tée avec Mont­pel­lier en 2014 ? Le rug­by a évo­lué, mais je ne trouve pas que la com­pé­ti­tion ait réel­le­ment évo­lué. On re­trouve les mêmes clubs, les mêmes pro­vinces. Sur le fond, c’est la même chose. Après, la Coupe d’Eu­rope a sui­vi l’évo­lu­tion du rug­by, avec l’émer­gence de quelques nou­velles ci­tés, mais, fi­na­le­ment, pas tant que ça. En 1999, j’ai dis­pu­té la fi­nale avec Co­lo­miers contre l’Ul­ster. Les pro­vinces ir­lan­daises étaient dé­jà bien pré­sentes. Au­jourd’hui, les clubs fran­çais sont tou­jours là. On a long­temps été do­mi­na­teur, mais c’est plus dif­fi­cile au­jourd’hui. Le for­mat de la com­pé­ti­tion, l’évo­lu­tion du rug­by pro­fes­sion­nel, le fait que la France ait per­du le lea­der­ship en gé­né­ral…

Est-ce un phé­no­mène pas­sa­ger ? On est en­ga­gé dans une ré­gres­sion de­puis une di­zaine d’an­nées. Le Top 14 n’aide pas idéa­le­ment à se pré­pa­rer à cette com­pé­ti­tion. Le jeu que vous es­sayez de mettre en place au RCT, avec plus de rythme, convient-il mieux à la Coupe d’Eu­rope ? Ce jeu cor­res­pond aux stan­dards du rug­by pro­fes­sion­nel d’au­jourd’hui. Après, tu y vas ou tu n’y vas pas… Je mets en place ce qui me semble être le plus per­ti­nent.

Long­temps le RCT a vé­hi­cu­lé l’image d’une équipe mas­sive et puis­sante. Est-ce fa­cile de le faire bas­cu­ler vers ce rug­by plus en mou­ve­ment ? Ce n’est pas quelque chose de cultu­rel… Même si évi­dem­ment il y a la culture du haut ni­veau. Beau­coup de choses ont chan­gé. Et avant, c’était avant…

Quel re­gard por­tez-vous sur vos fu­turs ad­ver­saires en phase de poules (Bath, Scar­lets et Tré­vise) ? Les Scar­lets et Bath pro­posent un rug­by as­sez si­mi­laire, ce sont des équipes joueuses, ath­lé­tiques, très ra­pides. Elles vont nous pro­po­ser un rug­by de vi­tesse et d’in­ten­si­té.

En quoi, se­lon vous, la Coupe d’Eu­rope est-elle dif­fé­rente du Top 14 ? Les joueurs sont meilleurs dans chaque équipe. En­suite, c’est une com­pé­ti­tion qui est ar­bi­trée dif­fé­rem­ment. Après, il suf­fit de re­gar­der les chiffres : le Top 14 par­court en moyenne 60 mètres par mi­nute, alors que la Cham­pions Cup est bien au-des­sus. En­suite, c’est une com­pé­ti­tion où les choses vont très vite : tu peux être ra­pi­de­ment qua­li­fié ou éli­mi­né.

Quel pre­mier bi­lan ti­rez-vous de votre en­tame de sai­son ? On a eu à gé­rer des contraintes liées aux ab­sences, aux bles­sures, aux ar­ri­vées de nou­veaux joueurs et de jeunes joueurs qui nous ont ap­por­té sa­tis­fac­tion, mais qui n’étaient pas for­cé­ment pré­vus. On avait beau­coup à cons­truire. Au­jourd’hui, il y a des mo­ments où c’est très bien et d’autres où c’est plus dif­fi­cile.

Les Sa­ra­cens, doubles cham­pions d’Eu­rope en titre, sont en­core fa­vo­ris à leur propre suc­ces­sion… Ils ont de l’avance dans tout ce qu’ils font, mais les pro­vinces ir­lan­daises se- ront éga­le­ment pré­sentes, tout comme les Gal­lois de Lla­nel­li. At­ten­tion à eux ! Les Sa­ra­cens donnent l’im­pres­sion d’être prag­ma­tiques dans leur rug­by, mais en réa­li­té ils vont très vite dans ce qu’ils font, dans leurs re­pla­ce­ments. Ils ont certes un cadre très for­mel, dans le­quel ils peuvent se pro­me­ner et sur­tout en sor­tir. C’est ce qui fait leur force, mais ça ne date pas d’hier. Pour en avoir par­lé avec Ch­ris Ash­ton (an­cien ai­lier des Sar­ries de 2012 à 2017 de­ve­nu tou­lon­nais), c’est le fruit d’an­nées de tra­vail. Ch­ris m’a ex­pli­qué que quand tu joues pour les Sa­ra­cens, tu sais par coeur ce que tu dois faire. Ils maî­trisent par­fai­te­ment le cadre, et c’est pour ça qu’ils peuvent en sor­tir aus­si fa­ci­le­ment.

Res­sen­tez-vous la pas­sion qu’il y a au­tour du RCT ? J’ai connu Co­lo­miers, le Stade Fran­çais, Mont­pel­lier et Tou­lon. Les en­vi­ron­ne­ments sont très dif­fé­rents. À Tou­lon, il y a une pas­sion po­pu­laire in­croyable, avec un stade an­ces­tral au centre de la ville. Je n’ai ja­mais connu ça, c’est hors du com­mun. Mais il y a aus­si à Tou­lon une grande connais­sance du rug­by. Quand on aime le rug­by, qu’est-ce qu’on peut at­tendre de plus ? Pas grand-chose…

Qu’est-ce qui vous a le plus sur­pris ? Je ne connais­sais pas Tou­lon. J’avais sou­vent été ad­ver­saire et j’étais ve­nu jouer à Mayol, mais dé­sor­mais je vis ça au quo­ti­dien. Dans les quar­tiers et dans les en­vi­rons, il y a toute une ré­gion qui joue au rug­by, qui connaît le rug­by et qui est exal­té avec ce club. C’est ex­cep­tion­nel.

Du coup, la pres­sion est-elle plus forte qu’ailleurs ? Peut-on par­ler de pres­sion ou d’exal­ta­tion ? Le pu­blic tou­lon­nais est bien­veillant. Je sens que nos sup­por­teurs sont par­fois por­tés par nos en­tames de matchs. Et quand on perd le fil, le si­lence se fait, c’est vrai­ment fort. Quand ils sentent que leur équipe est en souf­france, ils se re­mettent à la sup­por­ter. Plus que de la pres­sion, j’évo­que­rais un vé­ri­table sou­tien po­pu­laire.

Ce se­rait quoi, pour vous, une pre­mière sai­son réus­sie ? Ma sai­son se­ra réus­sie si mon pré­sident (Mou­rad Boudjellal) est content. « Je ne suis qu’un sa­la­rié ! », comme au­rait dit Ber­nard Blier dans le film Un idiot à Pa­ris. C’est du Au­diard…

D. WINTER/ICON SPORT

Fa­bien Gal­thié lors du match entre le Stade fran­çais Pa­ris et le Rug­by Club tou­lon­nais (RCT), le 24 sep­tembre au stade Jean-Bouin.

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