LE DI­REC­TEUR GÉ­NÉ­RAL DU « NOU­VEL AREVA » DÉ­FEND L’AVE­NIR DU NU­CLÉAIRE

Phi­lippe Knoche, di­rec­teur gé­né­ral du « nou­vel Areva » bien­tôt re­bap­ti­sé, dé­fend la place du nu­cléaire dans l’éner­gie de de­main.

Le Figaro - - ÉCONOMIE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR BER­TILLE BAYART @Ber­tilleBayart ET DOMITILLE ARRIVET @dar­ri­vet PHI­LIPPE KNOCHE DI­REC­TEUR GÉ­NÉ­RAL DU « NOU­VEL AREVA »

Areva a vé­cu ces trois der­nières an­nées au rythme de ses dif­fi­cul­tés fi­nan­cières, in­dus­trielles et com­mer­ciales. Au­jourd’hui, la re­struc­tu­ra­tion touche à son terme, avec la di­vi­sion ré­ac­teurs rap­pro­chée d’EDF et la consti­tu­tion d’un « nou­vel Areva », re­ca­pi­ta­li­sé à hau­teur de 3 mil­liards d’eu­ros, dont 2,5 mil­liards ap­por­tés par l’État. Son di­rec­teur, gé­né­ral Phi­lippe Knoche, est l’in­vi­té du « Grand Té­moin-Le Fi­ga­ro ».

LE FI­GA­RO. – Vous étiez le pa­tron d’Areva, vous êtes main­te­nant ce­lui de New Areva. La re­struc­tu­ra­tion est-elle der­rière vous ? Phi­lippe KNOCHE. – Le «nou­vel Areva», qui au­ra en 2018 un autre nom, est la so­cié­té is­sue d’Areva re­cen­trée sur le cycle du com­bus­tible, de la mine d’ura­nium au re­cy­clage. Elle réa­lise 4 mil­liards d’eu­ros de chiffre d’af­faires, dont 60% hors de France, et compte 16000 sa­la­riés. À la fin de l’an­née, elle se­ra dé­te­nue à 40% par Areva SA, à 50 % par l’État fran­çais et le CEA, et à 10% par nos par­te­naires ja­po­nais. Cette en­tre­prise, comme tout le groupe, a réa­li­sé ces trois der­nières an­nées un ef­fort consi­dé­rable de re­struc­tu­ra­tion et de trans­for­ma­tion. New Areva aborde main­te­nant une phase de re­dé­ploie­ment. Nous vou­lons ga­gner en ef­fi­ca­ci­té in­dus­trielle et en agi­li­té, et faire évo­luer nos com­pé­tences vers les ac­ti­vi­tés de ser­vice. Nous fe­rons en­core des éco­no­mies, à hau­teur de 200 mil­lions d’eu­ros an­nuels d’ici à 2020, dans un mar­ché qui reste dif­fi­cile avec un ura­nium qui vaut un tiers de son prix de 2011. Notre stra­té­gie est gui­dée par un im­pé­ra­tif : gé­né­rer un cash-flow po­si­tif. Parce que le nou­vel Areva n’a pas d’autre choix cette fois que de vo­ler de ses propres ailes : le feu vert don­né par la Com­mis­sion eu­ro­péenne à sa re­struc­tu­ra­tion in­ter­dit à l’État fran­çais toute autre in­ter­ven­tion pen­dant dix ans.

En 2016, 240 mil­liards de dol­lars ont été investis dans les éner­gies re­nou­ve­lables, et seule­ment 10 mil­liards dans le nou­veau nu­cléaire. Plu­sieurs pays ont amor­cé un re­trait du nu­cléaire. Des pro­jets ont été aban­don­nés, no­tam­ment aux États-Unis… Pour­quoi res­tez-vous con­vain­cu de l’ave­nir de cette éner­gie ? Je ne suis pas myope ! Je vois les hé­si­ta­tions du mo­ment. Mais l’éner­gie est un sec­teur gui­dé par des dy­na­miques de long terme. Or, à long terme, quels sont les en­jeux ? D’une part, le monde au­ra be­soin, à l’ho­ri­zon 2040-2050, c’est-à-dire de­main dans notre échelle de temps, de deux fois plus d’élec­tri­ci­té qu’au­jourd’hui. Et d’autre part, il faut di­vi­ser par deux les émis­sions de CO2. Les éner­gies re­nou­ve­lables ne suf­fi­ront pas à ré­soudre cette équa­tion. Le monde au­ra be­soin d’éner­gie nu­cléaire et il fau­dra cons­truire de nou­veaux ré­ac­teurs, y com­pris en France. Mais il n’y au­ra d’in­ves­tis­se­ments que si le nu­cléaire est com­pé­ti­tif. Or ses coûts semblent s’en­vo­ler quand ceux des re­nou­ve­lables chutent… Oui, il faut être com­pé­ti­tif. C’est le cas des ca­pa­ci­tés nu­cléaires existantes. En France, la Cour des comptes a es­ti­mé à 33 eu­ros le MWh le coût cash – grand ca­ré­nage et coûts de dé­man­tè­le­ment com­pris – de la pro­duc­tion du parc, ce qui est très com­pé­ti­tif. C’est un gain de pou­voir d’achat im­por­tant pour les mé­nages fran­çais dont la fac­ture moyenne d’élec­tri­ci­té est de 800 eu­ros par an, contre 1 300 eu­ros au prix al­le­mand. La mise en chan­tier de nou­velles cen­trales se­ra com­pé­ti­tive si on ar­rive à un coût de 60 à 70 eu­ros le MWh. Ce­la sup­pose d’abais­ser les coûts de 30% en­vi­ron par rap­port aux pro­to­types en construc­tion (les EPR de Fla­man­ville et Ol­ki­luo­to, NDLR). C’est un ob­jec­tif rai­son­nable. Je suis con­vain­cu que la fi­lière fran­çaise, qui est d’ex­cel­lence et qui a été ra­tio­na­li­sée sous le lea­der­ship d’EDF, peut le faire. Le nu­cléaire et les éner­gies re­nou­ve­lables sont com­plé­men­taires. Parce que les se­condes sont in­ter­mit­tentes, parce que l’éner­gie so­laire n’est, dans nos pays, dis­po­nible que 15% du temps, il fau­dra une base de nou­veau nu­cléaire sauf à faire le pa­ri que l’on sau­ra in­ven­ter à court terme de nou­velles tech­niques de sto­ckage mas­sif, ou à en­vi­sa­ger des im­por­ta­tions mas­sives de char­bon et de gaz…

Le nu­cléaire doit aus­si faire la preuve qu’il est sûr, no­tam­ment face au risque ter­ro­riste, dé­non­cé par Green­peace cette se­maine. Nous n’avons at­ten­du ni le 11 Sep- tembre ni Green­peace pour prendre en compte ces me­naces et leur évo­lu­tion, en liai­son avec les au­to­ri­tés. Les ins­tal­la­tions nu­cléaires sont sé­cu­ri­sées. Sim­ple­ment, en dé­mo­cra­tie, on ne tire pas, fort heu­reu­se­ment, sur les mi­li­tants de Green­peace…

Le sou­tien de la France au nu­cléaire est-il en­core so­lide ? Le gou­ver­ne­ment main­tient l’ob­jec­tif de ra­me­ner à 50 % la part du nu­cléaire dans la pro­duc­tion d’élec­tri­ci­té d’ici à 2025, ce qui im­plique, se­lon Ni­co­las Hu­lot, de fer­mer dix-sept ré­ac­teurs… Le gou­ver­ne­ment se fixe un ho­ri­zon, mais je ne pense pas qu’il existe une so­lu­tion pour conti­nuer d’as­su­rer l’ap­pro­vi­sion­ne­ment de la France en élec­tri­ci­té en fer­mant des ré­ac­teurs trop ra­pi­de­ment. Au-de­là de ce dé­bat, que nous sou­hai­tons, le sou­tien constant de la France à sa fi­lière nu­cléaire est fon­da­men­tal. Notre pays a une avance tech­no­lo­gique dans ces mé­tiers, une ex­cel­lence re­con­nue à l’in­ter­na­tio­nal. Nous sommes la ré­fé­rence de notre in­dus­trie, sur­tout de­puis que les États-Unis ont per­du le lea­der­ship. Ce­la nous per­met de conclure des par­te­na­riats forts avec la Chine, le Ja­pon, le Ka­za­khs­tan, et de confor­ter nos pers­pec­tives à l’ex­port, en par­ti­cu­lier en Asie, qui est la zone de crois­sance de de­main de nos mé­tiers.

Si le nu­cléaire est une in­dus­trie d’ave­nir et non du pas­sé, quelles sont ses nou­velles fron­tières ? L’in­no­va­tion nous pousse dans deux di­rec­tions. La pre­mière, c’est, comme par­tout, le di­gi­tal. La réa­li­té vir­tuelle et aug­men­tée nous est très utile pour si­mu­ler la ra­dio­ac­ti­vi­té en in­ter­ven­tion par exemple. Et puisque nos ins­tal­la­tions ont été re­nou­ve­lées à l’ex­cep­tion de celles de l’aval du cycle qui doivent être mo­der­ni­sées, nous au­rons la pos­si­bi­li­té de pas­ser di­rec­te­ment du 1.0 au 4.0. En­suite, nous pour­sui­vons nos re­cherches dans le nu­cléaire mé­di­cal pour la lutte contre le can­cer, un do­maine où nous ap­por­tons notre ex­per­tise de la ra­dio­ac­ti­vi­té. Nous avons ain­si noué un par­te­na­riat dans l’on­co­lo­gie avec Roche mais aus­si avec une bio­tech amé­ri­caine qui pour­rait lan­cer un pre­mier es­sai cli­nique l’an pro­chain.

Phi­lippe Knoche

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.