La Bourse tente à nou­veau les ac­tion­naires in­di­vi­duels

La ré­forme fis­cale en cours, la hausse des ren­de­ments et les pri­va­ti­sa­tions vont ra­me­ner les par­ti­cu­liers en Bourse.

Le Figaro - - ÉCONOMIE - RO­LAND LASKINE £ @Ro­landLas­kine

BOURSE L’ac­tion­na­riat in­di­vi­duel ne cesse de re­cu­ler dans notre pays. De 7,1 mil­lions il y a dix ans, le nombre de pe­tits por­teurs est re­tom­bé à 3 mil­lions, se­lon la der­nière étude de la so­cié­té Kan­tar TNS, réa­li­sée pour l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers (AMF). L’épargne col­lec­tive ne fait pas plus re­cette : seule­ment 2,5% des Fran­çais dé­clarent dé­te­nir un fonds in­ves­ti en ac­tions, c’est trois fois moins qu’en 2008! Plu­sieurs fac­teurs ex­pliquent cette désaf­fec­tion. Le plus im­por­tant est l’aver­sion des Fran­çais au risque, une ten­dance de fond qui s’est ren­for­cée avec la faillite de la banque amé­ri­caine Leh­man Bro­thers en 2008. Les crises bour­sières à ré­pé­ti­tion qui ont sui­vi n’ont fait qu’ag­gra­ver la si­tua­tion.

En plus de cette faible to­lé­rance à la vo­la­ti­li­té, le coup de mas­sue fis­cal por­té aux pla­ce­ments en ac­tions par les so­cia­listes en 2012 a dé­cou­ra­gé les in­ves­tis­seurs les plus té­mé­raires. Les ban­quiers ont aus­si tout fait pour dé­tour­ner les par­ti­cu­liers de la Bourse, en leur pro­po­sant des pro­duits pré­sen­tés comme sé­cu­ri­sés, en réa­li­té très com­plexes et for­te­ment char­gés en frais de ges­tion.

Le ta­bleau d’en­semble est peu ré­jouis­sant, mais la ten­dance est en train de s’in­ver­ser. Les sta­tis­tiques pu­bliées en sep­tembre par la Banque de France montrent que la baisse du nombre de plan d’épargne en ac­tions (PEA) s’est ac­cé­lé­rée au cours du pre­mier se­mestre (à 3,99 mil­lions, contre 4,48 mil­lions fin 2016). Mais ce nou­veau re­cul s’ex­plique par la fer­me­ture des comptes ban­caires in­ac­tifs ren­due obli­ga­toire par la mise en place de la loi Eckert. En réa­li­té, l’en­cours moyen des PEA a pro­gres­sé de 17% au cours des douze der­niers mois à 22 451 eu­ros, à un rythme très su­pé­rieur à la hausse des cours qui gonfle na­tu­rel­le­ment des en­cours.

«La chute des ré­mu­né­ra­tions of­fertes sur les pro­duits de pla­ce­ment tra­di­tion­nels, comme les li­vrets ban­caires, ne peut que pous­ser les épar­gnants à re­ve­nir vers des pla­ce­ments fi­nan­ciers plus at­trayants. Avec les condi­tions de mar­ché ac­tuelles, quand on est à la re­cherche de ren­de­ment, on ne peut que s’in­té­res­ser aux ac­tions », confirme Sté­phane Bou­j­nah, pré­sident du di­rec­toire et di­rec­teur gé­né­ral d’Eu­ro­next NV, qui gère les Bourses de Pa­ris, Am­ster­dam et Bruxelles.

L’ex­cel­lente san­té des en­tre­prises

À un mo­ment où le ren­de­ment des em­prunts d’État fran­çais à 10 ans est tom­bé à 0,83%, les re­gards se tournent de plus en plus vers les ac­tions fran­çaises qui rap­portent au­jourd’hui 3,2%. L’in­dice CAC 40 af­fiche une très belle hausse de plus de 20 % sur les 12 der­niers mois. Ces per­for­mances ne doivent rien à la spé­cu­la­tion, elles re­posent sur l’ex­cel­lente san­té des en­tre­prises et sur les bonnes pers­pec­tives de crois­sance de l’éco­no­mie mon­diale.

L’in­té­rêt des in­ves­tis­seurs ne se li­mite

ANA­LYSE

pas aux seules so­cié­tés du CAC 40. Le suc­cès que ren­contre le PEA-PME, avec 62200 plans ou­verts de­puis sa créa­tion, en 2014, montre que les va­leurs pe­tites et moyennes sus­citent elles aus­si un vé­ri­table en­goue­ment. Il n’a pas échap­pé aux in­ves­tis­seurs les plus aguer­ris que l’in­dice CAC Mid&Small qui re­groupe les prin­ci­pales PME co­tées à Pa­ris a ga­gné 75% au cours de ces trois der­nières an­nées. Un signe ne trompe pas : un tiers des ac­tions mise en ventes lors des in­tro­duc­tions en Bourse est au­jourd’hui sous­crit par des par­ti­cu­liers.

Les nou­velles dis­po­si­tions fis­cales qui se­ront mises en place à par­tir du 1er jan­vier pro­chain (sor­tie des va­leurs mo­bi­lières de l’ISF et « flat tax» de 30% sur les re­ve­nus du ca­pi­tal), y com­pris le main­tien des avan­tages du PEA (voir page 22), de­vraient elles aus­si contri­buer à ra­me­ner les Fran­çais vers la Bourse. «L’ar­rêt de l’in­sta­bi­li­té fis­cale que su­bissent les ac­tion­naires fran­çais est une ex­cel­lente nou­velle», se fé­li­cite Mi­chel Rol­lier, pré­sident de l’As­so­cia­tion na­tio­nale des so­cié­tés par ac­tions (An­sa) et an­cien pa­tron de Mi­che­lin de 2006 à 2012. Les Fran­çais aiment leurs en­tre­prises, ils sont prêts à les sou­te­nir en ca­pi­tal à condi­tion que la prise de risque soit dé­dra­ma­ti­sée, à la fois par les pou­voirs pu­blics et par les éta­blis­se­ments ban­caires. »

Les pri­va­ti­sa­tions pré­vues par le gou­ver­ne­ment d’Édouard Phi­lippe sont le der­nier étage de la fu­sée. La va­leur to­tale des par­ti­ci­pa­tions de l’État est es­ti­mée à près de 100 mil­liards d’eu­ros. Per­sonne n’ose en­core rê­ver des re­cords at­teints lors des der­nières pri­va­ti­sa­tions : 6 mil­lions d’ac­tion­naires pour France Té­lé­com en 1993, 5 mil­lions pour EDF en 2005. La ces­sion des par­ti­ci­pa­tions de l’État dans des en­tre­prises aus­si em­blé­ma­tiques que La Fran­çaise des jeux (FDJ), Groupe ADP (Aé­ro­ports de Pa­ris), En­gie, Re­nault ou Air­bus est mal­gré tout de na­ture à at­ti­rer de très nom­breux épar­gnants.

«La de­mande est là, in­siste Sté­phane Bou­j­nah. L’épargne des Fran­çais est abon­dante, il faut per­mettre aux in­ves­tis­seurs par­ti­cu­liers de jouer un rôle ac­tif dans la vente des par­ti­ci­pa­tions d’État. Il s’agit d’une oc­ca­sion unique de ré­con­ci­lier nos conci­toyens avec l’en­tre­prise et de ren­for­cer l’an­crage na­tio­nal pour le ca­pi­tal de nos plus grandes en­tre­prises. »

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