La Ci­té des sciences re­fait ses cal­culs

Ex­pé­ri­men­ta­tion, in­ter­ac­tion, par­ti­ci­pa­tion… Pour ses 30 ans, le mu­sée, un peu dé­mo­dé, se lance dans une grande en­tre­prise de ré­no­va­tion et met le cap sur le nu­mé­rique.

Le Figaro - - LE FIGARO ET VOUS - CLAIRE BOMMELAER cbom­me­laer@le­fi­ga­ro.fr Ci­té des sciences et de l’in­dus­trie, 30, ave­nue Co­ren­tin Ca­riou (Pa­ris XIXe).

Trente ans après sa créa­tion par Fran­çois Mit­ter­rand, la Ci­té des sciences et de l’in­dus­trie, à la Villette, à Pa­ris, entre de plain-pied dans le XXIe siècle. «Trente ans, c’est l’équi­valent d’une gé­né­ra­tion. Entre 1987 et 2017, le rap­port à la science et, par-des­sous tout, aux nou­velles tech­no­lo­gies a to­ta­le­ment chan­gé, re­marque son pré­sident, Bru­no Ma­quart. Plus per­sonne ne vient dans un mu­sée comme le nôtre pour voir, mais pour ex­pé­ri­men­ter, par­ti­ci­per et in­ter­agir. »

En trois dé­cen­nies, l’éta­blis­se­ment a at­ti­ré 89 mil­lions de tou­ristes, dont près de 14 mil­lions de sco­laires, et s’est his­sé dans le clas­se­ment des grands mu­sées de sciences dans le monde. Mais lors­qu’on se pro­mène dans les 150 000 m² du spec­ta­cu­laire pa­que­bot, le dé­ca­lage entre un pro­grès tech­nique ful­gu­rant et l’offre de la Ci­té se per­çoit. La Géode, sphère em­blé­ma­tique du site qui a bou­le­ver­sé des gé­né­ra­tions avec ses films im­mer­sifs, a per­du la main face aux grandes salles des mul­ti­com­plexes. D’au­tant que la Ci­té n’a pas in­ves­ti à temps dans les murs de la sphère, sur les­quels l’eau coule dé­sor­mais. Elle a per­du les deux tiers de son pu­blic en dix ans (305000 spec­ta­teurs en 2016). Ex­plo­ra, l’en­fi­lade de salles d’ex­po­si­tions per­ma­nentes, pré­sente de son cô­té une mu­séo­gra­phie (sur l’élec­tri­ci­té, le gène, le cer­veau…) un peu da­tée, dans le fond comme dans la forme.

Un nou­veau lo­go

La Ci­té des en­fants, deux es­paces de dé­cou­verte des­ti­nés aux 2-12 ans, et fré­quem­ment renouvelée (590 000 vi­si­teurs sur un to­tal de 2,1 mil­lions), per­met à l’en­droit de ti­rer son épingle du jeu. Au point de de­ve­nir une marque de fa­brique, de s’être ex­por­tée dans plu­sieurs ailleurs dans le monde (Gènes, Du­baï, Va­lence, Hong­kong…) et de condi­tion­ner l’image du lieu. Les unes après les autres, les grandes ex­po­si­tions creusent d’ailleurs un sillon pé­da­go­gique et lu­dique. Avec une forte orien­ta­tion vers le pu­blic sco­laire et fa­mi­lial.

« Il est clair que les 18-25 ans ne viennent pas as­sez », ad­met le pré­sident. Pour eux, mais pas seule­ment, cet an­cien in­gé­nieur pas­sé par Beau­bourg et l’Agence France Mu­séums an­nonce un nou­veau cycle. «Il y a trente ans, nous vou­lions ai­der les Fran­çais à ai­mer les sciences, en leur per­met­tant d’al­ler à leurs ren­contres, pour­suit Bru­no Ma­quart. Il faut dé­sor­mais les ai­der à com­prendre le monde dans le­quel ils vivent et ils vi­vront. » Le suc­cès pu­blic du fab lab, grand ras­sem­ble­ment de bri­co­leurs et de créa­teurs, des mas­ters class, des fes­ti­vals, et même de la ré­cente soi­rée élec­tro-tech­no­lo­gique montre qu’il y a un che­min pour at­ti­rer les jeunes.

Dans l’im­mé­diat, le chan­ge­ment s’in­car­ne­ra par un nou­veau lo­go. On ne ver­ra plus ce car­ré rouge de biais, mais un sobre «Ci­té/sciences et in­dus­trie » en noir et blanc. À plus long terme, la di­rec­tion veut en­ga­ger un plan d’in­ves­tis­se­ment, afin de faire de la mai­son un éta­blis­se­ment digne de l’âge du nu­mé­rique. Au to­tal et sur dix ans, en­vi­ron 35 mil­lions d’eu­ros vont être investis, dont 5 pour ré­no­ver le par­cours Ex­plo­ra, 20 pour la pré­sen­ta­tion des ex­po­si­tions ou deux pour l’ou­ver­ture d’un Elab, consa­cré aux jeux vi­déo. Le pla­né­ta­rium est pas­sé en ré­so­lu­tion 8K, pour un mon­tant de 1 mil­lion eu­ros.

Cô­té Géode en­fin, la ci­té (pro­prié­taire des murs avec la Caisse des dé­pôts) a lan­cé un ap­pel d’offres pour chan­ger d’ex­ploi­tant et ten­ter de don­ner une nou­velle orien­ta­tion à la salle. Elle dé­ci­de­ra de l’élu le 13 dé­cembre pro­chain. «Nous de­vons conti­nuer à être un lieu d’ex­pé­ri­men­ta­tion, de dé­bats, d’ap­pren­tis­sage et d’ex­po­si­tions, conclut le pré­sident, mais si nous vou­lons de­meu­rer une vi­trine, nous de­vons nous adap­ter. »

L’éta­blis­se­ment, vi­si­ble­ment sou­te­nu par son mi­nis­tère de tu­telle, ce­lui de la Culture, veut aus­si pro­fi­ter de la dy­na­mique du quar­tier de la Villette. De­puis l’ou­ver­ture, juste en face de la Ci­té des sciences, de la Phil­har­mo­nie en 2015, et la no­mi­na­tion du bouillon­nant Di­dier Fu­sillier à la tête du parc et de la Grande Halle, les an­ciens abat­toirs sont en train de se trans­for­mer à la vi­tesse grand V. «Di­dier Fu­sillier a re­mis de l’ordre et de la beau­té sur le site », juge Laurent Bayle, pa­tron de la Phil­har­mo­nie et de la Ci­té de la mu­sique. Un signe : les 26 fo­lies du parc, créées par l’ar­chi­tecte Ber­nard Tschu­mi, ont été re­mises en état de marche. Au cours du week-end des 7 et 8 oc­tobre, la Nuit blanche a coïn­ci­dé avec la fête de la science. Quelque 65 000 per­sonnes ont par­ti­ci­pé au week-end portes ou­vertes de la Ci­té des sciences, des mil­liers d’autres ont pro­fi­té du parc. Pa­ri réus­si pour ce coin du Grand Pa­ris long­temps consi­dé­ré comme une sorte de trou noir. Et bien que la Villette soit très éten­due, la Ci­té des sciences, celle de la Mu­sique et le parc ont de quoi fonc­tion­ner de conserve, et ten­ter d’in­ci­ter leur pu­blic res­pec­tif à na­vi­guer d’un en­droit à l’autre.

N BRE­TON - EPPDCSI

« Plus per­sonne ne vient dans un mu­sée comme le nôtre pour voir, mais pour ex­pé­ri­men­ter, par­ti­ci­per et in­ter­agir », ex­plique Bru­no Ma­quart, le pré­sident de la Ci­té des sciences et de l’in­dus­trie.

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