LREM en plein doute

À la veille du pre­mier congrès du mou­ve­ment, les ma­cro­nistes sont dé­mo­bi­li­sés.

Le Figaro - - LA UNE - FRAN­ÇOIS-XA­VIER BOURMAUD @fx­bour­maud ET MA­THILDE SIRAUD @Ma­thil­de_Sd

LREM La pas­sion est re­tom­bée. Après s’être en­thou­sias­més pour Em­ma­nuel Ma­cron du­rant la cam­pagne pré­si­den­tielle, les Mar­cheurs ont un peu de mal à re­trou­ver du souffle pour sou­te­nir Ch­ris­tophe Cas­ta­ner. Sa­me­di à Lyon, c’est pour­tant lui qui pren­dra la tête du mou­ve­ment pré­si­den­tiel La Ré­pu­blique en marche (LREM). L’ac­tuel se­cré­taire d’État aux Re­la­tions avec le Par­le­ment et porte-pa­role du gou­ver­ne­ment se­ra dé­si­gné par un vote à main le­vée des 750 membres du conseil de LREM.

Sans en­jeu, l’évé­ne­ment ne sou­lève pas les foules… À Pa­ris, même les par­le­men­taires traînent des pieds pour as­sis­ter au pre­mier congrès du mou­ve­ment. « J’en­tends beau­coup de dé­pu­tés, de ré­fé­rents qui ne veulent pas for­cé­ment se dé­pla­cer. En même temps, c’est vrai que ce se­ra un mo­ment plu­tôt for­mel », ob­serve Cen­dra Mo­tin, dé­pu­tée de l’Isère. La se­maine der­nière, en réunion de groupe, Ri­chard Fer­rand a même som­mé ses troupes de se dé­pla­cer en nombre, sa­me­di. Une in­vi­ta­tion en forme de consigne… « On est obli­gés d’y al­ler, on a re­çu des convo­ca­tions ! », s’étrangle une par­le­men­taire de pre­mier plan, le­vant les yeux au ciel. « C’est im­por­tant d’être pré­sent, il y a un signal po­li­tique à don­ner », fait sa­voir Pierre Per­son, l’un des membres de la liste concoc­tée par Ch­ris­tophe Cas­ta­ner pour com­po­ser le fu­tur bu­reau exé­cu­tif, l’équi­valent du gou­ver­ne­ment du par­ti. « Moi, je sonde mes col­lègues pour faire en sorte qu’il y ait du monde », lâche Sa­chat Hou­lié, vice-pré­sident de l’As­sem­blée na­tio­nale.

Chef de la ma­jo­ri­té, le pre­mier mi­nistre se­ra pré­sent. Sa­me­di en fin de ma­ti­née, Édouard Phi­lippe doit pro­non­cer un dis­cours de­vant le conseil de LREM pour ex­pli­quer « ce qu’il at­tend du mou­ve­ment et en quoi il peut ap­por­ter son éner­gie à la ma­jo­ri­té et au pré­sident de la Ré­pu­blique », se­lon l’un de ses proches. À l’in­verse du mi­nistre de l’Éco­no­mie, Bru­no Le Maire, Édouard Phi­lippe n’est pas membre de LREM. « Il consi­dère qu’il n’y a pas d’ur­gence ni de prio­ri­té à ad­hé­rer à un mou­ve­ment par­ti­san », ex­plique-t-on à Ma­ti­gnon. Tout comme Sé­bas­tien Le­cor­nu, le se­cré­taire d’État à la Tran­si­tion éco­lo­gique, et Gé­rald Dar­ma­nin, mi­nistre de l’Action et des Comptes pu­blics. Ils se­ront à Lyon, sa­me­di. Of­fi­ciel­le­ment ex­clus des Républicains, ils ne sont à ce jour pas membres de LREM.

Em­ma­nuel Ma­cron sui­vra de près l’évé­ne­ment. Le chef de l’État sou­haite que le mou­ve­ment qu’il a fon­dé re­trouve une ex­pres­sion et une struc­ture le plus vite pos­sible. Mar­di, la pu­bli­ca­tion d’une tri­bune in­ti­tu­lée « La Dé­mo­cra­tie n’est pas en marche », an­non­çant la dé­mis­sion de cent mi­li­tants et cadres du mou­ve­ment, est ve­nu à nou­veau ter­nir l’image de La Ré­pu­blique en marche (lire ci-des­sous). Des cri­tiques aus­si­tôt ba­layées par la di­rec­tion du mou­ve­ment. « Nous re­ce­vons beau­coup plus de nou­velles adhé­sions que de dé­parts », as­sure une sa­la­riée du QG pa­ri­sien, ci­tant le chiffre de 166 000 ar­ri­vées sup­plé­men­taires de­puis l’ac­ces­sion au pou­voir d’Em­ma­nuel Ma­cron, sur un to­tal de 386 000 membres re­ven­di­qués.

“Si cer­tains ne sont pas à l’aise, je trouve ce­la sain qu’ils partent ” LE DÉ­PU­TÉ D’ILLE-ET-VI­LAINE FLORIAN BA­CHE­LIER

« Si cer­tains ne sont pas à l’aise, je trouve ce­la sain qu’ils partent », mi­ni­mise de son cô­té le dé­pu­té d’Ille-et-Vi­laine Florian Ba­che­lier.

Sur le ter­rain, plu­sieurs ré­fé­rents se plaignent tou­te­fois d’une dé­mo­bi­li­sa­tion des mi­li­tants. « Il n’y a pas d’ar­rêt bru­tal », nuance Jus­tine Hen­ry, res­pon­sable du co­mi­té du XVIIIe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris. « Les gens res­tent en­ga­gés, mais ont sou­hai­té ré­équi­li­brer leur vie. » La di­rec­tion vante de son cô­té un sys­tème de mi­li­tan­tisme « à la carte ». « Ce qui nous ras­semble, ce sont des va­leurs, pas seule­ment de trac­ter ou d’or­ga­ni­ser des ac­tions », dit-on. Sans en­jeu élec­to­ral im­mé­diat, dif­fi­cile d’es­pé­rer re­gon­fler les mi­li­tants. Une si­tua­tion qui risque de s’ins­crire dans la du­rée, les pro­chaines élec­tions n’étant pas pro­gram­mées avant 2019. Et en­core, il s’agi­ra des eu­ro­péennes, tra­di­tion­nel­le­ment peu mo­bi­li­sa­trices.

FRAN­ÇOIS BOU­CHON/LE FI­GA­RO

La conven­tion de la Ré­pu­blique en marche en juillet 2017, à la Villette.

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