Prag­ma­tisme

Le Figaro - - LA UNE - Par Gaë­tan de Ca­pèle ISSN 0182.5852 gde­ca­pele@le­fi­ga­ro.fr

De droite et seule­ment de droite ? L’of­fen­sive d’Em­ma­nuel Ma­cron sur le front so­cial, de­puis quelques jours, sus­cite les cri­tiques acerbes de ses an­ciens amis : après avoir co­pieu­se­ment ser­vi la France d’en haut, iro­nisent-ils, le chef de l’État consent à s’adres­ser à celle d’en bas, sans grande convic­tion. Ain­si va notre beau pays, mar­qué au fer rouge de la lutte des classes : di­vi­sé entre riches et pauvres, deux ca­té­go­ries ju­gées ir­ré­mé­dia­ble­ment an­ta­go­nistes, il ne sup­por­te­rait qu’une po­li­tique bi­naire, au pro­fit de l’une ou de l’autre. Avec la ré­forme de la fis­ca­li­té du ca­pi­tal - à tra­vers la trans­for­ma­tion de l’ISF et la créa­tion du pré­lè­ve­ment for­fai­taire unique -, la ba­lance au­rait dé­fi­ni­ti­ve­ment bas­cu­lé du cô­té des « nan­tis », sans que la France y gagne quoi que ce soit. À ce sim­plisme confon­dant, Em­ma­nuel Ma­cron op­pose sa théo­rie des « pre­miers de cor­dée», vou­lant que la réus­site des «riches » ali­mente la pros­pé­ri­té du pays, et par consé­quent celle des Fran­çais dans leur en­semble. Faut-il croire à son pa­ri? S’il est tou­jours pé­rilleux de lire dans le marc de ca­fé, de nom­breuses études dé­montrent qu’une fis­ca­li­té plus fa­vo­rable au ca­pi­tal per­met aux en­tre­prises de trouver des fi­nan­ce­ments et d’in­ves­tir, ce qui en­traîne des ef­fets bé­né­fiques sur la crois­sance et sur l’em­ploi. On peut bien sûr contes­ter ce rai­son­ne­ment, pré­tendre, comme la gauche, que l’ar­gent res­te­ra dans la poche des « riches ». Mais ce n’est pas ce que l’on a ob­ser­vé chez tous nos voi­sins qui ont adop­té cette stra­té­gie. Ce qui est cer­tain, en re­vanche, c’est que la vo­ra­ci­té fis­cale des gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs de ces der­nières an­nées a dé­mon­tré sa no­ci­vi­té. Tout à leur ob­ses­sion de taxer le ca­pi­tal et la ri­chesse, ils ont fait fuir l’un et l’autre. Avec le ré­sul­tat que l’on connaît : moins at­trac­tive que d’autres pays, la France manque d’in­ves­tis­seurs, d’en­tre­pre­neurs, et ne sait pas faire gran­dir ses PME. On peut tou­jours, par pure idéo­lo­gie, per­sis­ter dans cette voie sans is­sue. Mais il n’est pas in­ter­dit non plus de de­ve­nir prag­ma­tique et ef­fi­cace ! ■

La vo­ra­ci­té fis­cale a dé­mon­tré sa no­ci­vi­té

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