Ma­cron lance un plan pour les quar­tiers

Le pré­sident a pré­sen­té son pro­jet de po­li­tique de la ville comme un pro­jet glo­bal et d’en­ver­gure.

Le Figaro - - LA UNE - MA­RIE TRAN­CHANT

EM­PLOIS On l’ap­pelle le «pré­sident des riches », il ré­pond qu’il « ne (sait) pas ce que ça veut dire avoir une po­li­tique pour les riches ». Em­ma­nuel Ma­cron a l’am­bi­tion d’être là où on ne l’at­tend pas. Mais cette fois, dans le Nord, on l’at­ten­dait de pied ferme. Qu’il s’agisse de Mar­tine Au­bry, maire de Lille, qui in­di­quait lun­di soir être « to­ta­le­ment scep­tique », de Gilles Par­gneaux, dé­pu­té eu­ro­péen qui lui a trou­vé, non sans iro­nie, « des ac­cents de­lo­riens », ou en­core de Jean-Louis Bor­loo, qui a oeu­vré pour que la po­li­tique de la ville prenne toute son im­por­tance et qui, se­lon le pré­sident, « re­met les gants » pour cette ba­taille.

Mar­di à Tour­coing, le pré­sident de la Ré­pu­blique a donc dé­voi­lé un plan pour les quar­tiers en dif­fi­cul­té. « N’y voyez pas une po­li­tique so­ciale, c’est une vraie po­li­tique éco­no­mique », mar­tèle-t-il tout au long d’un dis­cours de près d’une heure et de­mie. Après une vi­site au centre so­cial du quar­tier de la Bour­gogne, le chef de l’État a vi­si­té An­ka­ma, start-up de re­nom

“Il faut dé­clen­cher une mo­bi­li­sa­tion na­tio­nale pour ce défi im­mense, pour ces ter­ri­toires qui ont concen­tré toutes les dif­fi­cul­tés ” EM­MA­NUEL MA­CRON

dans le jeu vi­déo, pour en­fin pro­non­cer un plai­doyer pour l’action com­mune dans les quar­tiers de­puis la Plaine Images, pôle d’ex­cel­lence dans les images nu­mé­riques et les in­dus­tries créa­tives.

« Il faut dé­clen­cher une mo­bi­li­sa­tion na­tio­nale pour ce défi im­mense, pour ces ter­ri­toires qui ont concen­tré toutes les dif­fi­cul­tés. »

Pas moins de 1 514 quar­tiers sont concer­nés par la po­li­tique de la Ville. Et de pro­mettre un « plan de marche » d’ici à fin fé­vrier, éla­bo­ré en lien avec les élus lo­caux et les ac­teurs de la po­li­tique de la vil- le, pour en­suite mettre en oeuvre « des ac­tions concrètes sur le ter­rain ». Une di­zaine de quar­tiers se­ront éli­gibles à la mise en place de ces ac­tions, par­mi eux, quelques-uns de la mé­tro­pole lil­loise, ce dont se ré­jouis­sait mar­di dans un com­mu­ni­qué Da­mien Cas­te­lain, pré­sident de la mé­tro­pole, pour qui « la lutte contre toutes les in­éga­li­tés passe d’abord par l’in­té­gra­tion éco­no­mique ».

C’est un des axes va­lo­ri­sés hier par Em­ma­nuel Ma­cron dans son dis­cours : la re­lance des em­plois francs, ex­pé­ri­men­tés puis aban­don­nés sous le quin­quen­nat de Fran­çois Hol­lande. Mais pour le pré­sident ac­tuel, cette fois c’est la bonne, et ce dis­po­si­tif par­ti­ci­pe­ra à « la fin de l’as­si­gna­tion à ré­si­dence » ou l’éman­ci­pa­tion des per­sonnes dès le 1er jan­vier 2018. Pour Wa­lid Han­na, élu à la po­li­tique de la ville à Lille, il faut rap­pe­ler que « 200 000 em­plois ai­dés ont été sup­pri­més, ce n’est pas co­hé­rent ». Ré­ponse de l’in­té­res­sé, aga­cé : « Un contrat ai­dé, c’est un contrat à court terme fi­nan­cé par l’État. (…) Que ceux qui les dé­fendent les prennent! Ils n’en vou­draient pas pour eux-mêmes !»

Outre cette mo­bi­li­té éco­no­mique et so­ciale vou­lue par le pré­sident, l’idée de res­tau­rer la Ré­pu­blique dans les quar­tiers en dif­fi­cul­té fait par­tie des prio­ri­tés. Et de ci­ter la sé­cu­ri­té - ex­pé­ri­men­ta­tion de la po­lice de sé­cu­ri­té du quo­ti­dien dès dé­but 2018 -, la ré­forme pé­nale, la lutte contre la ra­di­ca­li­sa­tion, le dou­ble­ment des mai­sons de san­té, la pé­na­li­sa­tion de la dis­cri­mi­na­tion à l’em­bauche, le dé­ve­lop­pe­ment de places en crèches, ou en­core l’en­ga­ge­ment de dé­pen­ser 10 mil­liards d’eu­ros pour l’Anru (Agence na­tio­nale de la ré­no­va­tion ur­baine) ces pro­chaines an­nées. Car pour me­ner à bien ces ob­jec­tifs, il fau­dra un bud­get consé­quent. « Per­sonne ne per­dra, dans les com­munes concer­nées par la po­li­tique de la ville, le moindre cré­dit sur 2018 », as­sure en­core Em­ma­nuel Ma­cron.

Pour Marc-Phi­lippe Dau­bresse, sé­na­teur du Nord (LR) et an­cien mi­nistre dé­lé­gué au Lo­ge­ment et à la Ville, les an­nonces sont loin d’être convain­cantes et le pré­sident de la Ré­pu­blique « s’est li­vré à un nu­mé­ro d’illu­sion­niste ». L’ob­jec­tif que s’est fixé le chef de l’État est clair : « Que les vi­sages de nos quar­tiers aient chan­gé à la fin de ce quin­quen­nat, car le coeur de la ba­taille pour notre Ré­pu­blique se joue là. » Dans le Nord comme ailleurs, on l’at­tend au tour­nant pour cette pro­messe au plus près des ci­toyens.

FRAN­ÇOIS LO PRES­TI/AFP

Em­ma­nuel Ma­cron pose avec des jeunes membres de l’es­pace cultu­rel La condi­tion pu­blique, lun­di, à Rou­baix.

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